Métaux rares : la France se rêve en nouvel eldorado
Désireuse de disposer des ressources en métaux et en minéraux nécessaires à son industrie, la France se lance dans un vaste inventaire de son sous-sol. Dans le même temps, elle recherche aussi des débouchés pour son CO2 résiduel.
Gouvernance | 14.02.2025 https://www.actu-environnement.com/ae/news/lancement-inventaire-minier-45595.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzcxMg%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

© altitudedronePlusieurs massifs montagneux seront prospectés en raison de leurs caractéristiques géologiques (photo d’illustration).
Étain, tungstène, lithium, terres rares… Quels métaux et minéraux le sous-sol français renferme-t-il, où et en quelles quantités ? C’est ce que le Gouvernement cherche à savoir plus précisément, via une grande campagne d’inventaire annoncée en novembre 2023 et officiellement lancée, ce jeudi 13 février, par le ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Marc Ferracci, lors d’un déplacement à Orléans. Menée avec le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), cette démarche se déroulera sur trois ans et en plusieurs étapes.
Elle s’appuiera d’abord sur des mesures non intrusives, réalisées à partir de champs magnétiques envoyés vers la terre et de la conductivité plus ou moins forte des lieux, révélée en retour par des capteurs. Ces prospections se feront « par moyens aéroportés », autrement dit par des hélicoptères ou par des avions équipés de matériels d’imagerie de pointe, au-dessus de plusieurs massifs montagneux considérés comme des « zones d’intérêt » en raison de leurs caractéristiques géologiques : le nord du Massif central, les Vosges, le Morvan, la Brenne, les Pyrénées orientales, les Cévennes et le nord de la Guyane. Ils collecteront des données de la proche surface jusqu’à plus de 1 000 mètres de profondeur.
Un sujet émergent depuis plusieurs années
Un premier rapport Varin sur la sécurisation des approvisionnements en matières premières minérales a été remis au Gouvernement en 2022. En septembre 2023, lors du Conseil de planification écologique, le président de la République a annoncé la mise à jour de l’Inventaire des ressources minérales (IRM) du sous-sol français. Cette étape s’inscrit également dans le cadre des programmes d’exploration prévus par la directive européenne sur les métaux critiques (Critical Raw Material Act en vigueur depuis mai 2024). Le programme prévu pour durer cinq ans bénéficierait d’un budget de 53 millions d’euros et serait financé dans le cadre de France 2030 par l’ANR (Agence nationale de la recherche).
Retour vers le futur
Ces premiers éléments seront complétés par des mesures géochimiques, des prélèvements de sédiments dans les cours d’eau, qui permettront, en fonction de leur concentration, de connaître les évolutions du territoire au cours des centaines de millions d’années passées. Des études de prospection plus approfondies seront ensuite menées sur les sites identifiés comme prometteurs. Viendra alors le temps de l’exploitation, en étant « extrêmement exigent d’un point de vue environnemental », assure le Gouvernement. Tout projet de mine devra être réalisé « selon les meilleurs standards internationaux, environnementaux, sociaux et de gouvernance ».
Les 5 zones géographiques ciblées par l’inventaire
Une première évaluation des gisements avait été réalisée dans les années 1970, mais elle ne concernait qu’une vingtaine de substances. Aujourd’hui, 55 matériaux sont désormais jugés prioritaires pour l’économie, selon la France et l’Europe, comme le lithium, le tantale, le césium, le gallium, le germanium ou l’hafnium. Au cœur des technologies vertes et, plus généralement, de la majorité des produits fabriqués en France, les minéraux et métaux, rares de préférence, représentent des éléments clé de la compétitivité et de la souveraineté nationales.
En s’appuyant sur ces richesses stratégiques locales, le Gouvernement espère alimenter l’économie nationale et européenne, mais également pouvoir les vendre ou les échanger contre d’autres ressources absentes dans le sous-sol français. En la matière, la concurrence avec la Chine et les États-Unis, en particulier, se fait de plus en plus âpre. La consommation des métaux rares devrait en effet être multipliée par trois d’ici à 2040. « L’Europe doit prendre sa part pour être crédible dans ce jeu international », estime-t-on au ministère de l’Industrie et de l’Énergie.
Voyage au centre de la Terre
En parallèle, les pouvoirs publics ont mené une autre vaste étude, baptisée EvastoCO2, pour évaluer cette fois les capacités de stockage permanent du CO2résiduel, « en structure fermée » dans les poches imperméables souterraines. Ce travail, effectué par un ensemble de partenaires – dont le BRGM, le bureau d’ingénieurs Akkodis, l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (Ifpen), le pôle de compétitivité Avenia, Teraga ou TotalEnergies – avec l’appui de l’Ademe, estime à 1,1 gigatonne le potentiel français, notamment sur la façade Atlantique et dans les bassins parisien, aquitain et lorrain. Ces réserves s’ajouteront à celles des aquifères salins, évaluées à 3,7 Gt.
Cependant, tous les espaces ne seront pas nécessairement économiquement exploitables, prévient le Gouvernement. Par ailleurs, rappelle-t-il, aucun permis de recherche n’a encore été délivré, aucun projet n’a débuté et un processus de concertation avec les parties prenantes devra préalablement être mis en place, « prévues par le code de l’environnement et le code minier ». En attendant, la France travaille dans le cadre européen et bilatéral pour faciliter l’accès aux stockages en mer du Nord et en Méditerranée.
La réalisation de cet inventaire répond également aux obligations de publication d’un atlas national sur les capacités potentielles de stockage géologique du CO2 du règlement européen Net Zero Industry Act (NZIA), publié en juin 2024. D’ici à la fin de cette semaine, une consultation sera lancée sur la politique nationale des ressources et des usages du sous-sol. De quoi poser « un cadre national sur la volonté de contribuer à la transition écologique au travers de la valorisation du sous-sol », souligne le ministère.