« « La situation est très dangereuse » : déserts médicaux, les psychiatres aussi ! »
Date de publication : 25 mars 2025 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=c52432c8fd6a7cf36a9f4a7f58d2fa71&id_newsletter=21736&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=21736&from=newsletter

Nicolas Berrod annonce dans Le Parisien que « près de la moitié des Français ayant eu des problèmes de santé mentale se plaignent de délais d’attente trop longs voire de l’impossibilité de prendre rendez-vous avec un psychiatre, d’après une enquête Ipsos pour la Fédération hospitalière de France (FHF) ».
Le journaliste souligne qu’« au final, seuls 7 sur 10 bénéficient d’une prise en charge par un professionnel. Le plus souvent, il s’agit d’un généraliste. Moins d’un quart voient un psychiatre ».
Arnaud Robinet, président de la FHF, déclare ainsi qu’« en psychiatrie plus qu’ailleurs, hôpitaux, centres de santé et médecins sont débordés ».
Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie à l’hôpital Henri-Mondor (Créteil), observe quant à lui : « Quand on se compare aux pays voisins, la France n’a pas vraiment moins de praticiens. Mais ils sont souvent âgés et on a un gros problème de répartition géographique : dès que l’on s’éloigne des grandes villes, cela devient très compliqué ».
Nicolas Berrod relève que « d’après le dernier rapport de l’Ordre des médecins, la France compte 15 psychiatres pour 100.000 habitants. C’est beaucoup moins dans certains départements ruraux, comme la Creuse, où le nombre de praticiens a été divisé par deux en dix ans ».
« Et là où il y a le moins de spécialistes, ces derniers sont les plus âgés. Ainsi, au fil des départs à la retraite ces prochaines années, la situation risque encore d’empirer », poursuit le journaliste.
Nicolas Berrod ajoute que « la situation est aggravée par deux autres phénomènes, liés à l’argent. Certains praticiens se mettent à proposer des séances de psychothérapies, souvent plus rémunératrices, de même que des dermatologues se tournent vers l’esthétique. D’autres profitent du fait que la demande dépasse largement l’offre pour proposer des séances très chères, inaccessibles pour une grande partie des Français ».
Il observe en outre que « la situation n’est pas vraiment meilleure à l’hôpital, surtout hors des plus grandes villes. (…) Une précédente enquête de la FHF montrait que dans 40% des établissements publics, un quart des postes n’étaient pas pourvus ».
Rachel Bocher, cheffe du service de psychiatrie au CHU de Nantes, déclare que « même les psychiatres vont finir par craquer, la situation est très dangereuse ! ».
Le journaliste explique que « de nombreux établissements font appel à des diplômés en dehors de l’Union européenne, les « Padhue ». Au CHU de Nantes, le service en compte deux parmi ses 18 psychiatres. Mais ils n’ont pas toujours le même niveau de formation que leurs collègues sortis des universités françaises ».
Nicolas Berrod note que « l’un des problèmes se trouve d’ailleurs à ce niveau, car la psychiatrie est l’une des spécialités médicales les moins choisies par les étudiants ».
Le journaliste indique que « les différents gouvernements assurent être conscients de la crise de la psychiatrie. Lancée en juin 2018, une «feuille de route» a été enrichie, en 2021, par des assises. Elle est basée sur trois piliers : renforcer la prévention pour limiter le risque de problèmes psy, assurer une offre «accessible, diversifiée et de qualité», et enfin «améliorer les conditions de vie» des personnes souffrantes ».
« Parmi les mesures applicables rapidement, les psychiatres interrogés plaident notamment pour revaloriser les professionnels du secteur, en particulier les non-médecins qui sont tout aussi indispensables : infirmières, psychologues, aides-soignants, psychomotriciens, etc. », continue Nicolas Berrod.
« La situation est très dangereuse » : déserts médicaux, les psychiatres aussi !
Une enquête d’opinion, que révèle Le Parisien, montre que près de la moitié des Français ayant un problème de santé mentale peinent voire n’arrivent pas à prendre rendez-vous avec un psychiatre. Cette profession est, elle aussi, en pleine désertification dans certains territoires.
