L’Arcom saisie sur le traitement de la condamnation de Marine Le Pen par CNews et Europe 1
Destinataire de plusieurs saisines depuis deux jours, l’Autorité de régulation audiovisuelle et numérique devra évaluer si les médias de Bolloré manquent à leurs obligations en matière de pluralisme et d’honnêteté dans la présentation des informations.
Par Aude Dassonville
Publié hier à 11h00, modifié hier à 15h29 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/04/02/sur-cnews-et-europe-1-un-traitement-de-la-condamnation-de-marine-le-pen-qui-interroge_6589934_823448.html
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« Neuf personnes avaient décidé l’interdiction de C8. Cette fois, trois juges ont stoppé Mme Le Pen. » Mardi 1er avril, dans son éditorial sur CNews, l’animateur Pascal Praud reprenait un propos déjà martelé la veille sur la chaîne. « Marine Le Pen, C8, même combat », ainsi pourrait-on résumer, en paraphrasant les médias du Groupe Canal+, le traitement réservé le 31 mars à la condamnation en première instance de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national (devenu Rassemblement national, RN), mis en regard de la fin de l’autorisation de diffusion de la chaîne sur la TNT, fin février, sur la chaîne d’information en continu et sur la radio Europe 1.
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Par deux fois, les médias du Groupe Canal+ ont paru unanimes à condamner, d’abord, une décision de l’Autorité de régulation audiovisuelle et numérique (Arcom), puis une décision de justice. Au point que l’on peut s’interroger sur le respect de leurs obligations en matière de pluralisme, d’honnêteté dans la présentation des informations, ou encore de la mesure nécessaire au traitement des affaires judiciaires. C8 ne craint plus rien : comme elle n’est plus en mesure de récidiver, son propriétaire ne sera plus jamais rappelé à l’ordre.
L’Arcom, en revanche, ne manquera pas d’examiner les saisines qu’elle reçoit depuis deux jours à propos de CNews. Et pourrait être amenée à évaluer si, oui ou non, CNews et Europe 1 ont « traité l’affaire [de la condamnation de Marine Le Pen] avec mesure, rigueur et honnêteté », et si « la présentation des différentes thèses en présence » a été assurée. Il faudrait l’instruction d’une plainte pour savoir si la chaîne a outrepassé les limites fixées par l’article 434-25 du code pénal, et « cherché à jeter le discrédit (…) dans des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son indépendance » – un délit puni de six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende.
« Sans nuance »
« CNews a muté en organe de propagande officiel de l’extrême droite », dénonce de son côté le député « insoumis » des Hauts-de-Seine Aurélien Saintoul, rapporteur en 2024, de la commission parlementaire d’enquête sur la TNT. Dès le 31 mars, il a envoyé une saisine au régulateur pour lui demander d’engager, « le cas échéant, les procédures nécessaires pour faire respecter les principes d’honnêteté et d’indépendance de l’information inscrits dans la convention de la chaîne ». De son point de vue, quatre témoignages de « citoyens », diffusés à l’antenne, reprenaient, « sans nuance et perspective, les principaux éléments de langage des responsables politiques d’extrême droite ». Selon nos informations, 187 témoignages filmés avaient été fournis à CNews par CVox, un prestataire qui fournit aux chaînes clientes des vidéos d’internautes clés en main, et 134 avaient été validés : tous critiquaient les condamnations prononcées contre 24 membres du parti lepéniste et le RN.
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Mais, sur ce point, c’est aussi le respect par la chaîne de ses obligations en matière de pluralisme qui pourrait être interrogé. Depuis juillet 2024, en effet, et à la suite d’une décision du Conseil d’Etat, le régulateur doit veiller, sur « les sujets prêtant à controverse », au « respect de l’obligation d’assurer l’expression des différents points de vue ». Pour juger d’un éventuel « déséquilibre manifeste et durable » dans le traitement du sujet, il devra s’appuyer sur un faisceau d’indices – la diversité des intervenants, des thématiques et des points de vue exprimés, sur les antennes – rassemblés sur un mois.
Enfin, un abonné au réseau social X (Marc Gral, un pseudonyme) a effectué plusieurs saisines depuis le 31 mars pour « manque d’honnêteté et de rigueur de l’information, manque d’indépendance de l’information, absence de diversité des points de vue, complotisme judiciaire » constaté sur CNews.
Seule l’Arcom pourra qualifier les éventuels manquements. Neuf fois sur dix, les saisines débouchent sur des classements sans suite. En attendant, CNews a atteint 5 % de parts de marché le 31 mars, un score historique.
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