Dérive trumpiste de Laurent Wauquiez.

En Auvergne-Rhône-Alpes, la réplique de l’Office français de la biodiversité après le courrier incendiaire de Laurent Wauquiez

Le directeur général de l’OFB et la préfète de région, Fabienne Buccio, répondent au courrier de l’exécutif de la région adressé aux agriculteurs, dans lequel les agents environnementaux étaient traités d’« idéologues » et où était proposée « une aide juridique en cas de litige ». « Une dérive trumpiste » pour les opposants aux élus LR. 

Par Richard Schittly (Lyon, correspondant)Publié hier à 10h26, modifié hier à 11h02 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/02/24/en-auvergne-rhone-alpes-la-replique-de-l-office-francais-de-la-biodiversite-apres-le-courrier-incendiaire-de-laurent-wauquiez_6561663_823448.html

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La préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Fabienne Buccio, à Lyon, le 15 novembre 2024.
La préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Fabienne Buccio, à Lyon, le 15 novembre 2024.  MAXIME JEGAT / PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

Violemment mis en cause dans un courrier, l’Office français de la biodiversité (OFB) a décidé de répliquer, dans une note envoyée ce lundi 24 février aux agriculteurs de la deuxième région de France. L’organisme ministériel, créé en 2020, défend le rôle de ses 3 000 agents dans la préservation de l’environnement et dans la protection des exploitations agricoles face aux menaces sanitaires, à la suite de la lettre adressée aux agriculteurs par Fabrice Pannekoucke, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et Laurent Wauquiez, son prédécesseur devenu « conseiller spécial » sans attribution, depuis son élection comme député (Les Républicains, LR) de Haute-Loire.

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Le courrier de la région, envoyé le 7 février, relayait les attaques menées contre l’OFB par les syndicats agricoles de la FNSEA et de la Coordination rurale. Ce qui a sans doute poussé le chef de l’Etat à exprimer son soutien aux agents de l’OFB, en ouverture du Salon de l’agriculture, samedi 22 février. « Je ne suis pas à l’aise avec la stigmatisation parce que les agents de l’OFB sont pour beaucoup des gens qui font bien leur travail et qui appliquent juste la loi », a déclaré Emmanuel Macron.

Dans la réplique que Le Monde a pu consulter, Olivier Thibault, directeur général de l’OFB, et Fabienne Buccio, préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes, insistent : « Le droit de l’environnement nous protège en luttant contre les causes du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité. La police de l’environnement nous protège en cherchant à préserver un environnement sain pour les générations futures. »

« Dissiper tout malentendu »

L’OFB rappelle que ses agents ont réalisé 140 contrôles administratifs dans la région en 2024, contre 420 en 2023, « qui n’ont donné lieu qu’à 27 suites administratives ». L’office a effectué 1 436 déplacements en 2024 pour assurer les indemnisations à la suite de prédation de troupeaux, notamment par le loup. « Nous avons voulu nous adresser à vous pour dissiper tout malentendu : il n’y a pas lieu d’opposer l’agriculture et l’environnement. A travers le budget de l’OFB, l’Etat accompagne le monde agricole pour expérimenter et mettre en place des pratiques plus durables. C’est la force du modèle de l’OFB qui concentre ses efforts sur la recherche pour mettre au point des solutions », écrivent Olivier Thibault et Fabienne Buccio, pour qui l’accompagnement et le dialogue caractérisent la méthode de l’OFB, contrairement à l’image que le courrier de la région a véhiculée.

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Laurent Wauquiez et Fabrice Pannekoucke ont signé une violente charge contre l’OFB dans cette lettre à en-tête adressée aux agriculteurs et agricultrices de la région Auvergne-Rhône-Alpes. « A votre contact, nous avons constaté comment l’Office français de la biodiversité vous empêche de travailler sereinement, en vous accablant de contrôles absurdes », ont écrit les deux élus LR. « Nous avons entendu un agent de l’OFB comparer nos agriculteurs à des trafiquants de drogue », déplorent-ils, en faisant allusion aux propos de Benoît Pradal, représentant du syndicat Snape-FO, le 15 janvier sur France Inter. « On a le sentiment que ce que veulent les agriculteurs, c’est de [ne] plus nous voir dans leurs exploitations. C’est du même ordre que si les dealeurs demandaient aux policiers de ne plus venir dans les cités pour empêcher le deal », avait déclaré le syndicaliste, en réaction aux actions menées contre plusieurs sièges de l’OFB.

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Pour MM. Pannekoucke et Wauquiez, « ces insultes ouvriront les yeux du gouvernement sur la nature réelle de l’OFB : une coalition d’idéologues, qui entend vous empêcher de travailler et de vivre dignement. Nous espérons que se posera sérieusement la question de sa dissolution ». Le président et le « conseiller spécial » de la région vont jusqu’à proposer de « bénéficier d’une aide juridique en cas de litige avec l’Office français de la biodiversité », et ils demandent : « N’hésitez pas à nous faire remonter toutes les situations ubuesques que vous rencontrez. »

« Bouc émissaire »

« Quand j’ai lu ça, je suis tombé de ma chaise, c’est un appel à la délation. Dénigrer une police républicaine de la part d’une personne comme Laurent Wauquiez qui prétend vouloir exercer les plus hautes responsabilités de l’Etat, ça pose question », a réagi Raphaël Saunier en recevant le courrier de la région dans la boîte de son exploitation fruitière, à Soucieu-en-Jarrest (Rhône).

A l’opposé de la Coordination rurale sur l’échiquier syndical, la Confédération paysanne a dénoncé une manœuvre politique. « L’exécutif régional choisit comme bouc émissaire un organisme public et ses agents, en déconnexion complète avec la réalité que vivent les 48 000 paysannes et paysans d’Auvergne-Rhône-Alpes. Alors que depuis un an, le monde agricole se mobilise pour défendre un revenu et des conditions de vie décentes, la région choisit délibérément de faire diversion », déplore le syndicat classé à gauche, en estimant le coût de l’opération « autour de 65 000 euros ».

Ce que la région, contactée, n’a pas démenti. « Le métier d’agriculteur est difficile, il mériterait d’être soutenu et non pas instrumentalisé à des fins idéologiques », a aussi réagi la totalité des parlementaires du Parti socialiste de la région, alors que le groupe écologiste d’Auvergne-Rhône-Alpes a dénoncé « une dérive trumpiste » de la majorité régionale. « Inciter au contournement du droit et à de potentiels actes délictuels, c’est une stratégie de destruction des outils publics au profit d’un discours populiste et électoraliste, en plus d’être profondément dangereux », estime le groupe écologiste.

Richard Schittly (Lyon, correspondant)

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2025/02/20/une-incroyable-diatribe-de-laurent-wauquiez-et-du-president-de-la-region-rhone-alpes-a-lencontre-de-loffice-francais-de-la-biodiversite-ofb-la-police-de-lenvironnement/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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