Un Maire et des médecins profitent d’un marché sauvage pour faire de la débauche et se faire payer des locaux par les contribuables (Christophe Prudhomme urgentiste)

24 FÉVRIER 2025

Installation des médecins : stop à la logique du marché

Face à la pénurie de médecins généralistes, certains élus locaux se lancent dans des démarches de recrutement complètement aberrantes. La Sécurité sociale doit contrôler ce qu’elle paye et décider du lieu d’installation et du mode de rémunération des professionnels de santé, une urgence pour éviter que notre système de santé ne poursuive sa lente transformation en un marché sauvage.

https://blogs.mediapart.fr/christophe-prudhomme/blog/240225/installation-des-medecins-stop-la-logique-du-marche?utm_source=quotidienne-20250224-190850&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20250224-190850&M_BT=115359655566

Signalez ce contenu à notre équipe

Christophe Prudhomme

Médecin au Samu 93

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Face à la pénurie de médecins généralistes, certains élus locaux, face au désarroi de leurs administrés, se lancent dans des démarches de recrutement complètement aberrantes. Nous connaissons déjà ceux qui ont fait appel à des recruteurs pour aller chercher des médecins en Roumanie.

Il y a ceux qui sont venus faire la retape dans les facultés de médecine. Cette semaine, nous avons dépassé toutes les bornes de la décence, avec un maire dans le Gard qui est venu débaucher trois médecins qui exerçaient dans une commune située à une dizaine de kilomètres de la sienne. La presse relate que le maire a proposé des locaux plus vastes qui seront réaménagés aux frais de la commune et offerts aux nouveaux arrivants.

Cette technique bien connue dans le monde de l’entreprise et du « marché de l’emploi » s’appelle du débauchage. Il s’agit bien de la logique capitaliste qui ne fixe pas les prix en fonction des coûts de production mais selon le concept de la rareté qui fait augmenter les prix. C’est ce qui engendre la spéculation avec une déconnexion totale des prix de la véritable valeur des produits. Dans la situation présente, nous sommes bien dans cette logique où des médecins ont profité de cette situation pour obtenir des avantages sur le dos de leurs futurs patients qui vont payer leur outil de travail avec leurs impôts locaux. Il n’est plus possible de laisser les élus locaux à la merci de ce type de chantage qui consiste à demander toujours plus pour venir s’installer dans leur commune.

Cette situation pose un problème de moralité dans une profession régie par un soi-disant code de déontologie et des conseils de l’ordre qui doivent veiller à son respect. Il est bon de rappeler à ces médecins son article R.4127-3 : « Le médecin doit, en toutes circonstances, respecter les principes de moralité, de probité et de dévouement indispensables à l’exercice de la médecine ». Ils déshonorent ainsi la profession en mettant en avant leur cupidité et leurs bas intérêts financiers. Faut-il leur rappeler que leur rémunération est assurée par la Sécurité sociale et que sans elle leur rémunération serait beaucoup plus aléatoires en fonction de leur lieu d’exercice et de leur patientèle ? Cette triste histoire montre l’urgence d’aller vers la fin de la liberté d’installation et plus globalement de la médecine libérale telle qu’elle existe aujourd’hui.

Cela passe comme je l’ai souvent exposé dans mes chroniques par un autre mode d’exercice et de rémunération. Cela passe par le regroupement dans des centres de santé financés globalement et où les médecins et autres personnels sont salariés. La Sécurité sociale doit contrôler ce qu’elle paye et décider du lieu d’installation et du mode de rémunération des professionnels de santé. Il s’agit là d’une urgence pour éviter que notre système de santé ne poursuive sa lente transformation en un marché sauvage où tous les coups sont permis et où celui qui domine est celui dont la bourse est la mieux remplie.

Commentaires Dr Jean SCHEFFER:

Cela fait plus de 15 ans que les pouvoirs publics auraient du:

-stopper la liberté d’installation et établir une régulation basée sur un non conventionnement en zone mieux dotée.

-augmenter le numerus clausus puis apertus

-installer et financer des centres de santé publics dans les déserts médicaux avec des médecins salariés et avec un projet de santé, élaboré démocratriquement avec associations, élus, syndicats et citoyens

-crééer un « Clinicat-Assistanat pour tous » d’une durée de 2 à 3 ans, obligatoire pour tous les futurs internes de médecine générale et en spécialités, afin de compenser à court terme tous les manques de praticiens dans tous les lieux d’exercice et dans toutes les spécialités. C’est l’ensemble des déserts médicaux qui doit être solutionné par la même mesure:

« Vision Globale -Solution globale « :  https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=C9jccc

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire