« Davantage de flexibilité et moins de contraintes pour les agriculteurs » (Christophe Hansen, commissaire européen à l’agriculture)

« Il ne faut pas interdire de pesticides si on n’a pas d’alternative », selon Christophe Hansen, commissaire européen à l’agriculture

Dans un entretien au « Monde », le commissaire européen à l’agriculture, Christophe Hansen, plaide pour davantage de flexibilité et moins de contraintes pour les agriculteurs. Selon lui, l’agroalimentaire doit participer à la décarbonation de l’économie, mais c’est un secteur particulier. 

Propos recueillis par Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen)Publié le 19 février 2025 à 11h45, modifié le 19 février 2025 à 15h05 https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/02/19/christophe-hansen-commissaire-europeen-a-l-agriculture-il-ne-faut-pas-interdire-de-pesticides-si-on-n-a-pas-d-alternative_6554174_3234.html

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Le commissaire européen à l’agriculture, Christophe Hansen, au Parlement européen, à Bruxelles, le 4 novembre 2024.
Le commissaire européen à l’agriculture, Christophe Hansen, au Parlement européen, à Bruxelles, le 4 novembre 2024.  NICOLAS TUCAT/AFP

Il y a cinq ans, en 2020, la Commission européenne présentait la stratégie « De la ferme à la fourchette », qui devait « verdir » le système alimentaire européen. Elle fixait des objectifs à l’horizon 2030, dont celui de réduire de moitié l’utilisation des pesticides. La colère agricole, qui a culminé début 2024, et la montée des critiques contre le pacte vert dans les capitales comme au Parlement européen ont mis un coup d’arrêt aux ambitions communautaires.

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Mercredi 19 février, la Commission devait présenter sa « vision pour l’agriculture et l’alimentation », qui doit prendre le relais. Le commissaire à l’agriculture, Christophe Hansen, qui se rendra au Salon de l’agriculture, à Paris, les 27 et 28 février, décrypte le changement de logiciel à l’œuvre. Le Luxembourgeois souhaite plus de flexibilité et moins de contraintes pour les agriculteurs. Il défend des aides de la politique agricole commune (PAC) plus ciblées vers ceux qui en ont le plus besoin. Et se prépare à la bataille du prochain budget communautaire, qui inquiète les agriculteurs.

Aujourd’hui, la Commission ne fixe plus aucun objectif chiffré, elle ne propose plus de mesures contraignantes pour « verdir » le secteur agroalimentaire. Pourquoi ?

Les agriculteurs, il y a un an, ont exprimé leur colère face à une stratégie dont ils jugeaient qu’elle avait été élaborée sans eux. Ils sont conscients qu’ils doivent participer à la lutte contre le réchauffement climatique, dès lors que le secteur agroalimentaire représente 11 % des émissions de CO2, mais ils veulent faire partie de la solution. Pas seulement être le problème.

Contrairement à la plupart des secteurs économiques, le secteur agricole n’est soumis à aucun objectif de réduction des émissions de CO2 en 2030. Est-ce normal ?

Cela ne l’a pas empêché de voir ses émissions de CO2 baisser de 2 % en 2024 par rapport à 2023, quand celles du secteur des transports ont reculé de 1 %.

Afin d’emmener l’Union européenne (UE) vers la neutralité climatique en 2050, la Commission va proposer un nouvel objectif de décarbonation de l’économie d’ici à 2040, qui sera décliné secteur par secteur. L’agroalimentaire en sera-t-il de nouveau exonéré ?

L’agroalimentaire doit participer à la décarbonation de l’économie. Mais c’est un secteur particulier, parce qu’on aura toujours besoin de se nourrir et parce qu’il participe de notre souveraineté.

En matière de lutte contre l’utilisation des pesticides, ne faut-il plus rien faire ?

Depuis dix ans, on a retiré des pesticides sans les remplacer, cela a créé des problèmes. La proposition de la Commission d’en réduire de moitié l’utilisation n’a pas survécu à l’examen par les Etats membres et le Parlement européen. Désormais, il faut trouver des solutions viables. Ne pas interdire de principe actif si on n’a pas d’alternative.

C’est-à-dire ?

