Clémence Guetté, une fidèle dans les pas de Jean-Luc Mélenchon
La députée du Val-de-Marne présidera à nouveau la séance publique à l’Assemblée nationale, le 6 mars. Inconnue il y a deux ans, décrite aussi bien comme « glaçante » qu’« intelligente », elle a connu une ascension éclair au sein de La France insoumise.
Par Sandrine CassiniPublié le 02 mars 2025 à 04h45, modifié le 02 mars 2025 à 10h24
Temps de Lecture 5 min.
Décembre 2023, Hobart, la capitale de la Tasmanie, en Australie. Clémence Guetté s’apprête à embarquer sur L’Astrolabe, un bateau d’exploration polaire. La députée « insoumise » du Val-de-Marne va passer un mois en Antarctique avec les scientifiques, les manchots et les phoques, soit à peu près les seuls habitants de cette région du globe. Une gageure pour l’élue de 33 ans, qui souffre du mal de mer.
A l’Assemblée nationale, elle copréside avec le député (MoDem) du Morbihan Jimmy Pahun le groupe d’études « Arctique, Antarctique et Terres australes ». Si Jean-Luc Mélenchon, son prédécesseur à ce poste, s’en désintéressait, la bonne élève prend sa mission très au sérieux. Jimmy Pahun s’inquiète toutefois à l’idée de l’attirer dans un tel périple. « Tu es sûre ? », lui demande l’ancien champion de France de course au large.
Longs cheveux ondulés, visage de madone et sourire discret, la députée n’a pas l’allure d’une aventurière. Pour rejoindre la base scientifique Dumont-d’Urville, elle a pourtant traversé les mers les plus agitées du monde, balayées par les vents puissants de l’océan Austral. Avec la même détermination, Clémence Guetté affronte le gros temps de la politique française.
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Longtemps dans l’ombre, cette native des Deux-Sèvres fait partie des figures montantes de La France insoumise (LFI). Jeudi 6 mars, elle présidera la séance publique à l’Assemblée nationale. En juillet 2024, elle en est devenue la vice-présidente, un poste prestigieux qui pave l’institutionnalisation du mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Voit-il en elle une successeure ? Ou entretient-il simplement l’idée qu’il prépare la suite ? Le tribun se plaît à la mettre en avant, la présentant comme son égale à l’Institut La Boétie, le think tank maison, qu’elle copréside à ses côtés. « Clémence avait l’idée de cet institut. Elle dit toujours que, pour faire de la politique, il faut être en prise sur les connaissances les plus modernes », assure son ami, le député (LFI) de Haute-Garonne Hadrien Clouet, rencontré sur les bancs de Sciences Po.
« Impressionnante de maîtrise »
L’ascension éclair de cette grande lectrice, qui préfère consacrer ses rares dimanches paresseux à dévorer les livres de Nicolas Mathieu plutôt qu’à regarder Netflix, interroge. Décrite comme « intelligente », « redoutable », dotée d’une énorme capacité de travail, elle donne à voir LFI sous un jour aimable, loin des vociférations et du « bruit et de la fureur »du triple candidat à la présidentielle.
Que l’on ne s’y trompe pas. La jeune femme restitue avec soin la ligne officielle. Elle prophétise par exemple la théorie marxiste selon laquelle, « le capitalisme prépare lui-même la force qui le remplacera ». Et réfute toute critique à l’égard de la stratégie clivante du mouvement, pourtant en difficulté dans les zones rurales face à la leader du Rassemblement national, Marine Le Pen. « Il y a un ressort raciste et islamophobe dans le vote à l’extrême droite », profère-t-elle à l’égard de cet électorat rétif. Au grand dam de certains militants de LFI, qui la jugent éloignée des réalités du terrain.
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Au sein du mouvement, personne n’a vu arriver cette personnalité « lisse » et « réservée ». Comme toute une génération, Clémence Guetté n’a jamais vécu que de la politique. Passée brièvement (à peine quinze jours) par l’UNEF, le syndicat étudiant, quand elle était à la fac de lettres de Poitiers, elle milite très vite au Parti de gauche, la structure que Jean-Luc Mélenchon a créée après son départ du Parti socialiste (PS), en 2008. Au mitan des années 2010, elle est embauchée au siège du mouvement pour travailler sur la deuxième campagne présidentielle.
En 2017, elle devient secrétaire générale du groupe LFI à l’Assemblée nationale, quand Jean-Luc Mélenchon, alors député des Bouches-du-Rhône, en est le président. A la buvette du Palais-Bourbon, elle tétanise d’autres petites mains, qui la surnomment « Staline ».
