L’arnaque du Green New Deal est terminée: « 31 actions » visant à « libérer l’énergie américaine », à « revitaliser l’industrie automobile » ou encore à « supprimer des règles suffocantes restreignant tous les secteurs de l’économie ».

Comment l’administration Trump attaque les « règles suffocantes » de protection de l’environnement

Le gouvernement américain a déjà pris des mesures concrètes qui remettent en cause la trajectoire de décarbonation du pays, la lutte contre la pollution, ou encore la protection de la nature. 

Par Perrine Mouterde et Audrey Garric

Publié le 13 mars 2025 à 17h57, modifié hier à 09h04 https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/03/13/l-offensive-sans-precedent-de-l-administration-trump-contre-les-regles-suffocantes-de-protection-de-l-environnement_6580352_3244.html

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Lee Zeldin, l’administrateur de l’Agence de la protection de l’environnement (EPA) s’exprime à la caserne des pompiers d’East Palestine (Ohio), le 3 février 2025. Il est accompagné du gouverneur de l’Ohio Mike DeWine, et du vice-président américain J. D. Vance.
Lee Zeldin, l’administrateur de l’Agence de la protection de l’environnement (EPA) s’exprime à la caserne des pompiers d’East Palestine (Ohio), le 3 février 2025. Il est accompagné du gouverneur de l’Ohio Mike DeWine, et du vice-président américain J. D. Vance.  GENE J. PUSKAR / AP

« L’arnaque du Green New Deal prend fin. » Lee Zeldin, l’administrateur de l’Agence de la protection de l’environnement (EPA), a expliqué mercredi 12 mars lancer « 31 actions » visant à « libérer l’énergie américaine », à « revitaliser l’industrie automobile » ou encore à « supprimer des règles suffocantes restreignant tous les secteurs de l’économie ». Les normes visées portent sur l’encadrement des émissions de gaz à effet de serre des centrales à gaz et au charbon, les rejets de polluants toxiques dans les eaux usées, l’obligation pour les entreprises de déclarer leurs émissions, la pollution des véhicules lourds ou encore la qualité de l’air.

Toutes les réglementations découlant du constat scientifique selon lequel les émissions de CO2 mettent en danger la santé humaine et l’environnement pourraient aussi être remises en question. « Aujourd’hui, je suis heureux de faire la plus grande annonce de dérégulation de l’histoire des Etats-Unis », a insisté le républicain.

Lundi 10 mars, devant les grands patrons du gaz et du pétrole réunis à Houston (Texas) pour une conférence professionnelle, le ministre américain de l’énergie, Chris Wright, a lui annoncé la « fin des politiques climatiques irrationnelles, quasi religieuses, du gouvernement Biden ». Fondateur d’une entreprise de fracturation hydraulique, il a expliqué que l’exploitation d’hydrocarbures avait « une justification morale » car elle permettait de « réduire la pauvreté », et que l’ambition affichée par un grand nombre d’Etats d’atteindre la neutralité carbone en 2050 était un « objectif sinistre ». Le ministre a également profité de ce rendez-vous pour autoriser l’extension d’un projet d’exportation de gaz naturel liquéfié en Louisiane. Le ministre de l’intérieur, Doug Burgum, a, de son côté, affirmé que toutes les centrales à charbon du pays continueraient à tourner, et que celles ayant été mises à l’arrêt pourraient rouvrir.

« Ambitions plus larges et plus agressives »

Ces récentes déclarations s’inscrivent dans la droite ligne des premières décisions de l’administration Trump et des attaques sans précédent lancées contre la science du climat. « Cela fait quarante ans que je travaille dans ce domaine et la situation n’a jamais été aussi mauvaise, constate Athan Manuel, directeur du programme de protection des terres de l’ONG Sierra Club. Donald Trump semble avoir des ambitions encore plus larges et plus agressives que lors de son premier mandat. »

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Dès fin janvier, une première série de décrets a été adoptée visant à « faire face à l’urgence énergétique nationale » en encourageant et en facilitant toujours davantage la production de gaz et de pétrole, et en multipliant au contraire les obstacles à la production renouvelable. La distribution des fonds de l’Inflation Reduction Act, un plan de financement massif en faveur des technologies bas carbone mis en place en 2022, a été suspendue – en dépit de décisions de justice appelant à annuler ce gel, celui-ci se poursuit au moins en partie.

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Le président américain s’est également attaqué aux véhicules électriques accusés de « tuer » l’industrie automobile américaine, même s’il a depuis annoncé vouloir acheter une Tesla. Il devrait également approuver une mesure, votée fin février par le Congrès, abolissant une taxe imposée aux producteurs d’hydrocarbures sur les émissions de méthane, un gaz au fort pouvoir de réchauffement.

