Hôpitaux « Posons-nous la question d’une refonte totale du statut » (Olivier Véran),

Une « refonte totale du statut » de l’hôpital public : la proposition d’Olivier Véran pour redresser le système de santé 

Interrogé par Le Dauphiné Libéré, Olivier Véran s’est questionné sur le fonctionnement de l’hôpital public en France. « Posons-nous la question d’une refonte totale du statut », a affirmé l’ancien ministre de la Santé, à l’occasion des cinq ans du premier confinement.

18/03/2025 https://www.egora.fr/actus-pro/hopitaux/une-refonte-totale-du-statut-de-lhopital-public-la-proposition-dolivier-veran?utm_source=Newsletter&utm_medium=gms_egora&utm_campaign=En_bref___Lundi_24_mars_2025&utm_medium=gms_egora&utm_source=email&utm_campaign=En%20bref%20-%20Lundi%2024%20mars%202025%20(20h30)20250324&sc_src=email_4523434&sc_lid=171092640&sc_uid=XYBlorZBtz&sc_llid=33447&sc_eh=5d463c22601bc0401

Par Chloé Subileau

Des établissements pilotés « comme une administration publique, avec peu d’intéressement, une gouvernance rigide peu attractive, des règles qui plombent la capacité d’investir et innover« . Ce sont par ces mots qu’Olivier Véran a défini l’hôpital public en France, dans une interview accordée au Dauphiné Libéré. Interrogé à l’occasion de la date anniversaire du premier confinement, l’ancien ministre de la Santé a notamment évoqué l’urgence, selon lui, de réformer le système hospitalier français.

« Je constate que bien qu’il soit mieux financé que la moyenne des hôpitaux européens, et que les compétences des soignants qui y exercent sont parmi les meilleures au monde, beaucoup n’y sont pas heureux », a avancé le neurologue, aujourd’hui retiré de la vie politique. « Posons-nous la question d’une refonte totale du statut, à l’instar de la SNCF ou de La Poste, qui sont restées publiques mais avec des règles moins rigides que celles d’une administration ?« , a-t-il insisté, dans les colonnes du quotidien régional.

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Face aux difficultés d’accès aux soins et aux demandes croissantes de la population, l’ancien locataire de l’avenue de Ségur encourage à s' »appuyer sur la révolution technologique qui commence en santé pour apporter des solutions rapides et efficaces« . « Je vous parle de l’intelligence artificielle, qui montre déjà qu’elle sera plus qu’une simple aide au diagnostic« , a précisé Olivier Véran.

Interrogé sur la période Covid, le neurologue a rappelé « l’engagement extraordinaire » des soignants, des hôpitaux et de l’Assurance maladie, avant de défendre son bilan.  « On a revalorisé tous les salaires, et même si cela ne suffit pas, il fallait le faire. Avec le Ségur, j’ai déployé tellement de milliards en reconstructions d’hôpitaux que mes successeurs inaugureront avec fierté des bâtiments pendant encore 10 ans, a-t-il soutenu auprès du Dauphiné LibéréLa télémédecine se déploie 100 fois plus fort qu’avant la crise. On recommence à fabriquer des équipements et des médicaments en France et en Europe… Tout cela n’est pas visible en cinq ans, je le conçois parfaitement, mais cela aura un impact massif et dans la durée, tout comme le fait qu’on double le nombre de médecins en formation. Les résultats arrivent, on y est presque. »

[avec Le Dauphiné Libéré *]

*Crise du Covid, système de santé… Olivier Véran sort du silence

L’ancien ministre de la Santé, l’Isérois Olivier Véran, s’est retiré de la vie politique. Mais pour Le Dauphiné Libéré, il sort de son silence et parle de la santé en France.