Encore maintenant, des collègues du reste de la gauche la voient comme « glaçante », « flippante », uniquement guidée par le « combat », au même titre que le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, ou que la présidente du groupe à l’Assemblée, Mathilde Panot. « Elle est impressionnante de maîtrise d’elle-même, ce qui parfois peut déstabiliser », euphémise le député (PS) du Calvados Arthur Delaporte. « Ça reste un loup déguisé en agneau », résume Jimmy Pahun, qui, pourtant, « travaille bien avec elle » sur la question des pôles.
« On discute tout le temps »
« Elle fait peur à des gens qui n’ont pas de colonne vertébrale », la défend Hadrien Clouet. Signe d’une grande confiance de Jean-Luc Mélenchon, elle est investie, en 2022, dans la 2e circonscription du Val-de-Marne, historiquement à gauche, et ce, malgré des élections régionales 2021 catastrophiques en Nouvelle-Aquitaine. Elle était alors en alliance avec le Nouveau Parti anticapitaliste et soutenue par son leader, Philippe Poutou.
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Jean-Luc Mélenchon la propulse également coordinatrice de l’Avenir en commun, l’épais programme de gouvernement de LFI. En retour, elle défend d’une voix douce et ferme ce mentor qui lui fait la courte échelle. Sur l’affaire Adrien Quatennens, elle épargne « Jean-Luc », qui a pourtant soutenu son ancien poulain, condamné par la justice pour violences conjugales. « Il a réagi comme il sentait qu’il devait réagir », affirme-t-elle, avant de souligner les progrès réalisés par le groupe en matière de violences sexistes et sexuelles. « Ça nous a fait grandir », promet-elle. Elle assume également les « purges » et les départs des anciens compagnons de route du patriarche, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Clémentine Autain et François Ruffin. Tous fustigeaient la stratégie clivante du mouvement et le manque de démocratie interne. « C’étaient des critiques permanentes. Le collectif était complètement sclérosé par un débat impossible », leur reproche-t-elle.
Il est vrai que, depuis ce grand ménage, plus aucune voix dissonante ne perce les murs de LFI. Clémence Guetté y voit le signe d’une accalmie qui permet aux cadres de débattre sereinement. « On discute tout le temps », avance-t-elle, sans vraiment convaincre. Elle-même ouvre à peine la bouche en réunion de groupe, nourrissant la critique de ses contempteurs, qui l’accusent de n’avoir aucune pensée politique propre. « Je parle quand j’ai des choses à dire. C’est un principe auquel davantage de gens devraient s’astreindre », rétorque-t-elle.
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En juillet 2024, son nom a été griffonné avec ceux de Mathilde Panot, de Manuel Bompard et de Jean-Luc Mélenchon pour être les candidats proposés par LFI au poste de premier ministre sous les couleurs du Nouveau Front populaire. Une façon pour le leader « insoumis » de faire comme si un quatuor était à la tête du mouvement. « Nous quatre, on travaille beaucoup ensemble », vante Clémence Guetté, suscitant une forme de scepticisme tant le septuagénaire a entretenu la rivalité au sein de son entourage.
Hypothèse Matignon
L’hypothèse Matignon n’a duré que jusqu’à ce que le PS y mette un veto, mais elle lui a procuré un « petit vertige ». « Si j’avais dû le faire, je l’aurais fait », ajoute-t-elle. Son expérience à l’Assemblée nationale lui a fait relativiser la hauteur de la marche. « Ce ne sont pas tous des génies », sourit l’ancienne tête de classe, que ses anciens camarades d’AgroParisTech, intégrée après Sciences Po, ont prise pour une enseignante le jour de la rentrée.
A Bressuire, commune rurale des Deux-Sèvres, où elle a grandi, sa famille s’inquiète de l’itinéraire un « peu fou » de leur fille cadette. La mère, professeure d’anglais, est déléguée syndicale, et le père, « homme au foyer par choix » – et non « au chômage », comme elle s’échine à le répéter dans la cour de l’école –, milite à la FCPE, l’association de gauche des parents d’élèves. Pas de grands moyens, donc, dans ce foyer, dont le jardin autonome sert à nourrir sainement la progéniture.
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Assoiffée de connaissances, rapidement guettée par l’ennui, celle qui sait se distraire en écoutant Gims, Céline Dion ou Aya Nakamura a toujours dans un coin de sa tête l’idée de reprendre des études. Pourquoi pas l’Ecole nationale de la magistrature ? A moins qu’elle n’embarque à nouveau, avec Jimmy Pahun, en direction des îles Kerguelen. Il serait ravi d’y aller avec « Mme Guetté ».
