Transmissions infirmières : quand les patients prennent la parole
Geneviève Perennou | 25 Mars 2025
Une étude australienne montre que l’implication des patients dans les transmissions infirmières permet un partage d’information sur les soins et les progrès, améliorant ainsi la satisfaction des malades. Cependant, des obstacles persistent pour renforcer cette participation.
Différentes études ont démontré que l’implication directe des patients dans l’échange d’informations entre infirmières peut permettre de réduire les erreurs cliniques et d’améliorer la communication au sein des services. D’autres travaux ont également montré que les patients impliqués dans les décisions concernant leur traitement avaient des attentes plus réalistes quant aux bénéfices et risques, et se déclaraient davantage satisfaits de leur prise en charge.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande aux infirmières de réaliser les transmissions inter-équipes au chevet des patients, car cette pratique favorise l’implication des patients dans leur prise en charge, optimise leur satisfaction et renforce une approche infirmière centrée sur le patient.
Cependant, réaliser des transmissions dans la chambre ne garantit pas l’inclusion des patients ni la communication entre patients et infirmières.
Une enquête australienne auprès de 440 patients hospitalisés
Cette étude transversale, réalisée dans deux hôpitaux australiens entre juillet 2021 et mars 2022, a évalué la perception de 442 patients adultes (109 dans un établissement public, 333 dans un établissement privé) concernant leur participation aux transmissions infirmières des informations à leur chevet.
La politique de ces transmissions variait : dans l’établissement public, elle se déroulait dans la chambre du patient lorsque cela était possible, tandis que dans l’établissement privé, elle avait lieu systématiquement en début d’après-midi.
La collecte de données auprès des patients a été réalisée au moyen d’une enquête comportant des questions démographiques, des questions fermées sur l’implication des patients dans les transmissions, et des questions ouvertes explorant les perceptions des patients. L’analyse des données a été effectuée à l’aide de statistiques descriptives, d’analyses comparatives et d’une analyse de contenu déductive sommative des réponses aux questions ouvertes.
Des patients globalement satisfait, des pistes d’amélioration
La plupart des participants (79,0 %) se sont déclarés satisfaits de leur implication lors des transmissions à leur chevet, sans différence notable selon le statut de l’établissement (p = 0,092).
Les patients s’accordaient principalement sur cinq points : ils ont majoritairement ressenti que les infirmières agissaient dans leur intérêt (90,3 %), ce qui a induit une confiance forte dans les propos infirmiers (88,4 %), grâce à la fourniture d’informations exactes (84,7 %), compréhensibles (84,2 %) et pertinentes par rapport à leurs soins (83,9 %).
En revanche, les patients étaient moins en accord sur la possibilité de discuter des situations cliniques difficiles (62,6 %), la sollicitation de leur avis et de leurs préoccupations (66,1 %), la réduction de leurs craintes (66,2 %), la programmation de leurs futurs besoins (67,6 %), leur sentiment de sécurité face aux erreurs ou fautes médicales (67,7 %).
Des différences significatives ont été observées entre les sexes : les femmes étaient plus nombreuses que les hommes à considérer leur participation comme importante (p = 0,02). Des disparités liées à l’âge ont également été mises en évidence : le groupe des 55 à 74 ans accordait plus d’importance à sa participation que le groupe des 18 à 34 ans (p = 0,002).
Par ailleurs, les participants ont souligné l’importance d’impliquer leur famille lors des transmissions, qui peut avoir des interrogations autres. Cette implication renforce la confiance et réduit le stress des proches. Elle permet également à la famille de prévoir adéquatement les soins lors du retour à domicile.
Des limites à prendre en compte
La distribution des questionnaires par le personnel infirmier a introduit des biais potentiels. Les participants ont signalé plusieurs obstacles à leur implication, tels que le manque de sensibilisation à la possibilité de participation, la surcharge de travail du personnel, et le fait que les passations de soins se faisaient parfois hors de la chambre du patient, les excluant ainsi du processus.
Ces facteurs ont été perçus comme frustrants et dévalorisants par les patients. Les différences dans les taux de réponse entre les hôpitaux publics et privés, ainsi que la fréquence des transmissions, n’ont pas été analysées précisément, bien que ces variations n’aient pas significativement affecté les niveaux de satisfaction des patients.
Enfin, bien que les hôpitaux étudiés soient substantiels en taille et en diversité de services, la généralisation des résultats à d’autres établissements doit être faite avec prudence.
Les patients sont en majorité satisfaits des transmissions en leur présence. Cependant, certains obstacles à leur implication sont mis en évidence, notamment le manque d’information quant au droit de participation, le moment des transmissions, et les approches variées en matière de respect de la confidentialité, limitant l’engagement des patients et de leurs familles.
Pour améliorer cette implication, il est recommandé de mettre en place des programmes de formation pour les infirmières, afin de renforcer leurs compétences en matière de communication avec les patients.
References
Ghosh M, Nosaka K, Saunders R, et al. Patient Perception of Involvement in Nursing Bedside Handover: A Cross-Sectional Study. J Adv Nurs. 2025 Feb 25. doi: 10.1111/jan.16839.