« Pourquoi la prise en charge des médecines « douces » par les complémentaires santé fait débat »
Date de publication : 18 février 2025 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=a9330517cc6fdfbec2279360541597ad&id_newsletter=21624&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=21624&from=newsletter

Cécile Thibert revient sur le sujet dans Le Figaro : « Naturopathie, réflexologie, acupuncture, ostéopathie, chiropraxie… Depuis quelques années, les thérapies dites « non conventionnelles » font l’objet d’une surenchère de la part des complémentaires santé. C’est à qui proposera le plus de séances remboursées par an ou le plus gros montant par consultation. À tel point qu’il devient compliqué aujourd’hui de trouver un forfait simple, sans prise en charge de ce type de soins ».
La journaliste constate que « cette tendance n’a pas échappé à un rapport sénatorial sur la hausse des cotisations, publié en septembre 2024 ». Elle relève : « On y apprend que les dépenses des assurances privées liées aux médecines « douces » ont ainsi été multipliées par cinq entre 2014 et 2022, pour atteindre près d’un milliard d’euros. Un phénomène qui interpelle des acteurs de santé publique ».
Frédéric Bizard, professeur d’économie, remarque ainsi : « Le problème, c’est que tout le monde le paie, même les personnes qui n’ont pas recours aux médecines alternatives. Cela participe, entre autres choses, à l’augmentation du prix des cotisations ».
Cécile Thibert poursuit : « Pourquoi les assurances s’engouffrent-elles massivement dans la voie des thérapies non conventionnelles ? ».Nicolas Pinsault, professeur à l’université de Grenoble et spécialiste des questions relatives à l’organisation des soins, répond qu’« elles ne le font pas pour des raisons philanthropiques. C’est un moyen de se démarquer au milieu d’un marché très concurrentiel ».
La journaliste note que « pour les assurances privées, cette formule serait particulièrement lucrative ». Frédéric Bizard déclare que « faire financer par tout le monde une garantie consommée par une minorité permet d’augmenter ses profits, c’est très rentable. On peut être sûr qu’il y aura nettement moins de dépenses avec la chiropraxie qu’avec des spécialistes médicaux. Car un jour ou l’autre, la majorité de la population a besoin de consulter un spécialiste ».
« Ce qui explique pourquoi, en parallèle, elles tirent vers le bas le remboursement de soins médicaux qui sont, eux, indispensables. […] En parallèle, les complémentaires n’investissent pas beaucoup des pratiques qui n’ont plus à prouver leur efficacité », continue Cécile Thibert.
Le Dr Pierre de Bremond d’Ars, médecin généraliste et président du collectif No FakeMed, déclare : « On constate une stagnation, voire une baisse du remboursement des soins dentaires ou des compléments d’honoraires de spécialistes, par exemple. […] En faisant la promotion de la naturopathie ou de l’ostéopathie, par exemple, elles détournent les patients de pratiques qui reposent sur des données scientifiques, telles que la diététique et la kinésithérapie. Cela peut avoir des conséquences dramatiques : retards de soins, promotion du jeûne ou des compléments alimentaires à outrance, effets indésirables liés à des manipulations ostéopathiques, etc. ».
Cécile Thibert conclut que « dans leur rapport, les sénateurs envisagent deux solutions pour freiner cette tendance. La première est de «rendre optionnelle la couverture des assurés pour ces prestations», afin de «diminuer le coût». La seconde consiste à surveiller plus étroitement les thérapies remboursées par les complémentaires, «afin d’éviter tout risque de prise en charge de pratiques dites thérapeutiques mais identifiées comme potentiellement dangereuses pour les assurés» ».