Avec l’« appel d’Epinay », les élus de banlieue veulent mettre la question des quartiers populaires à l’agenda politique
Réunis dans l’Essonne, jeudi, les maires ont dressé le constat d’un creusement des inégalités territoriales et d’une paupérisation accélérée de leurs habitants.
Par Louise CouvelairePublié le 14 mars 2025 à 10h00, modifié le 14 mars 2025 à 10h10 https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/03/14/avec-l-appel-d-epinay-les-elus-de-banlieue-veulent-mettre-la-question-des-quartiers-populaires-a-l-agenda-politique_6580914_3224.html
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Jeudi 13 mars, sept associations d’élus (Ville & Banlieue de France, Association des maires de France, Association des maires d’Ile-de-France, France urbaine, Villes de France, Association des petites villes de France, Intercommunalités de France) se sont mobilisées, en Essonne, pour lancer l’« appel d’Epinay-sous-Sénart ».
L’objectif : tenter d’inscrire le sujet des quartiers populaires à l’agenda politique. Les élus appellent le gouvernement à évaluer, à penser et à repenser les politiques publiques en faveur de ces territoires. Loin des instrumentalisations politiciennes dont ils font régulièrement l’objet. Ils demandent notamment « une feuille de route interministérielle obligeant chaque ministère à mesurer l’atterrissage des crédits dans les quartiers prioritaires ou pour leurs habitants ».
Plus de sept ans après l’« appel de Grigny », en octobre 2017 – une démarche transpartisane alors inédite visant à sensibiliser le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, et ses ministres, à la question des quartiers après la suppression des emplois aidés et des coupes budgétaires –, les maires de banlieue ne désarment pas. Depuis, ils font bloc, quelle que soit leur couleur politique, pour alerter sur les inégalités territoriales qui se creusent, l’appauvrissement des habitants de leurs communes et la détérioration de leurs conditions de vie, pour interpeller les gouvernements successifs sur le manque de moyens et de vision, proposer des solutions et rappeler que la politique de la ville est avant tout un investissement.
« Les temps sont rudes »
A Epinay-sous-Sénart, soutenus par le monde associatif et les fédérations sportives (judo, rugby, base-ball…), les élus locaux ont plaidé la cause des quartiers prioritaires devant la ministre déléguée chargée de la ville, Juliette Méadel. Cette dernière a annoncé « la relance de la politique de la ville », avec la tenue d’un comité interministériel des villes, le 17 avril à Montpellier. Un rendez-vous au cours duquel l’Etat est censé dévoiler son action à venir en matière de politique de la ville. « Les temps sont rudes pour les quartiers, notamment du point de vue des moyens », a convenu la ministre face aux maires. « Et on nous demande à nous, la politique de la ville, de faire la démonstration à l’euro près – ce qu’on ne demande pas aux autres ! – de l’efficacité des politiques en œuvre », a-t-elle poursuivi.
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Le précédent comité interministériel, jugé « sans souffle » par nombre d’acteurs de terrain, avait finalement eu lieu en octobre 2023, après avoir été maintes fois reporté, sous l’égide d’Elisabeth Borne, alors première ministre, au lendemain des annonces post-émeutes – quatre mois après les violences urbaines qui ont suivi la mort de Nahel, adolescent de 17 ans tué par un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre – axées principalement sur l’ordre et la répression. « La crise financière, l’instabilité politique. (…) Je suis consciente que ce comité interministériel des villes n’avait pas permis d’aller aussi loin que nous l’aurions voulu », a commenté Juliette Méadel avant d’égrener ses trois priorités : « L’enfance et l’adolescence, la tranquillité publique et l’économie pour toutes et tous. »
Avec l’« appel d’Epinay », les maires espèrent également pousser l’Etat à dévoiler ses intentions concernant l’avenir de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), établissement public officiellement créé par décret en février 2004 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de la ville de Jacques Chirac, et chargé depuis plus de vingt ans de « restructurer, dans un objectif de mixité sociale et de développement durable, les quartiers classés en zone urbaine sensible », aujourd’hui rebaptisés « quartiers prioritaires de la politique de la ville ».
Manne financière
Le Nouveau Programme national de renouvellement urbain, lancé en 2014 après une première phase de travaux (2004-2021), doit s’achever en 2030, avec la rénovation de quelque 450 quartiers populaires. Un rapport, intitulé « Ensemble, refaire la ville. Pour un renouvellement urbain résilient des quartiers et des territoires fragiles », prônant la poursuite du renouvellement urbain dans les quartiers populaires, a été officiellement remis, le 18 février, au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, François Rebsamen, à la ministre du logement, Valérie Létard, et à Juliette Méadel. Mais il n’y a pour l’instant eu aucun retour. Les élus s’en inquiètent.
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« Cette politique publique est un succès et doit être poursuivie. (…) La solidarité nationale doit continuer à s’exercer », s’est avancée Valérie Létard, venue s’adresser aux élus en fin de matinée « pour [les] rassurer », tout en annonçant qu’il allait « falloir aller chercher d’autres partenaires financiers ». La ministre du logement semble prendre les devants. En effet, la rénovation urbaine était jusqu’ici financée aux deux tiers environ par Action Logement – par le biais des cotisations des entreprises au titre du 1 % logement –, une source de financement remise en cause par l’Etat qui cherche à « mettre la main » sur cette manne financière, alerte Jean-Louis Borloo. « Si vous laissez faire ça, c’est la mort de la rénovation urbaine ! », s’est ému le « père » de la rénovation urbaine : « Ce qui se prépare sournoisement est d’une extrême gravité, l’ANRU, c’est un bureau de bienfaisance autonome, ce n’est pas une agence de l’Etat ! »