Il faut chercher d’autres solutions, par exemple, en accélérant les autorisations de mise sur le marché de biopesticides. Ou encore en accélérant l’examen en cours du projet législatif sur les nouvelles techniques génomiques. Plus que sur un chiffre aléatoire, il faut axer nos efforts sur les moyens.

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Les agriculteurs réclament aussi l’interdiction des importations de produits alimentaires venus de pays tiers traités avec des pesticides interdits au sein de l’UE. Que leur répondez-vous ?

On le fait déjà pour certains néonicotinoïdes, interdits en Europe. Nous allons faire une analyse des pesticides les plus toxiques interdits en Europe pour voir si on élargit la liste. Les agriculteurs ne comprennent en effet pas que ce soit possible d’importer un produit traité avec un pesticide interdit en Europe. Les citoyens non plus.

Après les défilés de tracteurs dans les rues européennes, début 2024, les Européens ont desserré les contraintes vertes qui pesaient sur les agriculteurs et réduit leur charge administrative. Comptez-vous en faire plus ?

Oui. Au printemps, la Commission présentera un premier paquet de simplification de la PAC, qui sera surtout à destination des petites exploitations. Il y en aura un second, plus tard, qui portera sur la bureaucratie liée aux politiques environnementales et sanitaires.

Pour la Commission, la PAC doit désormais inciter les agriculteurs à changer leurs pratiques et non plus les y contraindre en conditionnant les aides. Y croyez-vous ?

Il faut miser sur le volontariat. Et rendre attractives les évolutions.

La Commission envisage une réforme profonde du prochain budget communautaire (2028-2034) qui inquiète les syndicats agricoles. Comme eux, pensez-vous qu’il faille maintenir la PAC et son budget ?

Les traités européens stipulent que l’UE doit soutenir le secteur agricole, parce qu’il est crucial pour la souveraineté du Vieux Continent et qu’il doit permettre aux citoyens de se nourrir à un prix abordable. Dès lors, il faut un budget spécifique pour l’agriculture [qui représente un tiers du budget de l’UE] et j’aimerais qu’il reste le même.

La Commission milite depuis longtemps pour des aides directes plus ciblées sur ceux qui en ont le plus besoin. Elle veut les plafonner, les rendre dégressives. Jusqu’ici, les Etats membres s’y sont toujours opposés. Pensez-vous qu’ils soient prêts à évoluer ?

Cela ne fait aucun sens de donner la même aide par hectare à une exploitation de 5 000 hectares qu’à une autre de 5 hectares. Par ailleurs, on a un problème de relève générationnelle : il faut plus aider les jeunes, au moins pendant leurs premières années. Il faut mettre l’accent sur les exploitations familiales. Et imaginez, si l’Ukraine, où il y a des exploitations de 600 000 hectares, rejoint l’UE… Cette discussion, on ne peut pas y échapper.

La Commission devrait présenter en mars un plan d’aide au secteur viticole. Pouvez-vous nous en dire plus ?

La consommation de vin est en recul constant. La production, elle, reste élevée, malgré des fluctuations annuelles. Il faut des plans d’arrachage qui seraient assortis de compensations financières. Reste à déterminer d’où viendra cet argent.

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En décembre 2024, la Commission a conclu les négociations avec le Mercosur pour un accord commercial. Elle a beau expliquer son point de vue, les agriculteurs sont très opposés aux accords de libre-échange. Comment les rassurer ?

N’oubliez pas que l’UE est le premier exportateur mondial de biens agroalimentaires. Pour le reste, il faut d’abord faire nos devoirs, c’est-à-dire renforcer la compétitivité de nos agriculteurs. Il faut aussi travailler sur la réciprocité de nos accords commerciaux − cela, on le fait de plus en plus − et renforcer nos contrôles aux frontières. Si la Chine prend des mesures de rétorsion, par exemple sur les produits laitiers, pour protester contre les surtaxes que l’Europe a imposées à ses voitures électriques, ou si Donald Trump décide de nouveaux droits de douane sur les vins et spiritueux, il faut avoir des alternatives. Il faut aussi « dérisquer » nos chaînes d’approvisionnement. Sur le Mercosur lui-même, l’accord ne fâche pas tous les agriculteurs. Le secteur laitier et des produits raffinés, par exemple, s’en félicite. Ce n’est jamais tout noir ou tout blanc.

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Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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