Par Nicolas Berrod
Le 25 mars 2025 à 06h15, modifié le 25 mars 2025 à 09h04 https://www.leparisien.fr/societe/sante/la-situation-est-tres-dangereuse-deserts-medicaux-les-psychiatres-aussi-25-03-2025-6ZKWCO4Q6VBLBPYQU4JYHFMJ3E.php

Cherchant désespérément un psychiatre sur Doctolib, Anna-Sophia a régulièrement été confrontée au même message : « Ce soignant n’accepte pas de nouveaux patients en ligne. » « Je l’ai vu super souvent, c’est hyper rare d’en trouver qui accepte. Je ne m’y attendais pas du tout, car un psychologue est super facile à trouver », se lamente l’étudiante marseillaise. Suivie pour des troubles anxieux, elle souhaitait un avis médical. Après avoir revu ses standards à la baisse (note sur Google, distance de chez elle, etc.), elle a finalement obtenu un créneau fin avril, près de deux mois plus tard.
Comme Anna-Sophia, près de la moitié des Français ayant eu des problèmes de santé mentale se plaignent de délais d’attente trop longs voire de l’impossibilité de prendre rendez-vous avec un psychiatre, d’après une enquête Ipsos pour la Fédération hospitalière de France (FHF), que nous révélons ce mardi 25 mars. Au final, seuls sept sur dix bénéficient d’une prise en charge par un professionnel. Le plus souvent, il s’agit d’un généraliste. Moins d’un quart voient un psychiatre. « En psychiatrie plus qu’ailleurs, hôpitaux, centres de santé et médecins sont débordés », alerte le président de la FHF, (Suite abonnés…)
Santé mentale et psychiatrie : des difficultés d’accès aux soins persistantes et un recours aux soins hospitaliers très préoccupant chez les plus jeunes
(Communiqué de la FHF)
Émis par : FHF
L’accès aux soins en santé mentale et en psychiatrie reste très dégradé, du fait de carences structurelles mais aussi de préjugés durables
En psychiatrie plus qu’ailleurs, les services sont saturés, les centres médico-psychologiques (CMP) publics connaissent de grandes difficultés pour répondre aux besoins de soins non programmés et aux attentes d’avis demandés par les médecins généralistes, mais aussi pour le suivi des soins nécessaires avec des listes d’attente. Les généralistes sont sursollicités, parfois désemparés et, souvent, la question du coût financier d’une consultation se pose pour les patients.
Ces tensions se reportent ensuite sur l’hospitalisation publique déjà en difficulté. En 2024, la FHF montrait notamment que pour 40 % des établissements publics, un quart des postes étaient vacants en psychiatrie.
Ces problématiques se retrouvent nettement dans l’accès aux soins pour les patients. Selon notre baromètre, une personne sur deux souffrant de troubles psychiatriques rencontre des difficultés :
- 47 % à cause des délais d’attente pour un RDV avec un psychiatre ;
- 39 % parlant même d’une impossibilité à obtenir un RDV.
Un tiers ont également rencontré des difficultés relatives à leur traitement :
- 32 % pour en obtenir le renouvellement en temps voulu ;
- 23 % à cause d’une rupture de stock sur un médicament.
Ces carences sur le plan organisationnel sont d’autant plus problématiques que la question de la psychiatrie fait toujours l’objet d’une stigmatisation certaine et inquiétante :
- 82 % des Français les jugent encore taboues ;
- 73 % regrettent le manque d’information ;
- 52 % pensent qu’on n’en guérit jamais vraiment ;
- 38 % disent même avoir peur des personnes qui en souffrent.
En parallèle, la situation des plus jeunes est préoccupante, avec un recours aux soins à l’hôpital nettement supérieur aux attendus en 2024
En effet, l’année 2024 marque un recours aux soins à l’hôpital supérieur aux prévisions chez les 5-19 ans pour les séjours de médecine relatifs aux pathologies psychiatriques et aux intoxications (y compris volontaires). Celui-ci est de 32 % supérieur aux attendus pour les séjours de médecine pour pathologie psychiatrique et de 25 % pour le champ toxicologie, intoxication, alcool.
Ce phénomène soulève des inquiétudes, que plusieurs enquêtes récentes sont venues étayer, et une nécessité à agir en faveur de l’état de santé mentale de notre jeunesse :
- L’automne dernier, Santé publique France présentait un baromètre indiquant qu’un quart des lycéens déclarerait avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois ;
- En décembre, une seconde étude soulignait qu’un enfant sur douze pourrait être affecté par un problème de santé mentale parmi les 3-6 ans !
- Enfin, mi-mars, les premiers résultats de l’étude Mentalo, lancée en 2024 par des chercheurs de l’INSERM, établissaient que les risques anxio-dépressifs concerneraient deux tiers de la population des 11-24 ans.
L’impact du Covid et des confinements successifs et période de couvre-feu ont probablement eu un rôle dans la dégradation de l’état de santé mentale des populations jeunes. Cette période a en effet été très marquante pour beaucoup d’enfants et d’adolescents. Une autre hypothèse, étayée par les données de notre sondage Ipsos, pourrait laisser penser que la hausse du recours à l’hôpital résulterait de freins au dépistage et de difficultés d’accès en amont.
Quoiqu’il en soit, l’état des lieux que permettent d’établir ces données impose un sursaut collectif pour construire une politique de prise en charge de la santé mentale et de la psychiatrie à la hauteur des besoins.
La FHF, et son groupe FHF Psychiatrie, ont récemment contribué en formulant une série de propositions afin de répondre à l’urgence et bâtir l’avenir de la psychiatrie : https://www.calameo.com/fhf/read/003795702b291ae33134a
Arnaud Robinet, président de la FHF :
« La grande cause nationale pour la santé mentale confirme toute sa place. Reste maintenant à la concrétiser par des actions fortes en faveur du secteur psychiatrique : la FHF a fait de nombreuses propositions à ce sujet et a publié un livre blanc détaillé en début d’année 2025. La situation dramatique de la psychiatrie demande un effort soutenu sur dix ans, avec notamment un portage politique continu incarné par une délégation interministérielle.
Rien ne pourra non plus être fait sans des moyens adéquats donnés aux établissements publics et une refonte de l’offre de soins sur le terrain, avec un soutien spécifique aux centres médico-psychologiques qui doivent devenir le socle des prises en charge. »
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La grande cause nationale pour la santé mentale confirme toute sa place. Reste maintenant à la concrétiser par des actions fortes en faveur du secteur psychiatrique : la FHF a fait de nombreuses propositions à ce sujet et a publié un livre blanc détaillé en début d’année 2025. La situation dramatique de la psychiatrie demande un effort soutenu sur dix ans, avec notamment un portage politique continu incarné par une délégation interministérielle.
Rien ne pourra non plus être fait sans des moyens adéquats donnés aux établissements publics et une refonte de l’offre de soins sur le terrain, avec un soutien spécifique aux centres médico-psychologiques qui doivent devenir le socle des prises en charge.
Contact presse : FHF – nils.enderlin@presse.havas.com
Dr Jean Scheffer: seul le « Clinicat-Assistanat pour tous » est capable de solutionner l’ensemble du manque de praticien et les très fortes inégalités dans l’offre de soins en psychiatrie comme ailleurs
Je tiens une nouvelle fois à rappeler que la régulation des installations des médecins généralistes mais aussi des médecins spécialistes si elle est nécessaire, n’est pas suffisante pour solutionner les déserts médicaux.
En effet ces derniers ne sont pas uniquement dans les zones rurales ou dans certains quartiers de nos villes moyennes ou grandes. Ils sont partout: à commencer par les hôpitaux (40% de postes vacants dans nos hôpitaux généraux, plus de 50% dans les hôpitaux psychiatriques, des postes de maître de conférence vacants en CHU…), en PMI, médecine scolaire et universitaire, crèches, CMP, médecine pénitentiaire , médecine du travail, santé publique…
Dès lors en plus de l’augmentation du « Numérus Apertus », de la création de centres de santé publics multiprofessionnels dans les déserts médicaux les plus criants, il faut créer le « Clinicat Assistanat Pour Tous ». Il débuterait en fin d’internat, obligatoire pour tous, futurs généralistes comme futurs spécialistes, d’une durée de deux à 3 ans. L’activité serait partagée entre divers établissements à l’image des assistants partagés actuels entre CHG et CHU: entre CHU et CHG pour les futurs spécialistes; entre CHG-CHU et PMI, CMP, santé publique, santé scolaire, médecine pénitentiaire, médecine du travail… ; entre CHG et centres de santé et maisons de santé… Il s’agit donc par un seul et même dispositif de solutionner en quelques années l’ensemble des manques criants et urgents de médecins dans tous les domaines, dans toutes spécialités, sans pénaliser une catégorie, les futurs généralistes par exemple, ou les étudiants en médecine peu fortunés, obligés de s’installer dans un désert pour se payer ses études. Cela évitera de plus le dumping entre villes, entre départements pour recruter ou débaucher, les jeunes en fin d’internat, ou ceux déjà installés et répondant à une offre plus alléchante. Il faudra définir par région, département et territoire de santé, les manques les plus urgents en généralistes et spécialistes, et en tirer les conséquences sur la répartition par spécialité pour la première année d’internat.
« Vision Globale -Solution globale »: https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2