Accord mondial pour la biodiversité

ÉCOLOGIE DÉPÊCHE

COP 16 Biodiversité : les États parviennent à un accord sur le financement de l’action internationale

Lueur d’espoir dans le multilatéralisme aujourd’hui menacé, les États parties à la Convention sur la diversité biologique ont trouvé un accord à Rome sur une voie pour financer les 200 Md$/an nécessaires pour enrayer l’effondrement de la biodiversité.

Biodiversité  |  Aujourd’hui à 17h04  https://www.actu-environnement.com/ae/news/biodiversite-cop16-rome-financement-resume-45689.php4#xtor=EPR-50

|  L. Radisson

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COP 16 Biodiversité : les États parviennent à un accord sur le financement de l'action internationale

© FAO/Pier Paolo CitoLes États parties à la Convention sur la diversité biologique, réunis à Rome, sont parvenus, le 27 février, à trouver un accord.

« Les résultats de cette réunion montrent que le multilatéralisme fonctionne et qu’il est le véhicule pour construire les partenariats nécessaires pour protéger la biodiversité et nous faire avancer vers la paix avec la nature », s’est félicitée Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique. Les États parties à la Convention sur la diversité biologique (CBD), réunis à Rome, sont en effet parvenus, jeudi 27 février, à trouver un accord sur la méthode à suivre pour mobiliser les ressources financières nécessaires pour protéger la biodiversité sur le plan international.

Si la COP 16 Biodiversité de Cali (Colombie) était parvenue à certaines avancées, en particulier sur le partage des bénéfices découlant des ressources génétiques numérisées (DSI) et sur la création d’une instance permanente relative aux peuples autochtones, elle avait en revanche buté sur la stratégie de mobilisation des ressources à adopter pour atteindre l’objectif de disposer de 200 milliards de dollars par an (Md$/an) d’ici à 2030, décidé lors de la COP 15, en décembre 2022, à Montréal. Ce qui a nécessité l’organisation de ce deuxième volet de la COP 16, à Rome.

Méthode de mobilisation des ressources

Les représentants des États se sont cette fois-ci accordés sur une méthode de mobilisation des ressources, surmontant l’opposition entre certains pays du Sud, favorables à la création d’un nouvel instrument financier pour la biodiversité, et les pays occidentaux, dont la France, qui militaient pour l’utilisation des instruments d’ores et déjà existants, en particulier le Fonds du cadre mondial pour la biodiversité (GBFF) créé lors de la COP 15 sous la houlette du Fonds pour l’environnement mondial (FEM).

« Jusqu’à présent, expliquaient Juliette Landry et Laetitia Pettinotti, de l’Iddri, (1) dans un billet de blog (2) publié avant la COP, les ressources internationales ont été mobilisées à travers le financement bilatéral direct, les banques multilatérales de développement, les fonds multilatéraux dédiés à la Convention (le Fonds pour l’environnement mondial, le Fonds pour la biodiversité de Kunming et le tout nouveau Fonds GBF), ainsi que le secteur privé et les philanthropies. »

« En décembre 2024, deux ans après la COP 15, le GBF avait programmé plus de 200 millions de dollars pour 40 projets dans 41 pays, a précisé le président du FEM, Carlos Manuel Rodriguez. La famille de fonds du FEM, au cours de la période de juin 2022 à décembre 2024, a approuvé 3,07 milliards de dollars pour des projets en soutien au Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal. Ces projets devraient mobiliser plus de 22 milliards de dollars de cofinancement, dont 1,9 milliard de dollars du secteur privé. »

Mais, « un paysage de financement aussi fragmenté crée de graves problèmes d’accès pour les pays en développement », expliquent les chargées de recherche de l’Iddri. D’où la proposition de la présidence colombienne de créer un instrument mondial de financement qui permettrait notamment de structurer les besoins financiers des pays en développement.“ Il s’agit d’un grand pas en avant pour conserver la nature, restaurer les écosystèmes et veiller à ce que le financement parvienne à ceux qui en ont le plus besoin ”WWF

La solution de compromis dégagée repose sur l’engagement d’établir des mécanismes financiers conformes au texte de la Convention, tout en travaillant à l’amélioration des instruments existants. Une feuille de route établissant les étapes à accomplir a été tracée pour les COP 17, 18 et 19. La stratégie retenue identifie un large éventail d’instruments, de mécanismes et d’institutions, publics et privés, susceptibles de contribuer à la mise en œuvre de l’Accord de Kunming-Montréal, indique le secrétariat de la Convention. Le Cadre mondial pour la biodiversité (GBF), adopté lors de la COP 15, fixe quatre objectifs pour 2050 et 23 cibles à atteindre d’ici à 2030, dont celle, emblématique, de protéger 30 % des terres et des mers du globe.

