Les députés votent une résolution en faveur de l’Ukraine, le RN et son allié ciottiste s’abstiennent, LFI et les communistes votent contre

Une résolution symbolique prévoyant notamment la saisie des avoirs russes pour aider Kiev a été largement adoptée mercredi. Mais le score est loin d’afficher l’union nationale que certains espéraient.
Par Claire Gatinois
Publié aujourd’hui à 05h11, modifié à 17h30 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/03/13/a-l-assemblee-nationale-les-deputes-votent-leur-soutien-a-l-ukraine-en-devoilant-une-ligne-de-fracture_6579869_823448.html
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L’ambassadeur ukrainien en France, Vadym Omelchenko, assiste aux débats de l’Assemblée nationale sur le soutien à son pays, à Paris, le 12 mars 2025. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »


Il était près de minuit, ce mercredi 12 mars, lorsque, après plus de six heures d’un débat ponctué d’invectives, de disputes, de réconciliations, de références historiques et de déclamations théâtrales, la résolution de soutien à l’Ukraine a été votée par une majorité à l’Assemblée nationale. Le résultat du scrutin est une victoire pour le camp des pro-européens, 288 voix pour et 54 contre, sur un total de 474 inscrits. Mais le score est loin d’afficher l’union nationale que certains espéraient. « La résolution était ambitieuse. Une majorité raisonnable et républicaine s’est manifestée sur un axe essentiel de la politique française et européenne », se consolait, dans la soirée, Harold Huwart, député (Parti radical valoisien) d’Eure-et-Loir, membre du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires.
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Le texte, symbolique, visait à envoyer un « signal » en faveur de Kiev, tout en affichant la réprobation du Parlement envers la Russie de Vladimir Poutine et l’administration américaine de Donald Trump, qui s’est dit prête, début mars, à lâcher le soutien militaire à l’Ukraine, avant de faire volte-face ces dernières quarante-huit heures. « Cette résolution, n’exagérons pas notre influence, est simplement la petite pierre des peuples des nations européennes », commentait à la tribune Jean-Louis Thiériot, député Les Républicains de Seine-et-Marne.
Les élus voulaient témoigner de leur volonté de bâtir une défense européenne et de financer la résistance ukrainienne sans les Etats-Unis. Les députés, y compris ceux du camp présidentiel, n’ont pas hésité à bousculer l’exécutif en votant, avec ce texte, pour une saisie des avoirs russes – une manne de plus de 200 milliards d’euros – qui doit être consacrée à la défense ukrainienne et à la reconstruction du pays. Aujourd’hui, seuls les intérêts produits par ces avoirs gelés sont utilisés.
Peu importent les réserves émises, jusqu’ici, par le gouvernement, inquiet d’effrayer les investisseurs étrangers. Les élus, rappelant que des précédents historiques existent, veulent intimider l’adversaire. « Ce serait un comble que les Européens soient les seuls sur l’échiquier mondial à ne pas montrer les muscles », pousse le député Renaissance de Haute-Savoie Antoine Armand.


« Le débat a fait tomber les masques »


Dix jours après le premier débat, sans vote, sur l’Ukraine, organisé le 3 mars, cette résolution devait être un exercice de clarification. Elle le fut, faisant apparaître une ligne de partage entre deux camps. D’un côté, l’extrême droite, La France insoumise (LFI) et les communistes, visiblement soucieux de ménager la Russie et défavorables à l’élargissement de l’Union européenne, accusés d’être des « capitulards » par la partie adverse. De l’autre, le reste de l’Hémicycle, croyant en l’avenir d’une Europe-puissance, qu’il faudrait réarmer, décrits tels des « va-t-en-guerre » par leurs opposants. « Le débat a fait tomber les masques », estime le député MoDem du Finistère Erwan Balanant.


Un moment, en particulier, a frappé les esprits, lors de l’examen d’un amendement déposé par le député Rassemblement national (RN) du Nord Sébastien Chenu. L’élu tenait à faire disparaître du texte la mention d’ingérences russes en Moldavie, en Géorgie ou en Roumanie. Un « amendement de soumission et de trahison », dénonce Pieyre-Alexandre Anglade, député (Renaissance) des Français établis hors de France et président de la commission des affaires européennes à l’Assemblée, qui qualifie le RN de « courroie de transmission de la Russie en France ».
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Certes, avant de passer au vote final, aucun des représentants politiques n’a laissé croire qu’il était indifférent aux souffrances de l’Ukraine, meurtrie par trois années d’une guerre imposée par la Russie et sa logique impérialiste. « Le RN soutient l’Ukraine sans ambiguïté depuis le premier jour de l’invasion », avançait Marc de Fleurian, député RN du Pas-de-Calais, essuyant les ricanements d’une assistance doutant de sa sincérité. Le « devoir » qui est le nôtre est de « se tenir aux côtés du peuple ukrainien », appuyait l’élu « insoumis » de Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud.


Différentes visions du monde


Mais il y eut des « mais ». A l’heure des choix, chacun a fait valoir ses arguments. Au Parti communiste, où l’on a voté contre, on dénonce la « promotion du président de la République et de son discours guerrier » et la construction d’une Europe contre les peuples. A LFI (vote contre), on plaide pour une résolution du conflit par la voie diplomatique en mettant en garde contre les discours belliqueux énoncés contre la Russie, une puissance nucléaire.
Au RN, comme au sein du parti d’Eric Ciotti, l’Union des droites républicaines (UDR), on s’est abstenu. Pour Marc de Fleurian, voter la résolution était inconcevable du fait du soutien à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Une « ligne rouge » aux yeux du parti lepéniste, qui pense que faire de Kiev le 28e membre de l’UE signerait la « mort des agriculteurs français ».
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L’amendement intégrant cette disposition a été accepté de justesse. Mais s’il avait été rejeté, l’extrême droite avait d’autres griefs pour justifier son opposition à la résolution, comme celui de la saisie des avoirs russes. « Les macronistes et la gauche s’agitent sur cette question des avoirs comme s’il s’agissait d’une formule magique, d’un magot caché. Les Français ne sont pas là pour croire à ces fadaises ! », moque Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, imaginant que la Russie pourrait riposter en saisissant des avoirs français en Russie.
L’« extension des garanties de sécurité » à l’Ukraine était aussi un repoussoir pour le RN, qui juge que cette disposition « nous mènera à la guerre ». « Nous n’avons parlé que de guerre alors que le monde se prépare à la paix », s’est désolé l’élu de la Marne Maxime Michelet pour l’UDR, faisant référence aux négociations pour un cessez-le-feu qui s’orchestraient en début de semaine, en Arabie saoudite, entre les représentants américains et ukrainiens.
« Les enjeux internationaux permettent, mieux que les questions nationales, où les faux-semblants sont légion, de démasquer la vision du monde et des institutions démocratiques portée par les formations politiques, observait Florent Boudié, élu Renaissance de Gironde, au moment de quitter l’Hémicycle. Mais les Français y sont-ils sensibles ? »
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Claire Gatinois

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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