Le Sidaction 2025: un appel à « mettre le paquet » sur la recherche et « un cri d’alarme »  pour les coupes budgétaires de Trump.

Le Sidaction 2025 veut lancer « un cri d’alarme » alors que les coupes budgétaires décidées par Donald Trump menacent la lutte contre le sida

La 31ᵉ édition de l’événement caritatif se tient de vendredi à dimanche, au moment où « les incroyables décisions américaines renvoient la lutte anti-VIH vingt ans en arrière », alerte la directrice générale de Sidaction. 

Le Monde avec AFPPublié le 21 mars 2025 à 10h24, modifié le 21 mars 2025 à 12h29 https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/03/21/le-sidaction-2025-veut-lancer-un-cri-d-alarme-alors-que-les-coupes-budgetaires-decidees-par-trump-menacent-la-lutte-contre-le-sida_6584270_3224.html

Photo d’illustration.
Photo d’illustration.  FRANÇOIS GUILLOT/AFP

Un appel à « mettre le paquet » sur la recherche et « un cri d’alarme » : le Sidaction se veut doublement combatif pour soutenir la lutte contre le sida, mise à mal dans le monde par les coupes budgétaires américaines décidées par l’administration Trump.

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« Les incroyables décisions américaines renvoient la lutte anti-VIH vingt ans en arrière »« c’est un cri d’alarme », déclare à l’Agence France-Presse Florence Thune, directrice générale de Sidaction, avant la 31e édition, de vendredi 21 à dimanche 23 mars, de cet événement caritatif soutenu par une trentaine de télévisions et radios. Cela « renforce notre message appelant à mettre le paquet sur la recherche, pour pouvoir libérer un jour les personnes avec le VIH d’un traitement à vie », explique-t-elle.

S’il est possible de vivre avec le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) quand on est sous traitement, on ne guérit toujours pas du sida, et beaucoup de progrès restent nécessaires pour la prévention, le dépistage ou l’accès aux soins, y compris en France.

« Conséquences en cascade »

Les dons au Sidaction, possibles par téléphone, SMS ou Internet, servent à financer des recherches, des soins, des programmes d’aide aux personnes vivant avec le VIH, en France et à l’étranger. L’édition 2024 a réuni 3,87 millions d’euros de promesses de dons, un montant similaire à celui récolté l’année précédente.

L’association, présidée par la codécouvreuse du virus et Prix Nobel de médecine Françoise Barré-Sinoussi, s’inquiète désormais des « conséquences en cascade » des coupes budgétaires de l’administration Trump et du risque que « l’épidémie de sida ne reparte », selon Mme Thune.

Sur la trentaine d’associations soutenues à l’international, notamment en Afrique de l’Ouest et du centre, « certaines voient leurs budgets amputés de 30 % à 50 % »« Résultat : des arrêts de distribution de préservatifs, de dépistages, de prescriptions de PrEP [prophylaxie pré-exposition, qui consiste en la prise d’une pilule préventive pour les personnes très exposées au VIH] », rapporte Mme Thune.

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« Dans le monde, 90 % des traitements qui sont utilisés par la PrEP sont financés par les Etats-Unis », a renchéri jeudi l’infectiologue Jean-Michel Molina, lors d’un point organisé par l’agence française de recherche ANRS-MIE. « Cela fait craindre un rebond de l’incidence du VIH très rapide dans un certain nombre de pays. »

Plusieurs centaines de spécialistes du VIH, dont Françoise Barré-Sinoussi, ont exhorté la semaine dernière les Etats-Unis à rétablir leurs contributions à l’aide internationale, jugeant que les coupes pourraient « provoquer la mort d’environ 6 millions de personnes lors des quatre prochaines années ».