Élargissement de la base des donateurs

« Ce texte est une victoire des positions défendues par la France, se félicite Agnès Pannier-Runacher, ministre français de la Transition écologique, qui a participé aux négociations. Il ne crée pas de fonds, ce qui était notre ligne rouge et ce qui aurait ajouté à la dispersion de la finance mondiale de la biodiversité. Il crée un processus double : d’une part, une mobilisation de toutes les ressources, nationales et internationales, privées et publiques, d’autre part, un processus de revue du paysage financier de la biodiversité, afin qu’il soit plus efficace et plus opérationnel (…). » Une cible du Cadre mondial pour la biodiversité vise en effet à réduire, d’au moins 500 Md$/an d’ici à 2030 les subventions qui nuisent à la biodiversité.

« Enfin, et c’est un résultat majeur, ajoute la ministre française, le texte souligne l’élargissement de la base des donateurs, ce qui est une invitation aux pays émergents à contribuer davantage au financement mondial de la biodiversité. » Le gouvernement français s’était positionné en amont de la COP en faveur de la mise à contribution des pays en développement ayant un PIB par habitant supérieur au sien et/ou ayant une forte empreinte sur la biodiversité.

« Il s’agit d’un grand pas en avant pour conserver la nature, restaurer les écosystèmes et veiller à ce que le financement parvienne à ceux qui en ont le plus besoin, salue également le WWFMais le travail difficile commence maintenant,tempère l’ONG. Nous avons encore besoin que les pays développés tiennent leur promesse de fournir 20 milliards de dollars d’ici à 2025 pour soutenir les efforts mondiaux en faveur de la biodiversité. Le moment est venu de passer de ces promesses aux actes. »

Mécanisme de suivi de la mise en œuvre du cadre mondial

Les représentants des États se sont également mis d’accord sur le mécanisme de suivi de la mise en œuvre des objectifs et des cibles du Cadre mondial pour la biodiversité, grâce à la fixation de critères communs que les parties devront utiliser pour mesurer les progrès accomplis. Ils ont aussi déterminé la manière dont les engagements d’acteurs non gouvernementaux (secteur privé, collectivités territoriales, peuples autochtones, communautés locales, société civile, jeunes, femmes, etc.) pouvaient être inclus dans le mécanisme de suivi. Les parties se sont également accordées sur les modalités du bilan mondial qui devra être effectué en 2026 lors de la COP 17 qui se tiendra en Arménie. L’échec de la mise en œuvre des objectifs d’Aichi, fixés en 2010 lors de la COP 10, avait notamment été expliqué par l’absence d’un véritable cadre de suivi. « Cet examen sera essentiel pour évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre du cadre et pour déterminer les mesures à prendre pour corriger le tir si les pays ne respectent pas leurs engagements », explique le WWF.  Problème toutefois : seuls 46 États ont soumis leur stratégie ou plan d’action national (SPANB), alerte l’ONG, 150 pays étant encore attendus pour publier un plan d’action actualisé. 

Cette conférence a également été marquée par le lancement, le 26 février, du Fonds Cali sur le partage des avantages découlant des ressources génétiques numérisées. Ce fonds, décidé lors du premier round de la conférence en Colombie, est alimenté par le secteur privé. « Les entreprises qui exploitent commercialement les données issues des ressources génétiques naturelles dans un certain nombre d’industries lucratives sont désormais censées verser une partie de leurs revenus ou de leurs bénéfices au Fonds », explique le secrétariat de la Convention. Le produit de ces contributions, dont au moins 50 % doivent être fléchés vers les peuples autochtones et les communautés locales, doit soutenir la mise en œuvre du cadre mondial.1. Institut du développement durable et des relations internationales2. Consulter le billet de blog de l’Iddri
https://www.iddri.org/fr/publications-et-evenements/billet-de-blog/cop-16-que-sest-il-passe-cali-et-que-doit-il-se-passer

Laurent Radisson, journaliste
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement

COP16 sur la biodiversité : le monde arrache un accord pour réformer le financement de la sauvegarde de la nature

Agence France-Presse

28 février 2025 à 00h39 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/280225/cop16-sur-la-biodiversite-le-monde-arrache-un-accord-pour-reformer-le-financement-de-la-sauvegarde-de-la?utm_source=quotidienne-20250228-182654&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20250228-182654&M_BT=115359655566

Quatre mois après un échec retentissant en Colombie, le monde a évité un nouveau fiasco pour le multilatéralisme environnemental en adoptant jeudi soir à Rome un compromis de dernière minute sur le financement de la sauvegarde de la nature.