Propos recueillis par Ève Moulinier – 16 mars 2025 à 06:05 | mis à jour le 18 mars 2025 à 00:35 https://www.ledauphine.com/politique/2025/03/16/crise-du-covid-systeme-de-sante-olivier-veran-sort-du-silence

Olivier Véran : « L’hôpital est aujourd’hui piloté comme une administration publique, avec peu d’intéressement, une gouvernance rigide peu attractive, des règles qui plombent la capacité d’investir et innover. » Photo Le DL /Jean-Baptiste Bornier
Olivier Véran : « L’hôpital est aujourd’hui piloté comme une administration publique, avec peu d’intéressement, une gouvernance rigide peu attractive, des règles qui plombent la capacité d’investir et innover. » Photo Le DL /Jean-Baptiste Bornier

Il y a 5 ans, c’était la crise du Covid, le confinement, juste après votre entrée au gouvernement. Comment avez-vous vécu cela personnellement ?

« Si je vous disais que je travaille encore à mettre des mots sur cette période ? La pression était constante pour prendre la meilleure décision possible dans l’urgence et l’incertitude. Elle l’était aussi dans l’opinion, dans l’arène politique et médiatique. Bref, c’est à la fois la période la plus intense, la plus folle et la plus dure pour beaucoup de Français et ça l’est pour moi aussi. Il faut pouvoir après tout cela se lever le matin avec un but. Cela a pris du temps, c’est désormais le cas. Il fallait pour cela que je quitte la politique et l’exposition publique qui l’accompagne. »

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À l’époque du Covid, on avait vu les limites de notre système de santé, que l’on pensait tous être le meilleur. Ensuite, il y a eu des promesses. Pourtant, aujourd’hui, on a encore l’impression qu’on ne peut plus se faire soigner comme avant. Une réaction ?

« On a tous un proche qui vit à l’étranger et qui nous raconte “la chance qu’on a, en France, de pouvoir se faire soigner…” Vous connaissez le dicton : quand on se compare, on se console… Ce que je veux vous dire, c’est que tout est et sera toujours perfectible, mais notre système de santé ne s’est pas effondré en 2020. Grâce à l’engagement extraordinaire de tous, à commencer par les soignants et tous ceux qui ont mouillé la chemise, grâce aussi à notre assurance maladie protectrice – personne n’a dû signer de devis à 5 chiffres avant de recevoir des soins – et à des hôpitaux dont la base est restée solide. »

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« Les résultats arrivent, on y est presque »

Qu’est-ce qui n’a pas été fait, depuis 5 ans, pour améliorer les choses ?

« Qu’est-ce qui a été fait, plutôt ? On a revalorisé tous les salaires, et même si cela ne suffit pas, il fallait le faire. Avec le Ségur, j’ai déployé tellement de milliards en reconstructions d’hôpitaux que mes successeurs inaugureront avec fierté des bâtiments pendant encore 10 ans. La télémédecine se déploie 100 fois plus fort qu’avant la crise. On recommence à fabriquer des équipements et des médicaments en France et en Europe… Tout cela n’est pas visible en 5 ans, je le conçois parfaitement, mais cela aura un impact massif et dans la durée, tout comme le fait qu’on double le nombre de médecins en formation. Les résultats arrivent, on y est presque. »

Quel le plus grand souci de l’hôpital public ?

« L’hôpital est aujourd’hui piloté comme une administration publique, avec peu d’intéressement, une gouvernance rigide peu attractive, des règles qui plombent la capacité d’investir et innover. Je constate que bien qu’il soit mieux financé que la moyenne des hôpitaux européens, et que les compétences des soignants qui y exercent sont parmi les meilleures au monde, beaucoup n’y sont pas heureux. Posons-nous la question d’une refonte totale du statut, à l’instar de la SNCF ou de La Poste, qui sont restées publiques mais avec des règles moins rigides que celles d’une administration ? »

« Nous devons davantage nous appuyer sur la révolution technologique »

Doit-on s’habituer à voir nos urgences fermer la nuit, à entendre les histoires de nos proches restés toute la nuit sur des brancards ?