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Ces décisions ne devraient pas mettre un coup d’arrêt total à l’essor des technologies bas carbone, mais elles vont ralentir leur croissance : selon une étude de l’ONG Climate Power, publiée le 3 mars, au moins 64 projets représentant 57 milliards de dollars (52 milliards d’euros) d’investissement ont été retardés, annulés ou sont menacés depuis l’élection de Donald Trump. Dès novembre 2024, le géant français TotalEnergies avait par exemple annoncé suspendre un projet éolien au large de New York. « L’industrie des énergies renouvelables aux Etats-Unis est encore assez récente, de sorte que sa croissance est vulnérable à des perturbations majeures », prévient Jenny Rowland-Shea, du cercle de réflexion Center for American Progress.

Augmentation de la production de bois

« Sous Biden, la trajectoire de décarbonation était insuffisante, mais les émissions de gaz à effet de serre baissaient, rappelle Marc-Antoine Eyl-Mazzega, le directeur du centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales. Ce sujet est désormais la dernière des priorités, ce qui envoie au reste du monde un message d’irresponsabilité. » Les Etats-Unis sont aujourd’hui assurés de ne pas tenir leurs objectifs climatiques.

Après avoir entamé leur retrait de l’accord de Paris pour le climat, les Etats-Unis ont aussi quitté les Partenariats pour une transition énergétique juste avec l’Afrique du Sud, l’Indonésie et le Vietnam. Ces accords internationaux, noués en 2021 et 2022, permettent à des pays riches d’aider financièrement ces trois nations à sortir du charbon.

Les Etats-Unis ont également annulé leur promesse de verser 4 milliards de dollars au Fonds vert pour le climat, ce qui réduira le nombre de projets en faveur de la transition et l’adaptation au réchauffement dans les pays du Sud, et renoncé à leur siège au conseil d’administration du fonds pour les pertes et les dommages, lancé en 2023 pour aider les pays en développement à faire face aux dégâts irréversibles de la crise climatique.

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Au-delà du climat, la protection de l’environnement est visée dans son ensemble. Des textes-clés, tels que la loi sur les espèces menacées ou celle sur l’eau propre, pourraient être détricotés. Lundi 10 mars, le ministère de l’intérieur a suspendu un avis juridique tenant les entreprises pour responsables de la mort accidentelle de canards, de grues, de pélicans ou de hiboux, affaiblissant ainsi la loi sur les oiseaux migrateurs. « Supprimer ces lois serait compliqué, mais l’administration peut amoindrir leur portée et leur mise en œuvre, comme elle l’a fait lors du premier mandat Trump », précise Michael Gerrard, professeur en droit de l’environnement et de l’énergie à la Columbia Law School. Le 1er mars, un décret visant à augmenter « immédiatement » la production de bois aux Etats-Unis a également été adopté.

Recours en justice lancés

L’administration tente par ailleurs de vider de leur substance les principaux organismes chargés de la protection de la nature. Au total, des milliers de personnes ont été suspendues ou licenciées en quelques mois de l’EPA, de l’US Fish and Wildlife Service – la seule agence consacrée à la conservation des plantes et des animaux –, des services des parcs nationaux, ou encore des services de protection et de gestion des forêts, cruciaux notamment pour la lutte contre les incendies.

« Ces licenciements massifs vont affaiblir la protection de l’environnement et sa mise en application », s’alarme Andrew Wetzler, vice-président de l’ONG Natural Resources Defense Council. Les programmes des agences fédérales portant sur la justice environnementale, qui bénéficiaient notamment aux populations les plus affectées par les pollutions, sont particulièrement visés.

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Professeur de droit de l’environnement à Yale, Daniel C. Esty identifie au moins quatre acteurs à même de limiter les conséquences de cette offensive. D’abord le Congrès, où les républicains n’ont qu’une très faible majorité. Concernant l’Inflation Reducation Act par exemple, des représentants ont déjà fait savoir qu’ils souhaitaient préserver les crédits d’impôt en faveur des énergies bas carbone : les Etats républicains sont ceux qui ont le plus profité des investissements et des emplois verts ces dernières années. Les tribunaux ensuite, où des recours ont déjà été lancés. Sur 163 poursuites contre la première administration Trump, l’ONG Natural Resources Defense Council rappelle qu’elle a gagné dans près de 90 % des cas.

Les Etats et les villes, le marché et les entreprises auront aussi un rôle à jouer. « Quand vous êtes une entreprise, vous ne vous projetez pas seulement dans trois ans et huit mois, explique Daniel C. Esty. Je ne crois pas par exemple que de nouveaux projets de centrales à charbon vont être lancés. »

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La riposte pourrait aussi venir des citoyens eux-mêmes. Des manifestations ont déjà eu lieu dans certaines villes. « Les Américains sont attachés aux grands espaces et à leurs parcs nationaux, rappelle Brian O’Donnell, directeur de l’initiative Campaign for Nature. Quand Donald Trump s’en prend à la nature, il n’est pas en phase avec la population. » 

Perrine Mouterde et  Audrey Garric

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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