Au troisième et dernier jour des prolongations de la COP16 des Nations unies sur la biodiversité, pays riches et monde en développement se sont résignés à des concessions mutuelles pour adopter un plan de travail sur cinq ans, censé débloquer les milliards nécessaires pour stopper la destruction de la nature et mieux distribuer l’argent aux pays en développement.

De longs applaudissements des délégués de quelque 150 pays, soulagés et épuisés, ont accueilli le coup de marteau de Susana Muhamad, la ministre colombienne de l’environnement, qui a présidé cette tortueuse 16e conférence de la Convention sur la diversité biologique (CBD).

« Nous avons accompli l’adoption du premier plan mondial pour financer la conservation de la vie sur Terre », a-t-elle déclaré triomphalement sur X. « Nous croyons au multilatéralisme »« nous l’avons montré par beaucoup de sacrifices » en « pensant aux générations futures », a abondé Ousseynou Kassé, négociateur en chef du Sénégal, au nom du groupe Afrique.

Cet accord permet, selon Susana Muhamad, « d’écraser un peu le fantôme de Cali » : la plus grande COP sur la biodiversité, avec 23 000 participants au bord de la jungle colombienne, s’était terminée sans accord financier le 2 novembre, après une nuit blanche de disputes.

Ce succès, arraché de haute lutte au siège romain de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), offre un répit à la coopération internationale sur l’environnement, mise à mal par l’enlisement des négociations sur la pollution plastique, l’échec de celles sur la désertification ou les tensions Nord-Sud sur la finance climatique.

Le contexte des négociations était aussi alourdi par les tensions douanières, les crises budgétaires de pays donateurs comme la France et l’Allemagne, le poids de la dette des pays pauvres et le gel de l’aide américaine au développement par Donald Trump.

Vérifier les efforts

Riches nations et pays en développement se sont déjà mis d’accord sur l’urgence de remédier à la déforestation, la surexploitation des ressources et les pollutions qui mettent en péril l’alimentation, la santé, la régulation du climat, et menacent d’extinction un million d’espèces.

Par l’accord de Kunming-Montréal de 2022, ils se sont engagés à stopper la destruction de la nature d’ici 2030, en remplissant vingt-trois objectifs ambitieux. Le plus emblématique vise à placer 30 % des terres et mers dans des aires protégées (contre respectivement 17 % et 8 % actuellement, selon l’ONU).

Jeudi, les pays ont aussi adopté des règles et indicateurs fiables, censés vérifier d’ici la COP17, prévue en 2026 en Arménie, si les pays consentent les efforts prévus. « Nous avons donné des bras, des jambes et des muscles », à cette feuille de route, s’est félicitée Susana Muhamad.

Rester à financer la tâche: l’objectif est de porter à 200 milliards de dollars par an d’ici 2030 les dépenses mondiales de protection de la nature, dont 30 milliards fournis par les nations développées aux pays pauvres (contre environ 15 milliards en 2022).

Or la manière de lever ces milliards, puis de les distribuer, divise.

L’accord de la COP16 renvoie à celle de 2028 le soin de décider s’il faut créer un nouveau fonds placé sous l’autorité de la CBD, comme le réclament avec force les pays africains. Ou si les instruments existants, comme le Fonds mondial pour l’Environnement (GEF en anglais), peuvent être réformés pour être plus accessibles et équitables pour les pays en développement.

L’accord est « historique »« pavant le chemin vers le mécanisme financier que nous attendons depuis plus de 30 ans », s’est réjouie la négociatrice brésilienne Maria Angelica Ikeda, personnage clé des tractations.

Les pays riches – menés par l’Union européenne, le Japon et le Canada en l’absence des États-Unis, non-signataires de la Convention – sont hostiles à la multiplication des fonds, craignant une fragmention de l’aide au développement.

Avec ce cadre financier, « nous avons le plat, maintenant nous pouvons rechercher la nourriture », s’est même félicité Daniel Mukubi, représentant habituellement inflexible de la République démocratique du Congo.

« Ni d’un côté ni de l’autre côté, on n’a dû sacrifier des positions », a estimé auprès de l’AFP le négociateur européen Hugo-Maria Schally, convaincu que l’accord offre « un processus ouvert et équitable », avec « plus de confiance mutuelle ».

Malgré l’échec sur la finance, le sommet de Cali avait enregistré quelques décisions notables : l’une permettant une participation plus active des peuples autochtones au processus, l’autre créant un « Fonds Cali », destiné à distribuer une petite part des immenses bénéfices réalisés par des entreprises des pays riches grâces aux plantes ou aux animaux prélevées dans le monde en développement.

