Marine Tondelier, la médiatique cheffe des Ecologistes, affronte un début de crise interne
La secrétaire nationale se voit reprocher sa gestion de l’affaire Julien Bayou, finalement blanchi par la justice. Certains l’accusent, par ailleurs, de verrouiller le parti, en tentant d’écarter de potentiels rivaux.
Par Sandrine CassiniPublié le 26 février 2025 à 06h00, modifié le 26 février 2025 à 09h49 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/02/26/marine-tondelier-la-mediatique-cheffe-des-ecologistes-affronte-un-debut-de-crise-interne_6564567_823448.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=politique&lmd_send_date=20250228&lmd_email_link=politique-articles-semaine_titre_3&M_BT=53496897516380

Sourire aux lèvres et carnet de notes à la main, Marine Tondelier prend la pose devant Oupette, désignée « Vache égérie 2025 » du Salon international de l’agriculture, porte de Versailles, à Paris. Entourée de l’éleveur et député de la Charente-Maritime Benoît Biteau et de la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, la secrétaire nationale des Ecologistes est venue, mardi 25 février, convaincre les agriculteurs qu’elle n’était pas leur ennemie. « J’entends parfois que nous serions des doux rêveurs, dans l’utopie… C’est faux », assène-t-elle devant une forêt de caméras.
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Changement d’époque. Il y a un an, la cheffe des écolos traversait le salon incognito, dans l’indifférence générale. Cette fois, les visiteurs reconnaissent son inamovible veste verte, et sortent leur téléphone pour l’immortaliser accroupie, un chevreau sur les genoux.
Mais, derrière sa bonne humeur teintée de volontarisme, la conseillère municipale d’opposition d’Hénin-Beaumont, une ville du Pas-de-Calais où est implantée la leader du Rassemblement national, Marine Le Pen, traverse une période de turbulences. Tout d’abord, l’affaire Julien Bayou, du nom de son prédécesseur à la tête du parti, continue de la poursuivre. Le 19 février, la justice a classé sans suite pour « absence d’infraction » la plainte pour « harcèlement » et « abus de faiblesse » de l’ex-compagne de Julien Bayou, qui accusait ce dernier de violences psychologiques. « Vous avez devant vous quelqu’un qui a été triplement innocenté », a réagi l’intéressé, en référence à deux enquêtes internes du parti et à l’enquête judiciaire.
« Impossible de bien faire »
Cette issue juridique est loin d’avoir clos un épineux dossier qui empoisonne la vie du mouvement depuis trois ans. Lundi 24 février, un groupe de 450 sympathisants des 3e et 10e arrondissements de Paris a ainsi adressé à la direction une lettre demandant « réparation de l’injustice faite à l’ex-député [de Paris] ». Ces soutiens espéraient que le bureau exécutif affirme « clairement » l’innocence de M. Bayou et lui « formule des excuses ». Ils fustigeaient ainsi le communiqué, publié samedi 22 février, qui se contentait de « regretter (…) les souffrances » de « toutes les personnes concernées » et « les conséquences négatives sur la vie de Julien Bayou ».
Le texte évitait soigneusement de reconnaître les erreurs de la formation politique et de réhabiliter l’accusé. Membre du bureau exécutif, Hélène Hardy a préféré claquer la porte de la direction. Dans la boucle politique, cette militante historique de l’écologie politique avait demandé à ceux « qui ont chargé la barque » de l’élu de procéder à « leur examen de conscience ». « Certains ont cru protéger le parti, mais n’ont pas protégé nos valeurs », a-t-elle estimé.
« Je n’ai pas été dans un rôle simple », s’est défendue Marine Tondelier, mardi sur Franceinfo, jugeant qu’il aurait été « impossible de bien faire ». La cheffe de file des Ecologistes a évité de prendre parti, alors deux camps se sont affrontés : ceux qui estiment que les Verts devraient faire leur mea culpa à l’égard d’un cadre dont la carrière politique a été brisée, et une frange qui considère que seule la voix des femmes compte, peu importent les conséquences.
