De nombreux élus démocrates renoncent aux positions défendues par leur parti ces dernières années, donnant autant de crédit aux thèses trumpistes.

Aux Etats-Unis, des leaders démocrates prennent leurs distances avec les combats « woke » et les questions de genre

Analyse

Corine LesnesSan Francisco, correspondante

A l’instar du gouverneur de Californie, Gavin Newsom, de nombreux élus démocrates renoncent aux positions défendues par leur parti ces dernières années, donnant autant de crédit aux thèses trumpistes.

Publié le 14 mars 2025 à 16h00, modifié le 14 mars 2025 à 21h06 https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/03/14/le-recul-des-democrates-americains-sur-les-questions-de-genre_6580965_3232.html

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Dans la course au recentrage des démocrates, Gavin Newsom a frappé fort. Gouverneur d’un Etat (la Californie) furieusement anti-Trump, premier maire américain à avoir marié des couples gay (à San Francisco, en 2004), l’élu et possible espoir de son parti pour la présidentielle 2028 n’a pas hésité à aller à l’encontre du dogme de la gauche sur la participation des athlètes transgenres dans le sport féminin. « Profondément injuste », a-t-il estimé.

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Dans l’échelle des problèmes auxquels sont confrontés les Etats-Unis, la question des sportives transgenres pourrait ne pas apparaître des plus cruciales. De l’aveu même du président du sport universitaire, Charlie Baker, il y a « moins de dix » athlètes transgenres sur 510 000 sportifs dans les compétitions entre universités.

Mais les républicains en ont fait l’un des axes de leur campagne en 2024, et les démocrates se sont trouvés pris au piège de la machine républicaine à fabriquer des indignations. L’un des clips de campagne de Donald Trump qui a le plus nui à Kamala Harris, selon les sondeurs, est celui qui montre la candidate, alors procureure générale de Californie, défendre l’accès à la chirurgie de transition de genre pour les détenus. « Kamala est pour eux/elles ; le président Trump est pour vous », disait la publicité.

« Une question d’équité »

Fasciné par l’efficacité avec laquelle les conservateurs diffusent leurs messages, le gouverneur de Californie étudie depuis longtemps la « méthode » Fox News. Après la défaite de novembre 2024, il a annoncé le lancement d’un podcast où il n’inviterait que des adversaires politiques. Pour sa première émission, le 6 mars, il recevait Charlie Kirk, 31 ans, le fondateur de l’organisation étudiante de droite Turning Point USA et figure de proue du conservatisme agressif. Installé en Arizona, Charlie Kirk est de ceux qui ont propagé l’idée que l’élection de 2020 avait été « volée » à Donald Trump.

La conversation a abasourdi les progressistes. Assis dans des fauteuils club, Gavin Newsom, figure de la « résistance » anti-Trump, et Charlie Kirk, l’influenceur de la jeunesse MAGA, devisent aimablement. Le premier confie son admiration au second pour avoir eu un « sacré impact » sur le vote des jeunes. Admiration partagée par son fils de 13 ans, avoue le démocrate. Et de demander des conseils à son invité sur la manière de rajeunir le message du parti. « Trouvez de meilleures idées, gouverneur », répond le trentenaire, qui se félicite de n’avoir aucun diplôme universitaire, « comme la majorité du pays ».

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Sans broncher, Gavin Newsom encaisse la leçon politique de son cadet. Selon celui-ci, l’électorat ne se divise plus entre droite et gauche, mais entre « ceux qui ont confiance dans les institutions », comme les démocrates, qui écoutent « scientifiques, experts et autorités », et les autres, qui contestent tout, des vaccins aux milliards de dollars pour l’Ukraine.

Charlie Kirk profite de la magnanimité de son hôte pour le faire réagir sur la victoire d’une athlète transgenre dans une épreuve de triple saut dans un lycée californien quelques jours auparavant, événement qui enflamme les cercles conservateurs. « C’est profondément injuste, répond le gouverneur. Je suis totalement d’accord avec vous là-dessus. C’est une question d’équité. »

Le gouverneur de Californie Gavin Newsom lors de la réunion sur les prévisions économiques et les perspectives industrielles pour 2025, le 26 février 2025, à Los Angeles.
Le gouverneur de Californie Gavin Newsom lors de la réunion sur les prévisions économiques et les perspectives industrielles pour 2025, le 26 février 2025, à Los Angeles.  DAMIAN DOVARGANES / AP

Equité ? A un moment où l’administration Trump cible les personnes transgenres, la déclaration a ulcéré des associations de défense des droits humains. « Quand les vies LGBTQ + sont attaquées, les vrais leaders ne tergiversent pas, ils se battent », a réagi la présidente de Human Rights Campaign, Kelley Robinson. Les barons démocrates, eux, ont fait profil bas, soucieux d’éviter les polémiques alors que le parti se voit reprocher d’avoir trop mis en avant les revendications des minorités.

Nul doute que Gavin Newsom prépare l’avenir, son mandat de gouverneur de Californie arrivant à terme en 2026. Présumé candidat pour la Maison Blanche, il a le souci de corriger son image élitiste. Mais son positionnement reflète aussi l’évolution de la Californie, qui a viré à droite sur plusieurs questions de société lors des élections de 2024, et celle de l’opinion nationale. Selon un sondage Ipsos publié en janvier par le New York Times, près de 80 % des Américains – et deux tiers des démocrates – désapprouvent la participation de personnes transgenres dans les compétitions féminines.

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La mise en garde de Jane Fonda

Gavin Newsom n’est pas une exception dans son parti. Mis à part Bernie Sanders, qui a toujours été plus « Occupy Wall Street » (le mouvement anti-capitaliste) que « woke », les démocrates ont entrepris un aggiornamento sur les questions de genre, notamment ceux qui espèrent briguer l’investiture pour la présidentielle de 2028. L’ancien secrétaire aux transports Pete Buttigieg a retiré les pronoms « he-him » de ses profils sur les réseaux sociaux. L’iconoclaste sénateur de Pennsylvanie, John Fetterman, a été plus loin dans la formulation : « Je ne suis pas “woke” », a-t-il énoncé.

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En recevant une récompense de la Guilde des acteurs de cinéma pour l’ensemble de sa carrière, le 23 février, à Hollywood, l’actrice Jane Fonda a mis le public en garde. S’il est de bonne politique pour le Parti démocrate de se distancier des combats étiquetés « woke », le sort des minorités, à l’heure de la présidence Trump, ne s’améliore pas. A un moment où la plupart des institutions et entreprises se débarrassent du critère d’inclusivité et de diversité dans les recrutements ou les promotions, tous, dans l’Amérique non blanche et masculine, ne se sentent pas les bienvenus.

La star a invité à retourner aux origines du mot « woke ». Un mot qui renvoie à « éveillé », conscient des injustices : « “Woke” signifie simplement que le sort des autres vous tient à cœur », a-t-elle résumé. Dilemme pour les démocrates : comment se distancier des mots – détournés de leur sens par les républicains – sans avoir l’air d’abandonner les minorités ?

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Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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