« Je comprends et je vois, croyez-moi, ce qu’il peut y avoir d’insupportable à devoir renoncer à des soins, surtout en urgence. Ce n’est et ne sera jamais normal. Et plus notre population vieillit, plus les maladies chroniques se diffusent, plus la demande débordera l’offre de soins, sauf à doubler tous les hôpitaux, et même. C’est pourquoi je crois que nous devons davantage nous appuyer sur la révolution technologique qui commence en santé pour apporter des solutions rapides et efficaces. »

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Quelle révolution technologique ?

« Je vous parle de l’intelligence artificielle, qui montre déjà qu’elle sera plus qu’une simple aide au diagnostic. L’IA sera capable de mieux dépister une maladie sur la base de symptômes ou des données que nous envoyons, par exemple avec nos objets connectés. Capable de diagnostiquer des maladies mystérieuses et complexes, comme l’endométriose avec le test salivaire de l’entreprise française Ziwig. Capable de suivre des malades chroniques au domicile pour éviter des aggravations et des hospitalisations urgentes, comme le fait par exemple le français Résilience dans le cancer. Capable d’éviter que des malades meurent parce que leur plan de traitement n’est pas le bon, comme le font les Grenoblois de DrugOptimal. Capable, enfin, de trouver le bon traitement au bon patient, de produire de nouveaux biomédicaments, je pense là aussi au français Owkin.

Les publications s’enchaînent, qui montrent que l’IA va transformer en profondeur et à très court terme la santé. Peut-être, dans quelques années, formerons-nous des médecins en deux fois moins de temps ? La révolution qui nous permettra de vivre plus longtemps en meilleure santé, elle est là, dans l’innovation, dans le génie de nos soignants, de nos chercheurs, dans la détermination de nos entrepreneurs qui prennent les risques. »

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Aujourd’hui, pour pouvoir avoir des implants dentaires, certains font des petits prêts à la consommation… C’est fini la santé publique ?

« La réforme du 100 % Santé est à mes yeux la plus importante des deux quinquennats Macron : pouvoir manger, sourire, voir, entendre, sans renoncer à se soigner. Toute personne bénéficiant d’un contrat responsable par sa mutuelle peut bénéficier de l’offre 100 % Santé dentaire, c’est-à-dire bénéficier de prothèse de qualité sans aucun reste à charge. La totalité des dentistes conventionnés doivent le proposer à leurs patients. S’il y a des trous dans la raquette, il faut les signaler systématiquement à l’assurance maladie parce que cette loi de santé publique est fondamentale… Et puisque vous me parlez de santé publique, je peux ajouter une remarque ? »

« Avec l’IA, nous allons connaître un âge d’or de la santé »

Allez-y, on ne vous a pas entendu depuis longtemps…

« Là aussi, la clef réside dans l’innovation. Pour la première fois dans le monde, les ventes d’insuline, traitement du diabète, baissent. Vous savez pourquoi ? Les nouveaux médicaments contre l’obésité. Certes, ils doivent être utilisés avec prudence, suivant les indications des médecins, mais en une poignée d’années, ils ont plus d’impact sur l’obésité et le diabète que toutes les politiques de santé publiques réunies. Ça veut dire moins de maladies cardiovasculaires, moins de cancers, une espérance de vie en bonne santé qui s’allonge. Je cite cet exemple parce que je crois profondément qu’avec l’IA, nous allons connaître un âge d’or de la santé et la longévité. »

Eh ben, vous êtes devenu un fan absolu de l’IA, on dirait…

« Un jour, si vous le souhaitez, je vous dirai les peurs qui me saisissent à l’idée que nous regardions sans réagir les magnats transhumanistes préparer des implants dans l’espoir d’augmenter nos intelligences humaines au moyen de l’IA. C’est le côté sombre d’une science mal dirigée. Mais pour le reste, oui, l’IA, c’est l’accès à la connaissance universelle et en matière de santé, elle va embellir nos existences. »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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