Agence France-Presse

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Après avoir joué les prolongations, la COP16 sur la biodiversité parvient à arracher un accord sur les financements

Les représentants de quelque 150 pays réunis à Rome, en Italie, ont adopté une série de décisions, dont l’une sur la mobilisation des ressources nécessaires à l’atteinte des objectifs visant à enrayer la destruction de la nature. 

Par Perrine Mouterde (Rome, envoyée spéciale)Publié le 28 février 2025 à 04h45, modifié le 28 février 2025 à 09h47

https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/02/28/apres-avoir-joue-les-prolongations-la-cop16-sur-la-biodiversite-parvient-a-arracher-un-accord-sur-les-financements_6568494_3244.html

Temps de Lecture 5 min.

Lors de la 16ᵉ conférence mondiale sur la biodiversité (COP16) au siège de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Rome, le 25 février 2025.
Lors de la 16ᵉ conférence mondiale sur la biodiversité (COP16) au siège de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Rome, le 25 février 2025.  ALBERTO PIZZOLI/AFP

Il aura fallu jouer les prolongations, mais la 16Conférence mondiale sur la biodiversité (COP16) a fini par aboutir à un accord. Dans la nuit du jeudi 27 au vendredi 28 février, à Rome, les représentants de quelque 150 pays ont adopté sous les applaudissements un dernier paquet de décisions, dont un texte portant sur la question critique du financement. Un peu avant 2 heures, la ministre colombienne de l’environnement et présidente de la COP16, Susana Muhamad, a pu donner le coup de marteau final de ce rendez-vous. Il s’était ouvert à Cali, en Colombie, fin octobre 2024, puis il avait été suspenduavant de reprendre en Italie mardi 25 février.

L’ensemble des décisions entérinées à Cali et à Rome doivent servir à mettre en œuvre les vingt-trois cibles du cadre mondial de Kunming-Montréal de 2022, des engagements ambitieux destinés à faire cesser l’effondrement catastrophique de la biodiversité d’ici à la fin de la décennie. Elles envoient aussi, selon un grand nombre de participants, un message important à l’heure où le multilatéralisme est mis à mal. Les politiques en faveur de la nature ont « le pouvoir d’unifier le mondece qui n’est pas rien dans un paysage géopolitique très polarisé, fragmenté, divisé et conflictuel », a rappelé Susana Muhamad.

« Nos efforts démontrent que le multilatéralisme peut amener de l’espoir dans ces moments incertains », a aussi souligné Steven Guilbeault, le ministre canadien de l’environnement. Le siège des Etats-Unis est resté vide à Rome : si le pays n’est pas membre de la Convention sur la diversité biologique, il participait jusqu’ici systématiquement aux conférences mondiales en tant que « super observateur ».

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En Colombie et en Italie, c’est une fois encore le sujet des financements qui aura menacé jusqu’au bout de faire capoter le processus. L’enjeu de la COP16 n’était pas de fixer de nouveaux objectifs financiers, mais de déterminer comment atteindre ceux qui sont inscrits dans le cadre mondial : en 2022, 196 parties se sont engagées à mobiliser 200 milliards de dollars (192 milliards d’euros) par an d’ici à 2030, dont 30 milliards de dollars d’aide des pays développés aux pays en développement. Ils ont aussi promis d’éliminer au moins 500 milliards de dollars par an de subventions néfastes à la nature. L’accès aux financements conditionne la réalisation des vingt-trois cibles : protéger 30 % des terres et des mers, réduire de moitié les risques liés à l’usage des pesticides ou stopper l’extinction des espèces végétales et animales nécessite des moyens.

Le texte adopté jeudi « exhorte » l’ensemble des acteurs (gouvernements, entreprises, banques de développement…) à poursuivre leurs efforts pour atteindre ces ambitions et propose différentes pistes pour accroître les financements, ainsi qu’une feuille de route jusqu’en 2030. « Ce qui est en jeu, c’est de donner des bras, des jambes et des muscles au cadre de Kunming-Montréal, avait résumé, jeudi matin, Susana Muhamad. Si nous ne prenons pas de décisions maintenant, nous nous retrouvons avec une politique publique très importante qui n’a pas de réels moyens de mise en œuvre. »

Intérêts divergents

Plus que la stratégie globale, c’est la question du mécanisme financier utilisé pour mobiliser et distribuer ces ressources qui a suscité les plus vives tensions. Les pays en développement demandent depuis des années la création d’un nouveau fonds permanent consacré à la biodiversité, comme prévu par la Convention sur la diversité biologique de 1992. Ils estiment que les instruments disponibles, tels que le Fonds mondial pour l’environnement, ne permettent pas un accès simple, adéquat et prévisible aux ressources, et que leur gouvernance n’est pas suffisamment inclusive. Les pays développés, de leur côté, refusent fermement la création d’un nouveau fonds : ils proposent une réforme des mécanismes existants pour ne pas fragmenter davantage le paysage financier, en assurant que cela permettra d’aider plus efficacement les pays les plus vulnérables.

