Compensation écologique : un modèle « tout-en-un » sans gain pour l’environnement ?
Biodiversité | Aujourd’hui à 12h14 https://www.actu-environnement.com/ae/news/etude-compensation-ecologique-modele-environnement-45727.php4#xtor=EPR-50
| F. Gouty


« Malgré la diversité des projets à compenser, des habitats naturels et des espèces protégées en France, les sites de compensation écologique comportent toujours le même profil spatial et géographique », attestent des chercheurs de l’université Montpellier-3 dans une étude (1) publiée, en mars 2024, dans le Journal of Environmental Management. Tandis qu’à la même période, leurs confrères de l’université de Tours et du Muséum national d’histoire naturelle s’étaient penchés sur la seule pertinence écologique des sites de compensation, ceux-ci se sont intéressés à comparer leurs caractéristiques aux projets compensés.
Les scientifiques montpellierains se sont saisis de 3 355 sites de compensation recensés, entre 2012 et 2020, sur la base de données GéoMCE du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema).
Premièrement, s’agissant des sites proprement dits, les trois quarts d’entre eux sont localisés en dehors de zones urbaines ou fortement artificialisées, et sont plutôt proches de territoires naturels ou agricoles en zones périurbaines ou interurbaines (par exemple, le long des lignes ferroviaires). Autrement dit, dans des périmètres, d’une part, éloignés des projets compensés et de leurs impacts directs sur l’environnement proche et, d’autre part, où le gain écologique demeure minime du fait de leur implantation.
Position géographique des 3 355 sites de compensation écologique étudiés.© Sylvain Pioch et al. (2024)
En outre, « la plupart des sites de compensation n’offrent que des gains ponctuels, comme les étangs, les haies ou les zones de nidification, expliquent les chercheurs. Or, même si de tels sites peuvent participer à améliorer la conservation de la biodiversité, notamment dans des espaces fragmentés, peu d’entre eux se situent en réalité au plus près des zones les plus artificialisées et fragmentées. Ce genre de sites se retrouve à la jonction de parcelles agricoles et n’apporte pas de gains écologiques suffisants en comparaison de véritables mesures de restauration écologique. »
Deuxièmement, environ les deux tiers des sites ont été mis en place pour compenser les impacts environnementaux de chantiers liés au transport(autoroutes, lignes ferroviaires) ou à l’aménagement urbain en général, lesquels participent déjà « à fragmenter les habitats naturels et à causer des pertes écologiques importantes ». Cette particularité se retrouve dans la typologie majoritaire (91 %) des sites de compensation : un seul lot de moins d’un hectare, à proximité d’autres sites de compensation et installés le long d’un axe reliant deux grandes villes. Une telle homogénéité statistique « démontre qu’il existe une forme de compensation « tout-en-une », prête à l’emploi, permettant sans doute aux porteurs de projet d’obtenir facilement les permis de construire et les autorisations environnementales de la part des autorités ». En somme, de quoi faciliter la poursuite de projets à compenser sans nécessairement rendre un service pertinent à l’environnement.
1. Consulter l’étude
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S030147972400690X