Réactions d’abonnés
DANS LE MONDE, UN PORTRAIT LAUDATEUR DE CLÉMENCE GUETTÉ DÉCLENCHE LA COLÈRE DES ABONNÉS –
https://x.com/medias_citoyens/status/1896253003901911264
Un portrait intitulé « Clémence Guetté, une fidèle dans les pas de Jean-Luc Mélenchon » a été publié ce dimanche 02 mars dans les colonnes du Monde. Volontiers laudateur et parfois même hagiographique, l’article retrace « l’ascension éclair » de la jeune élue dans le mouvement La France Insoumise jusqu’à évoquer une séquence (imaginaire ?) dans laquelle l’intéressée aurait – selon la journaliste – pu prétendre à Matignon. Sur les 240 contributions de lecteurs, plus de 95% sont négatives. Réactions choisies : « « Elle n’a jamais vécu de la politique. » Ah bon ? Son parcours professionnel c’est UNEF, Parti de Gauche, LFI. Jamais travaillé pour de vrai. » « Un bon coup de brosse à reluire du Monde, pour faire essayer passer cette trotskiste pure et dure pour une bien gentille personne. D’ailleurs, elle écoute maître Gims. Quand elle sera première ministre, elle pourra le prendre comme ministre de l’énergie, il sait des tas de trucs sur l’électricité. » « Article très gentil : la même réalité à l’extrême-droite serait décrite avec un vocabulaire différent et nettement plus réaliste. Ceci dit cette personne a le mérite de faire passer Sandrine Rousseau pour ouverte d’esprit. » « Encore une perle produite par Le Monde vue par LFI. » « Quel portrait laudateur pour cette apparatchik trotskiste. Évidement, elle doit son siège actuel à son gourou qu’elle semble servir depuis une quinzaine d’années avec obséquiosité. » « Le Monde fait la promotion de la future Beria du gouvernement de Jean-Luc » « Au diapason de la quasi-totalité des commentaires, oui, on est atterré de voir ce journal que nous aimions sombrer peu à peu, outre une baisse de niveau intellectuel vertigineuse, dans le militantisme pour une gauche extrémiste, anti-républicaine, séditieuse même. Cet aveuglement que vous avez aujourd’hui, personne ne doit l’oublier, car je suis convaincu qu’il faudra rendre compte à l’avenir de violences, voire de crimes, dont ce parti est déjà le terreau. » « @ Le Monde : un publi-reportage, cela se signale.» « La frange LFIste de la rédaction réclamait-elle une compensation aux articles récents sur la nécessaire maîtrise des finances publiques ou le risque islamique ? Dommage, cette corde de rappel et triste. » « Le monde et LFI, une histoire d’amour. Flippant » « Lire les portraits des députés LFI du Monde puis lire les portraits des députés RN du Monde. Faire une analyse sémantique. A partir de la fréquence des épithètes à connotation positive et négative, établir un diagnostic sur le pré-supposé de neutralité et d’objectivité de ce journal. Vous avez 3h. » « C’est quoi cet article? Une complaisance coupable quand on attend plutôt une quelconque réaction de LFI sur la terrible rencontre de Zelinsky avec le Fuheur et son vice porte filngue.» « Je croyais qu’on était à la rubrique politique, pas people. » « Une preuve supplémentaire que la formation à science po (dont sortent de plus en plus de journalistes et de politiques de tous bords) est un désastre. » « Un article qui donne le mal de mer. Un abonnement pour de la presse de qualité. Pas ce gloubiblouga. Journal de référence ? On vit sur un mythe et une nostalgie ! » « Delogu, Guiraud, Guetté. Autant d’excellents publi-reportages » « Si vous pouviez diminuer les pubs de plus en plus présentes et autres documents sponsorisés sans grande valeur journalistique, ce serait une bonne chose, surtout quand on paye un abonnement. » « Publi-reportage insignifiant dans un insignifiant journal devenu militant. » « En ce moment chaque week-end nous amène un publireportage sur LFI.» « C’est plus que lassant… La grogne monte chez les lecteurs. » « Une vraie pub l’Oreal. Parce que la camarade le vaut bien. » « Ça fait peur, cette vacuité. L’article est aussi creux que la personne, machine à déblatérer des éléments de langage sans fondement ni prise avec le réel. Personnalité sans conviction. Sans intérêt. Ah si, elle a fait un tour en bateau. » « Ce publi reportage pour quelqu’un se positionnant en faveur d’une abdication de l’Ukraine et la soumission à Poutine est affligeant. La réaction indigne de son idole, hier, assez alignée sur leurs complices assumés du RN est désespérante pour la gauche mais on préfère sortir ici les violons et enfiler les poncifs … » « J’avais pensé qu’en ce dimanche le service politique intérieure du Monde allait nous gratifier, ce qu’il n’a pas fait jusqu’à présent, d’un article sur les réactions de nos partis politiques à propos de l’international, et des répercussions prévisibles, notamment sur l’alliance NFP et aussi les populistes de droite. Eh bien non, un papier sur la figure montante d’un mouvement descendant … Biographie d’Ersilia Soudais le weekend prochain ?? »