L’efficacité limitée et les risques des procédures couramment utilisées dans les douleurs rachidiennes chroniques (infiltrations, radiofréquence).

Douleurs rachidiennes chronique : verdict sévère pour les procédures interventionnelles

Dr Roseline Peluchon | 13 Mars 2025

https://www.jim.fr/viewarticle/douleurs-rachidiennes-chronique-verdict-sévère-2025a100064f?ecd=wnl_all_250313_jim_daily-doctor_etid7290545&uac=368069PV&impID=7290545&sso=true

Un panel d’experts alerte sur l’efficacité limitée et les risques des procédures couramment utilisées dans les douleurs rachidiennes chroniques (infiltrations, radiofréquence). Peu de bénéfices prouvés face au placebo et des complications parfois graves. 

Les douleurs rachidiennes sont un motif fréquent de consultation. Elles sont définies comme chroniques quand elles persistent pendant au moins 3 mois. Les douleurs peuvent être axiales ou radiculaires. Elles sont localisées le plus souvent au niveau des régions lombaires et cervicales.

Des procédures fréquentes malgré des preuves d’efficacité peu convaincantes

Un panel d’experts, auquel étaient associés quatre patients concernés, a publié une mise à jour des données concernant les interventions actuelles courantes réalisées lors de la prise en charge de patients atteints de douleurs rachidiennes chroniques, non associées à un cancer ou à une maladie rhumatismale inflammatoire. 

Les experts s’appuient sur les données d’une revue systématique de la littérature et d’une méta-analyse d’essais randomisés, et sur une revue systématique d’études observationnelles, synthétisant les preuves récentes des bénéfices et des effets secondaires de ces interventions.

La mise au point était motivée notamment par le fait que la pratique des injections locales d’anesthésiques et de stéroïdes a considérablement augmenté depuis une vingtaine d’années, alors que les preuves formelles de leur efficacité sont encore incertaines et que les recommandations sont fondées sur des consensus.

Au total 13 procédures ou combinaisons de procédures ont été retenues pour être évaluées : infiltration épidurale d’anesthésiant, ou de corticoïde, ou de leur association ; infiltration articulaire d’anesthésiant, de corticoïde ou de leur association ; injection intramusculaire d’anesthésiant local, ou d’anesthésiant et de corticoïde ; radiofréquence sur le ganglion de la racine dorsale, seule ou associée à une injection épidurale d’anesthésiant local, avec ou sans corticoïdes ; dénervation par radiofréquence articulaire, avec infiltration locale d’anesthésiant et de corticoïde. 

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Une efficacité qui laisse à désirer et un risque de complications à ne pas négliger

D’entrée, les experts signalent qu’il n’apparait pas de preuve de haut niveau d’efficacité sur la douleur, pour aucune des interventions analysées, qu’il s’agisse des douleurs axiales ou radiculaires. En comparaison avec le placebo, toutes les interventions se montrent peu ou pas efficaces. 

Les experts mettent en garde contre certaines procédures. Ainsi, pour les patients présentant une douleur rachidienne chronique, ils déconseillent fortement l’ablation par radiofréquence articulaire, avec ou sans infiltration locale d’anesthésique associé à un corticoïde.

C’est aussi le cas de l’infiltration péridurale d’anesthésique local, ou de corticostéroïdes, seuls ou associés, l’infiltration articulaire d’anesthésique ou de corticoïdes, seuls ou associés, et l’injection intramusculaire d’anesthésique local avec ou sans stéroïdes. 

Pour les patients présentant une radiculalgie, les experts se prononcent contre le traitement par radiofréquence du ganglion rachidien, avec ou sans infiltration péridurale, ainsi que les infiltrations péridurales d’anesthésique ou de corticoïdes, seuls ou associés. 

C’est qu’un risque non négligeable d’effets indésirables fait pencher négativement la balance bénéfice-risque, avec une incidence de 0,7 % d’infections profondes après ablation par radiofréquence, infiltration articulaire de corticoïdes ou injection péridurale de corticoïdes et d’anesthésiant.

L’incidence des ponctions durales accidentelles est de 1,4 %, celle des douleurs persistantes liées à la procédure de 8,6 % et celle d’une altération temporaire de la conscience de 2,1 %. Le panel d’expert met aussi en garde contre les complications rares mais catastrophiques telles que la paraplégie après une infiltration péridurale. 

En conclusion, pour ce panel d’experts, tous ou presque tous les patients informés devraient choisir d’éviter ces procédures interventionnelles pour les douleurs rachidiennes ou radiculaires chroniques, du fait du faible niveau de preuve de leur efficacité sur la douleur en comparaison avec le placebo, et des risques d’effets indésirables. 

Ils estiment toutefois que les recherches doivent se poursuivre, afin d’établir si ces procédures peuvent être efficaces pour certains sous-groupes de patients et si elles ont des effets positifs sur des éléments pertinents pour le patient, comme le recours aux opiacés, le retour au travail ou la qualité de sommeil. 

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References 

Busse JW, Genevay S, Agarwal A, et al. Commonly used interventional procedures for non-cancer chronic spine pain: a clinical practice guideline. BMJ. 2025 Feb 19;388:e079970. doi: 10.1136/bmj-2024-079970. 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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