Persistance des idées fausses

En France, quelque 200 000 personnes vivent avec le VIH et près de 5 500 nouvelles séropositivités ont été découvertes en 2023. Et « les plus de 50 ans sont même un peu plus nombreux que les jeunes parmi ceux qui découvrent leur séropositivité », pointe Mme Thune. « Grâce à la recherche, on peut vivre avec le VIH ; en aidant la recherche, on pourra vivre sans », espère l’association, cofondée en 1994 par Pierre Bergé et Line Renaud.

Les scientifiques travaillent toujours pour permettre une rémission persistante de porteurs du virus, mais aussi pour essayer d’éviter, chez des personnes vieillissant avec le VIH et traitées, des comorbidités précoces (maladies cardiovasculaires, diabète, cancers, etc.). La longue quête d’un vaccin continue aussi.

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Plus de trente ans après le premier Sidaction, où la comédienne Clémentine Célarié avait embrassé un séropositif sur la bouche pour montrer que le virus ne se transmettait pas de cette manière, des idées fausses persistent. Un nouveau sondage d’OpinionWay pour l’association montre un niveau de fausses croyances chez les 15-24 ans record depuis dix ans. Dans ses résultats « alarmants », 42 % des jeunes pensent que le VIH peut se transmettre par un baiser (+ 12 points en un an), 31 % en buvant dans le verre d’une personne séropositive (+ 6).

En ce qui concerne la prévention, le recours à la PrEP reste insuffisant, en particulier chez les précaires et les femmes, tout comme l’usage du préservatif.

Malgré les progrès, près de 40 millions de personnes vivent encore avec le VIH dans le monde, dont un quart environ sans traitement, et plus de 600 000 meurent chaque année des suites du sida. « Le chemin vers la fin du sida reste semé d’embûches », de l’avis même de l’Onusida. L’objectif d’y parvenir en 2030 est encore plus compromis par les décisions de Donald Trump. « Heureusement, il n’y a pas que les Etats-Unis qui financent les projets (…), l’Union européenne est extrêmement impliquée », a noté jeudi l’infectiologue Karine Lacombe.

Le Monde avec AFP

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« L’administration Trump met en péril l’accès à la prévention et au dépistage du VIH »

Tribune

Françoise Barré-Sinoussiprésidente de SidactionLine Renaudvice-présidente de SidactionFlorence Thunedirectrice générale de Sidaction

Le démantèlement de l’Usaid voulu par le président américain met la science en danger et menace des millions de vies dans le monde, soulignent, dans une tribune au Monde, Françoise Barré-Sinoussi, Line Renaud et Florence Thune, dirigeantes de Sidaction, qui se tient du 21 au 23 mars.

Publié le 21 mars 2025 à 11h00  https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/03/21/l-administration-trump-met-en-peril-l-acces-a-la-prevention-et-au-depistage-du-vih_6584275_3232.html

C’est un véritable coup de massue. Pour la lutte contre le VIH, pour la recherche scientifique, pour la solidarité internationale. Six semaines après une première annonce par Donald Trump de suspension totale de l’aide internationale des Etats-Unis et le démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid) chargée de sa gestion, c’est finalement une suppression de 83 % des financements consacrés à la solidarité internationale qui a été confirmée le 10 mars.

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L’impact sur l’épidémie de VIH sera sans précédent. En 2023, ce sont encore 630 000 personnes qui sont mortes de maladies liées au sida dans le monde et plus de 1,3 million qui ont été contaminées. Pour toute réponse, l’administration américaine met fin au financement de projets de prévention, de soins et de recherche sur tous les continents en indiquant qu’ils ne « relèvent plus de l’intérêt national des Etats-Unis ».

Alors qu’en Afrique, chaque semaine, 4 000 adolescentes et jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans sont contaminées par le VIH, des activités destinées au soutien et aux soins d’enfants, de jeunes filles et garçons sont mises à l’arrêt en Afrique australe, région la plus touchée par le VIH dans le monde. En Ukraine, où le système de santé est déjà fortement déstabilisé par la guerre, c’est un vaste programme d’accès au dépistage du VIH et aux soins qui est interrompu.

