La consommation de fruits et légumes poursuit sa baisse en France
En 2024, les Français ont réduit leurs achats de 2 % en volume, en raison de l’inflation et du changement des habitudes alimentaires.
Par Laurence Girard Publié25/02/2025 à 10h00 https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/02/25/la-consommation-de-fruits-et-legumes-poursuit-sa-baisse-en-france_6562862_3234.html
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Dans les allées du Salon de l’agriculture, qui a ouvert ses portes samedi 22 février, porte de Versailles, à Paris, les visiteurs n’hésitent pas à se bousculer pour croquer morceaux de pommes ou de poires, voire fleurettes de chou-fleur proposés à la dégustation au fil des stands. Pourtant, au moment de remplir leur panier de course, les Français ont tendance à moins les garnir de denrées végétales. En 2024, ils ont encore réduit leurs achats de fruits et légumes frais de 2 % en volume, selon les données publiées par Interfel, l’interprofession de la filière, mardi 25 février. Le recul est plus marqué pour les fruits. Il se chiffre à – 2,7 % sur un an et à – 6,5 % par rapport à la moyenne des trois dernières années.
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La vague d’inflation qui a déferlé dans tous les rayons des supermarchés, en 2022 et 2023, a bousculé les habitudes d’achat des consommateurs. Même si les prix se sont quasi stabilisés en 2024, les tarifs des fruits et légumes n’ayant en moyenne augmenté que de 1 %, les Français restent vigilants au moment de faire leurs courses. Entre glissement de gamme, achat en plus petite quantité pour éviter les gaspillages et moindre fréquence de visite des magasins, chacun a cherché la martingale pour réduire la facture.
Toutefois, Interfel souligne que dans la répartition du budget de consommation des Français à domicile, les fruits et légumes frais ne pèsent que 10 %, quand les produits de grande consommation représentent 74 % du total. Autre élément marquant, les plus de 60 ans représentent près de la moitié des achats de ce rayon et ont moins rogné à la dépense.
Un produit d’appel
Le contenu du rayon fruits et légumes évolue également fortement en fonction des changements profonds des habitudes alimentaires des Français. En 2024, pour la première fois, la banane a détrôné la pomme comme fruit le plus consommé, avec 18,6 % des volumes contre 15,4 %. Viennent ensuite les oranges, les mandarines puis les pêches nectarines. En sixième position se glisse l’avocat (4,4 %), qui devance la poire.
Pas étonnant, dans ce contexte, que les importations ne cessent de progresser et la balance commerciale de se dégrader. « Nous importons 60 % des fruits que nous consommons et 40 % de nos légumes », affirme Daniel Sauvaitre, président d’Interfel, qui ajoute : « Sur les vingt-cinq dernières années, les Français ont donné leur préférence aux bananes, agrumes, fruits exotiques, avocats, des produits qui viennent de loin et ont pris des parts de marché à la production nationale. Le marketing des opérateurs et des logisticiens a contribué à cette évolution. »
La grande distribution, qui fait de la banane un produit d’appel, positionné à un prix défiant toute concurrence, participe à ces bouleversements. De même, lorsqu’elle souhaite proposer à ses clients des produits toute l’année, faisant fi des saisons. Au rayon des légumes, l’exemple de la tomate, qui pèse désormais près de 20 % de l’assortiment, devançant largement la carotte et la courgette, l’illustre parfaitement. Même si les serres ont fleuri en France, l’hiver, les tomates viennent d’Espagne et, de plus en plus, du Maroc. Et, parmi les légumes en progression récente, on peut citer la patate douce, elle aussi largement importée. Quant à l’artichaut, il n’apparaît même plus dans la liste d’Interfel.
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Paradoxalement, dans le sondage commandé par l’interprofession à l’institut CSA, dont les résultats ont été dévoilés lundi 24 février, les Français interrogés sont 66 % à déclarer mettre l’origine des fruits et des légumes comme premier critère d’achat quasiment à égalité avec la saisonnalité des produits (64 %), loin devant le prix (41 %). Et le nombre de sondés très inquiets vis-à-vis des résidus de pesticides augmente de 7 points, à 41 %.
Dans ce contexte, les producteurs sont contraints de faire évoluer leur offre. « Dans les années 1970, trois produits – le chou-fleur, l’artichaut et la pomme de terre – représentaient 90 % du chiffre d’affaires de [la marque collective] Prince de Bretagne. Aujourd’hui, cela pèse moins que la tomate qui atteint 30 %. Si nous n’avions pas bougé, nous ne serions plus là », affirme Marc Kerangueven, président de Prince de Bretagne. Son concurrent breton, Saveol avec 74 000 tonnes de tomates commercialisées en 2024, ne dit pas autre chose.