Antoine Pellion quitte un secrétariat général à la planification écologique en perte d’influence
En poste depuis juillet 2022, le secrétaire général à la planification écologique a annoncé lundi son départ, sur fond de reculs successifs des politiques écologiques.
Par Audrey Garric et Nabil Wakim
Publié le 17 février 2025 à 15h52, modifié le 17 février 2025 à 23h10 https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/02/17/antoine-pellion-quitte-un-secretariat-general-a-la-planification-ecologique-en-perte-d-influence_6551108_3244.html
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C’était le symbole de l’engagement d’Emmanuel Macron à faire face aux enjeux écologiques : en juillet 2022, la création du secrétariat général à la planification écologique (SGPE), placé sous l’autorité du premier ministre, incarnait le sérieux et la volonté politique du président de la République sur le sujet. Antoine Pellion, le secrétaire général à la planification, a annoncé, lundi 17 février, au Monde, son départ prochain de cette institution, un poste qu’il occupait depuis ses débuts, confirmant une information de La Lettre de L’Expansion. Ce départ fragilise encore davantage une structure chargée d’impulser et de coordonner les politiques « vertes » du gouvernement, mais dont l’influence était en berne depuis un an. Surtout, il interroge sur la suite de la transition.
L’ancien conseiller à l’Elysée puis à Matignon va devenir directeur général adjoint chargé du développement d’Idex, un groupe engagé dans la transition énergétique des collectivités locales et des entreprises, notamment dans le déploiement de « réseaux de chaleur ». Il reste par ailleurs à la tête de l’association La Planification écologique, qu’il a fondée en mars 2024 avec des membres du SGPE, pour faire vivre leurs propositions en dehors du gouvernement.
« Plusieurs étapes ont été franchies : on a un plan de transition écologique à l’horizon 2030 et on l’a décliné dans les régions. L’enjeu est maintenant le déploiement et la mise en œuvre des objectifs », explique Antoine Pellion. Dans cette nouvelle phase, qui intervient au moment d’un « backlash [retour de bâton conservateur] généralisé sur l’écologie », il dit se sentir désormais « plus utile et efficace dans l’arène, chez ceux qui doivent faire la transition ».
A ses yeux, la transition écologique est « aujourd’hui à un point de bascule ». « On a tout pour accélérer mais il y a une forme de grand doute sur l’écologie », juge-t-il. Et de mettre en garde : sans mesures supplémentaires, la France risque de rater son objectif de baisse des émissions de gaz à effet de serre en 2025.
Des premiers ministres désintéressés
Le départ d’Antoine Pellion marque-t-il la fin d’une ambition écologique transversale pour le gouvernement ? Lorsque Elisabeth Borne était première ministre, le SGPE, vu comme le bras armé pour faire avancer la transition, « pesait lourd au sein de la machine gouvernementale en termes d’expertise et de capacité de décision », rappelle Marine Braud, ancienne conseillère sur l’écologie à Matignon. Antoine Pellion, alors à la fois secrétaire général à la planification et chef du pôle vert de Matignon, parlait presque tous les jours à la première ministre, dont il avait toute la confiance, et imprimait sa marque en réunions interministérielles.
Mais cet âge d’or a pris fin avec le départ d’Elisabeth Borne du gouvernement en janvier 2024. Le SGPE perd son influence sous les premiers ministres suivants. D’abord, Gabriel Attal, hermétique aux sujets environnementaux, puis Michel Barnier, dont la priorité était de faire passer le budget et qui ne reconduit pas Antoine Pellion dans son cabinet. Le chef du gouvernement actuel, François Bayrou, n’est pas en reste : depuis son entrée en fonctions, il ne s’est pas attardé sur les questions climatiques et écologiques. Il partageait auparavant ses locaux de haut-commissaire au plan avec le SGPE, avec qui les rapports étaient tendus.
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Le SGPE a aussi été délaissé par Emmanuel Macron, rétif à s’exposer sur le sujet de la transition. Déjà, lors de la présentation du plan porté par le secrétariat, en septembre 2023, le président de la République avait repris avec beaucoup de prudence les propositions formulées et avait rapidement évacué le sujet.
Les départs se sont multipliés
« Cela fait un an que le SGPE ne pèse plus sur les politiques publiques, regrette une source qui préfère rester anonyme. Antoine Pellion n’avait plus la confiance du premier ministre, n’était plus dans son cabinet, donc n’était pas en position d’influence. » En 2024, la structure a vu son rôle évoluer lentement, de moins en moins dans la transformation et la coordination des politiques publiques, et davantage dans une logique d’expertise et de conseil. Les départs se sont multipliés – encore trois en janvier – au sein de l’instance dotée d’une trentaine d’équivalents temps plein. Même s’ils sont remplacés et que le turnover est classique dans l’administration, ils témoignent aussi des incertitudes sur le rôle de la structure.
Quel sera l’avenir du SGPE ? En interne, certains craignent une fusion avec France Stratégie ou le haut-commissariat au plan, d’autres administrations chargés de réaliser des expertises. « Matignon n’envisage pas de revoir les missions et les attributions du SGPE et n’envisage pas non plus une fusion avec d’autres structures », assure-t-on dans l’entourage du premier ministre. Pour Antoine Pellion aussi, le SGPE a « encore un rôle à jouer ». « Il faut piloter le plan, et il faut s’attaquer dès maintenant à la trajectoire pour 2040 et 2050 », indique-t-il.
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Au sein du SPGE, on déplore que la composition du gouvernement illustre un désintérêt croissant pour ces questions. De fait, le portefeuille de la ministre de la transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a été restreint au fil des remaniements – elle ne s’occupe notamment plus des questions d’énergie, de retour dans le giron de Bercy. « On peut aussi noter que les ministres de l’agriculture et du transport, deux des principales sources d’émissions de gaz à effet de serre dans le pays, se désintéressent complètement du climat », souligne une source au sein du SGPE.
Hausse des émissions de gaz à effet de serre
Depuis plusieurs mois, l’exécutif, que ce soit l’Elysée ou Matignon, alimente par ailleurs, ou laisse prospérer, une ambiance hostile aux opérateurs de l’Etat chargés de la protection de l’environnement et de la santé, qu’il s’agisse de l’Office français de la biodiversité, de l’Agence de la transition écologique ou de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.
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Conséquence du désintérêt de l’Elysée et de Matignon et de la conjoncture économique, la planification écologique est en train de dérailler. De nombreux indicateurs sont au rouge : hausse des émissions de gaz à effet de serre au troisième trimestre de 2024 (+ 0,5 %), rythme des rénovations énergétiques et de l’électrification des véhicules largement insuffisant, effondrement des installations de pompes à chaleur… Et les dernières coupes budgétaires sur des secteurs cruciaux de l’écologie risquent de faire encore dévier de la trajectoire de réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030.
Pour tenir le cap, le SGPE doit retrouver un rôle de « tour de contrôle », chargée d’aiguiller les politiques publiques vers le respect des objectifs climatiques, appelle Marine Braud. Il lui faudrait trancher entre les ministères, « en leur demandant des corrections lorsqu’on s’éloigne des objectifs ». Une gageure.