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Parmi les 33 associations soutenues par Sidaction en Afrique et en Europe de l’Est, 21 ont vu, depuis fin janvier, leurs activités terriblement perturbées. Certaines sont aujourd’hui complètement à l’arrêt, comme au Cameroun ou au Burundi, où nos partenaires ont dû interrompre la majeure partie de leurs activités de prévention auprès des travailleuses du sexe. Sont aussi particulièrement concernés les projets visant les personnes LGBT démesurément exposées au VIH dans de nombreux pays.

La recherche profondément déstabilisée

L’administration Trump met également en péril leur accès à la prévention et au dépistage du VIH en ne finançant plus la PrEP, ce traitement préventif extrêmement efficace et porteur d’espoir pour réduire enfin le nombre de nouvelles contaminations dans le monde.

A ces terribles mesures s’ajoute l’arrêt de projets de recherche et d’essais cliniques d’envergure pour de nouveaux outils de prévention et de candidats-vaccins, ainsi que celui d’autres visant à développer de nouvelles stratégies thérapeutiques. Aux Etats-Unis et dans de nombreux pays, la recherche scientifique et la surveillance épidémiologique de pathologies infectieuses sont profondément déstabilisées. La science est en danger et ce sont des millions de vies dans le monde qui sont aujourd’hui menacées.

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Les conséquences sont dramatiques, et elles le seront plus encore si le gouvernement américain ne renouvelle pas le 25 mars son soutien à l’initiative Pepfar (President’s Emergency Plan for AIDS Relief), lancée par George W. Bush en 2003, l’un des principaux outils de financement international des traitements contre le sida dans le monde. La menace pèse également sur le principal outil multilatéral de lutte contre les grandes pandémies, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, dont les Etats-Unis sont le premier contributeur.

Lors d’une conférence de Zackie Achmat, fondateur du mouvement Treatment Action Campaign, sur le démantèlement de l’Usaid, au Cap (Afrique du Sud), le 19 mars 2025.
Lors d’une conférence de Zackie Achmat, fondateur du mouvement Treatment Action Campaign, sur le démantèlement de l’Usaid, au Cap (Afrique du Sud), le 19 mars 2025.  GIANLUIGI GUERCIA / AFP

Engagées depuis des décennies dans ce combat contre un virus mortel, nous avons pu mesurer les progrès obtenus grâce à l’immense mobilisation, dans le monde entier, des personnes vivant avec le VIH, de la communauté scientifique, des militants associatifs, ainsi que d’hommes et femmes politiques ayant assumé leurs responsabilités en temps voulu. Si l’administration américaine semble prête à assumer une augmentation certaine du nombre de contaminations par le VIH et de morts du sida, y compris aux Etats-Unis, nous ne nous résignerons pas de notre côté à cette fatalité et poursuivrons sans relâche le combat avec l’ensemble des acteurs et actrices de la lutte contre le sida.

Mais la France doit aussi tenir son rôle. Nous appelons le président de la République et le gouvernement à poursuivre l’engagement historique de notre pays dans ce combat. C’est ce que veulent les Français : face à l’abandon des Etats-Unis, 68 % d’entre eux estiment que l’aide française au développement doit être maintenue, voire renforcée.

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Nous avons la conviction profonde que la France fera entendre sa voix. Parce que mettre fin à une épidémie qui a déjà coûté la vie à plus de 40 millions de personnes dans le monde, c’est une question d’intérêt national. Mais c’est aussi, et surtout, une question de solidarité. Une question d’humanité.

Signataires : Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine 2008, est présidente de Sidaction ; Line Renaud est vice-présidente de Sidaction ; Florence Thune est directrice générale de Sidaction.

Françoise Barré-Sinoussi (présidente de Sidaction),  Line Renaud (vice-présidente de Sidaction) et  Florence Thune (directrice générale de Sidaction)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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