Les praticiens à diplôme étranger ont plus tendance à s’installer dans les « déserts médicaux » que les autres médecins.

Les PADHUE, solution pour les déserts médicaux ?

Quentin Haroche | 20 Février 2025

https://www.jim.fr/viewarticle/padhue-solution-déserts-médicaux-2025a10004gw?ecd=wnl_all_250220_jim_daily-doctor_etid7243589&uac=368069PV&impID=7243589&sso=true

Selon un rapport de l’Ordre des médecins, les praticiens à diplôme étranger ont plus tendance à s’installer dans les « déserts médicaux » que les autres médecins.

Lorsqu’on parle des praticiens à diplôme hors Union européenne, les fameux PADHUE, c’est souvent pour évoquer leur parcours du combattant administratif pour obtenir le droit d’exercer en France. Les PADHUE ont en effet un statut particulièrement précaire et doivent, pour obtenir le droit définitif de travailler en France, passer une sorte de concours appelé épreuves de validation des connaissances (EVC), puis suivre un parcours de consolidation.

Que deviennent ces PADHUE une fois qu’ils ont obtenu ce précieux sésame et peuvent enfin exercer en France, comme leurs confrères qui ont étudié en Europe ? C’est ce qu’a voulu savoir le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM), dans son étude sur les « anciens PADHUE inscrits au tableau », publiée ce mercredi.

L’Algérie, principal pourvoyeur de médecins à diplôme non européen

Au 1er janvier dernier, on comptait ainsi 19 154 médecins inscrits au tableau de l’Ordre qui avaient obtenu leur diplôme hors de l’Union Européenne, soit 5,8 % des médecins inscrits à l’Ordre en France. Parmi eux, 93 % (17 778 exactement) sont actifs.

Premier enseignement de cette étude du CNOM : le nombre de médecins à diplôme non européen est, sans surprise, en forte augmentation ces dernières années en France. Il a ainsi augmenté de 141 % depuis 2010 et plus de la moitié des PADHUE inscrits à l’Ordre le sont depuis moins de quinze ans.

Près des deux tiers des PADHUE sont des hommes (63 %) et ils sont âgés en moyenne de 52,4 ans : ils sont ainsi plus masculins (51 % d’hommes parmi l’ensemble des médecins) et plus âgés (50,3 ans en moyenne) que les autres médecins en activité en France.

Là encore sans surprise, ces médecins ont pour la plupart fait leurs études dans des pays du Maghreb : la moitié d’entre eux viennent d’Algérie (38,8 % des PADHUE inscrits à l’Ordre) ou de Tunisie (15,1 %). Suivent, comme principaux pays pourvoyeurs, la Syrie (8,6 %), le Maroc (7,4 %) et le Liban (4 %). 

Si les médecins diplômés hors de l’Union Européenne représentent seulement 7,5 % des praticiens actifs, cette proportion varie grandement selon les spécialités et les régions. Ainsi, un tiers des gériatres en activité (33,6 %) ainsi qu’un cinquième des onco-hématologues (19,3 %) ont fait leurs études hors d’Europe.

Dans certains départements comme le Val d’Oise (30,6 %), l’Aisne (29,6 %), l’Eure-et-Loir (29,1 %) ou l’Orne (27,3 %), la part des anciens PADHUE parmi les médecins en activité dépasse les 25 %. Dans la Nièvre et dans l’Orne, plus de la moitié des chirurgiens sont des anciens PADHUE.

Les déserts médicaux disent merci aux PADHUE

« La lecture comparée des cartes de densités départementales des actifs réguliers et de celle associée de la proportion des anciens PADHUE parmi l’ensemble des actifs réguliers met en évidence le fait que les départements les moins densément peuplés sont ceux où la proportion des anciens PADHUE parmi les actifs réguliers est la plus importante » note le CNOM.

En d’autres termes, les médecins à diplôme étranger contribuent plus que leurs confrères français à la lutte contre la désertification médicale. « Cette enquête montre que ces praticiens contribuent significativement à remonter la densité médicale des départements les plus désertifiés » analyse ainsi le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président de l’Ordre et en charge de cette enquête statistique.

Comment expliquer que ces médecins venus de contrées lointaines finissent par travailler dans nos campagnes délaissées ? En grande partie en raison de leurs parcours professionnel en France expliquent les principaux intéressés.

Avant d’être pleinement autorisés à exercer dans notre pays, « les Padhue travaillent majoritairement dans les petits hôpitaux où ils sont très bien appréciés et très bien intégrés », rappelle ainsi au Parisien le Dr Kahina Hireche Ziani, porte-parole de l’association SOS Padhue, qui a étudié la médecine en Algérie. « Donc logiquement, une fois que les Padhue finissent par être inscrits à l’Ordre des médecins, ils restent travailler là où ils sont arrivés ».

Comme le rappelle le CNOM dans son rapport, la politique du gouvernement vis-à-vis de ces médecins venus d’ailleurs n’a cessé d’osciller, depuis les années 1990, entre la volonté de les inciter à venir exercer en France pour pallier la pénurie de médecins, ou au contraire une politique de restriction afin d’éviter une submersion (pour reprendre un terme à la mode).

Ces dix dernières années, les règles encadrant le statut administratif des PADHUE n’ont ainsi cessé d’évoluer dans un sens comme dans l’autre. 

Dernier changement en date : deux décrets du 21 décembre dernier qui ont créé le statut de praticien associé contractuel temporaire (PACT), qui permet aux PADHUE d’exercer en France pendant 13 mois renouvelable une fois en attendant de passer les EVC. Lors des derniers EVC, dont les résultats ont été publiés le 31 janvier dernier, 3 044 candidats ont été admis et pourront donc in fine exercer en France, des chiffres en hausse de 50 % en un an.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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