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La députée de Paris Sandrine Rousseau, qui avait nourri médiatiquement les accusations contre Julien Bayou, a ainsi maintenu ses positions. « Je vous crois », a-t-elle écrit sur le réseau social Bluesky, en forme de provocation, avant de détailler son raisonnement dans un texte plus long. C’est en réalité le caractère supposé séducteur de l’ex-militant de Génération précaire qui, selon elle, pose problème. Ainsi, il serait symptomatique « du mécanisme caractéristique de la domination sexiste en contradiction avec nos valeurs féministes ».
Autre front
Une rhétorique qui demanderait d’ouvrir un débat sur les règles de comportement d’un dirigeant de parti, mais qui condamne, dans l’immédiat, l’ancien secrétaire national. A l’opposé, Hélène Hardy avait l’intention de mettre sur la table l’« ultraféminisme » qui a, selon elle, inhibé la parole au sein des Verts tout au long de cette affaire. « Je voulais parler de l’intolérance à gauche, qui ne supporte pas les discours différents », défend-elle.

Alors que l’affaire Bayou n’est pas terminée, un autre front s’ouvre pour Marine Tondelier. Même si sa candidature au poste de secrétaire nationale au congrès du mois d’avril n’est pas menacée, la cheffe de file des Ecologistes est de plus en plus contestée en interne. Episode le plus révélateur, l’affrontement qui l’oppose depuis quelques jours au maire de Grenoble, Eric Piolle, pourtant l’un de ses proches, dont elle fut la directrice de campagne à la primaire écologiste de 2021.
Il y a quelques jours, elle a purement et simplement exclu l’édile de certaines boucles de discussion de sa motion pour le congrès, « Le Collectif ». Le crime du Grenoblois ? Avoir fait savoir qu’il souhaitait devenir porte-parole du parti, même si sa candidature n’a pas été retenue par le courant de Marine Tondelier, qui lui a préféré un « représentant de la ruralité »médiatiquement inconnu, Guillaume Hédouin.
La passe d’armes continue. Le maire de Grenoble a de nouveau écrit aux militants, réitérant son envie de représenter les Verts. Tout en assurant Marine Tondelier de son soutien, il assume aussi « des divergences » stratégiques avec elle, notamment sur le rôle du parti qui, selon lui, doit dépasser sa fonction de « lanceur d’alerte » et assumer être un parti voulant gouverner.
L’une des seules figures médiatiques
Est-ce cette parole libre et dissonante qui a déplu à Marine Tondelier ? Cette dernière est soupçonnée de vouloir verrouiller la formation politique, alors qu’elle en est l’une des seules figures médiatiques. Il lui est également reproché d’être intervenue récemment pour empêcher les parlementaires de briguer le poste de porte-parole, sous couvert d’éviter le cumul des mandats. Une déception pour la sénatrice des Français de l’étranger Mélanie Vogel, qui convoitait le poste.
« Dans quel parti écarte-t-on les gens qui pèsent ? », s’interroge, de son côté, le député de l’Isère Jérémie Iordanoff. L’élu se plaint, comme Karima Delli, Sandrine Rousseau ou Claire Desmares, membres de motions rivales de celle de Marine Tondelier, de l’organisation de ce congrès, perçu comme bafouant les règles démocratiques internes.
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A deux ans de l’élection présidentielle, les interrogations surgissent également autour des ambitions de la secrétaire nationale, devenue une figure populaire à gauche. « Pour les Verts, qui ont un énorme problème d’incarnation, elle est un espoir pour la présidentielle », juge le politiste Jean-Yves Dormagen. Pour l’instant, Mme Tondelier ne se dévoile pas. D’autres le font pour elle. « Elle peut faire partie des personnalités qui rassemblent dans le cadre d’une candidature commune à gauche pour la présidentielle », estime Aïssa Ghalmi, l’un de ses soutiens et membres du comité exécutif.
A condition de ne pas être parasitée par des rivaux comme Eric Piolle, qui vantait, encore récemment, sa « capacité à exercer le pouvoir ». Dans sa dernière missive, l’édile a tenté de rassurer en souhaitant voir « émerger une femme » à l’élection suprême.
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