« 4,1. Le scandale des accouchements en France » : la hausse de la mortalité infantile, une exception française
Si la France fait partie des pires élèves européens concernant la mortalité des enfants avant 1 an, c’est notamment en raison de la fermeture des petites maternités à l’œuvre depuis la fin du XXᵉ siècle, dénoncent les journalistes Anthony Cortes et Sébastien Leurquin dans leur livre.
Par Mattea Battaglia et Solène CordierPublié aujourd’hui à 05h00, modifié à 06h42 https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/03/13/4-1-le-scandale-des-accouchements-en-france-la-hausse-de-la-mortalite-infantile-une-exception-francaise_6579865_3232.html
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Livre. Pourquoi la France, septième puissance mondiale, voit-elle repartir à la hausse la mortalité infantile ? 4,1. Le scandale des accouchements en France (Buchet Chastel, 208 pages, 21 euros), ouvrage que cosignent les journalistes Anthony Cortes et Sébastien Leurquin, s’ouvre sur cette question. On le referme en partageant avec les auteurs les constats, mais moins leur argumentaire.
Point de départ de leur enquête, des chiffres connus mais pas moins alarmants reviennent au fil des pages. A commencer par ce « 4,1 », inscrit dans le titre : il renvoie au nombre de décès de bébés avant 1 an, pour 1 000 naissances vivantes, comptabilisé en 2024. Au seuil des années 2000, le taux se situait à 3,5 pour 1 000.
Autre constat chiffré : 70 % de ces décès interviennent durant les vingt-huit premiers jours de vie, et, parmi eux, 70 % concernent des prématurés. La mortalité infantile est en hausse depuis 2012, et subit même un « véritable décrochage »depuis 2020, écrivent les journalistes. La France, longtemps citée comme un exemple, se positionne désormais à la 23e place sur 27, « entre la Pologne et la Bulgarie, à égalité avec la Croatie ».
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A partir de cette photographie statistique, les auteurs ont fait un choix qui ne manquera pas de faire réagir : pointer du doigt la fermeture des petites maternités, une stratégie politique qui remonte aux années 1970, confirmée par les décrets de périnatalité de 1998, et qui repose sur la conviction qu’un « volume d’activité » est nécessaire pour assurer la sécurité des patientes et de leurs enfants. De quoi relancer un débat récurrent : proximité des structures d’accouchement versus sécurité des prises en charge.
Pour un registre national des naissances
Jusqu’à présent, les experts qui avaient relevé la hausse inquiétante de la mortalité infantile – d’ailleurs cités dans l’ouvrage – préfèrent invoquer des « causes multifactorielles », au-delà de l’organisation du système de soins : âge maternel plus tardif, comportements à risques comme le tabagisme, hausse de la précarité, surpoids… Le livre s’en fait l’écho tout en privilégiant la piste du démantèlement de l’offre de soins et de la concentration des naissances dans de grands établissements de santé, épinglés comme des « usines à bébés ».
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Leur raisonnement rejoint celui de nombreux élus, dans le Lot ou en Bretagne, sans oublier les familles endeuillées, à qui ils ont donné la parole. Mais moins celui des autorités de santé, mises en cause par le duo de journalistes : ils dénoncent un « Etat démissionnaire » responsable d’une « course à la rentabilité » et qui pâtit lui-même, ces dernières années, d’une instabilité politique.
Appelant à un sursaut, le livre identifie quelques pistes, dont l’instauration d’un registre national des naissances. Sa mise en place, préconisée par une mission parlementaire « flash » sur la mortalité infantile, en décembre 2023, permettrait de centraliser des données aujourd’hui éparses, et de piloter une politique publique de périnatalité plus efficace.
« 4,1. Le scandale des accouchements en France », d’Anthony Cortes et Sébastien Leurquin, Buchet Chastel, 208 pages, 21 euros.
Mattea Battaglia et Solène Cordier
Voir aussi:
https://environnementsantepolitique.fr/2025/03/03/maternites-une-situation-perinatale-alarmante/
Le Collège National des Sages-Femmes de France salue le rapport d’information du Sénat sur la santé périnatale, publié en septembre 2024 https://environnementsantepolitique.fr/2024/09/16/52943/
Commentaire Dr Jean SCHEFFER:
La démonstration que la fermeture des petites maternités serait une des causes de l’aggravation de notre mortalité infantile n’est pas claire. Par contre effectivement il y a bien des études qui démontrent que l’éloignement des maternités de la parturiente augmente le risque foeto maternel.
On peut également utiliser la fermeture de toutes ces maternités pour contredire les affirmations de la cour des comptes, de l’académie de médecine, du rapport du Sénat… qui proposent de poursuivre les fermetures pour des raisons de sécurité. Or 75% ont fermé en 50 ans et cela n’a pas depuis 20 ans amélioré la morbidité-mortalité périnatale.
Loin de soutenir la poursuite des fermetures des maternités qui font moins de 1000 naissances/an, on peut s’étonner des affirmations de ces deux journalistes sans preuves évidentes concernant le rapport entre les fermetures et l’aggravation de la mortalité périnatale.
Je pense qu’il faut effectivement prioriser le maintien ou même la réouverture de maternités dans des zones particulières qui pour des raisons géographiques sont à plus de 45 mn d’une maternité. Nous parlerons d’« exception géographique ».
Mais il faut dans ces cas là obliger les soignants à faire des stages réguliers dans des unités de plus grande activité avec participation effective aux accouchements et autres interventions obstétricales afin de maintenir les compétences. Il faut aussi une participation effective aux gardes sur place des sages-femmes, obstétriciens, anesthésistes et pédiatres.
La principale cause de fermetures des maternités est le plus souvent le manque de praticiens des différentes disciplines. Il faut donc mettre très rapidement en route le « Clinicat-Assistanat pour Tous » que je propose depuis plus de 10 ans de 2 à 3 ans obligatoire pour tous les internes futurs généralistes et futurs spécialistes (voir: « Vision Globale -Solution globale « : https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=C9jccc)
Reste la solution de la fusion de maternités assez proches, les exemples en notre Occitanie étant Millau-St Affrique et Tarbes-Lourdes. Ce peut être une solution même si elle éloigne un. peu plus certains territoires de la maternité, mais à contrario en mutualisant les moyens permet le maintien d’une des deux structures à la place de deux fermetures.