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Le texte adopté, âprement négocié jusqu’à la dernière minute, est un compromis arraché à quelque 150 pays aux intérêts divergents. Il prévoit qu’un mécanisme financier permanent sera établi en 2030 et en définit les critères. Il précise aussi que les parties décideront lors de la COP18, en 2028, soit « de créer une nouvelle entité » pour gérer le mécanisme financier, soit de « confirmer une ou plusieurs entités existantes dans ce rôle » – les pays donateurs peuvent ainsi encore espérer éviter le lancement d’un nouveau fonds.

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« Il y a un plan, suffisamment de temps pour étudier toutes les options sur la table et pour décider quelle est la meilleure, salue Bernadette Fischler Hooper, responsable du plaidoyer international pour la branche britannique du WWF. Cela ne semble pas très sexy, mais le fait que les pays se soient mis d’accord là-dessus est une avancée. »

« Les pays ne résolvent pas le déficit de financements pour la biodiversité avec ce texte, mais se dotent d’une feuille de route pour chercher ensemble des solutions, note aussi Aleksandar Rankovic, professeur de politiques environnementales à Sciences Po et cofondateur du think tank The Common Initiative. Les options à explorer sont assez exhaustives et abordent des sujets importants, dont la mise en place potentielle de nouveaux instruments. »

Aider à rétablir de la « confiance entre les pays »

Parmi les autres points, le texte ouvre la voie à des discussions sur un possible élargissement de la base des donateurs, soit les pays riches officiellement appelés à aider ceux en développement et figurant sur une liste datant de 2006. Ces Etats souhaiteraient voir d’autres nations, comme la Chine ou les pays du Golfe, rejoindre leurs rangs. « Ce ne sont pas les contributions publiques d’un nombre réduit d’Etats faisant face à des difficultés budgétaires qui sauveront le financement de la biodiversité », a insisté Agnès Pannier-Runacher, la ministre française de la transition écologique, qui a fait le déplacement à Rome.

La décision sur la mobilisation des ressources prévoit aussi l’organisation d’un dialogue international entre les ministres des finances et de l’environnement des pays développés et en développement. « Ce sera une première, qui poussera les ministres des finances à prendre le sujet de la biodiversité au sérieux », se réjouit Alice Jay, directrice des relations internationales de l’ONG Campaign for Nature.

Outre le texte sur les financements et ceux déjà adoptés à Cali, portant notamment sur les peuples autochtones et le séquençage numérique des ressources génétiques, d’autres décisions importantes ont également été adoptées jeudi. Les parties se sont entendues sur une série d’indicateurs permettant de suivre les avancées réalisées en vue de l’atteinte des objectifs du cadre de Kunming-Montréal. Elles ont aussi défini les modalités de l’évaluation mondiale attendue lors de la COP17, prévue fin 2026 en Arménie. Cet examen doit permettre de faire le bilan des progrès collectifs.

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« Ces modalités constituent une bonne base de travail, estime Juliette Landry, chercheuse sur la gouvernance internationale de la biodiversité à l’Institut du développement durable et des relations internationales. L’objectif est bien que cela ne soit pas seulement un rapport technique, mais que de grandes recommandations et des solutions en soient extraites, pour rectifier la trajectoire si nécessaire. » Pour que ce bilan puisse être réalisé dans moins de deux ans, les pays devront toutefois accélérer la publication de leurs plans nationaux d’actions en faveur de la biodiversité : moins de 50 (sur 196) ont soumis leurs feuilles de route, pourtant attendues depuis octobre 2024.

Pour Bernadette Fischler Hooper, la conclusion de la COP16 doit aider à rétablir de la « confiance », à la fois « entre les pays et dans le système ». Cette confiance sera particulièrement nécessaire alors que d’autres grandes rencontres internationales consacrées à l’environnement sont attendues en 2025, dont la conférence de l’ONU sur l’océan en France et la COP30 sur le climat au Brésil – un pays qui a joué un rôle particulièrement influent à Cali et à Rome.

Perrine Mouterde (Rome, envoyée spéciale)

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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