Les maires écologistes, élus en nombre en 2020, au défi des municipales de 2026
En 2020, les Verts ont surfé sur leurs bons scores aux européennes de 2019. Cinq ans plus tard, le contexte politique leur est beaucoup moins favorable, alors que l’écologie fait désormais l’unanimité à gauche.
Par Benoît Floc’hPublié aujourd’hui à 04h15, modifié à 19h21 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/02/16/les-maires-ecologistes-elus-en-nombre-en-2020-au-defi-des-municipales-de-2026_6548748_823448.html
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En 2020, ils avaient créé la surprise en s’imposant dans une dizaine de grandes villes. En 2026, lors des prochaines élections municipales, ce sera donc l’épreuve de vérité : les maires écologistes n’auront-ils été qu’une aventure sans lendemain ou prendront-ils racine dans la vie politique locale ? « L’enjeu, c’est de confirmer notre ancrage, c’est-à-dire d’obtenir des résultats électoraux clairs, nets, solides qui démontrent la satisfaction des électeurs vis-à-vis du bilan », confie Léonore Moncond’huy, maire (Les Ecologistes) de Poitiers.
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Les premiers pas des Verts n’étaient pas passés inaperçus, eux qui ont multiplié les déclarations urticantes. A Bordeaux, Pierre Hurmic a prévenu dès 2020 qu’il ne mettrait pas d’« arbres morts sur les places de la ville » pour Noël. Le Tour de France ? « Machiste et polluant », a balayé Grégory Doucet, à Lyon, la même année. En 2021, Mme Moncond’huy coupait les subventions de Poitiers aux aéroclubs de la ville, en estimant que « l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfant aujourd’hui ». Il n’en fallait pas plus pour que la presse se demande si « Khmers verts » et autres « écolos amish » n’étaient pas simplement « tous nuls », pour reprendre la une de Marianne au printemps 2021.
Dès l’entre-deux-tours, en 2020, se souvient le député écologiste européen David Cormand, « on a entendu des “Attention, s’ils sont élus, ce ne seront pas les tanks de l’Armée rouge, mais une armée de vélos et de trottinettes qui va débarquer en centre-ville et tuer le commerce” », relate l’ancien secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (l’ancien nom des Ecologistes) entre 2016 et 2019.
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Or, « beaucoup d’indicateurs montrent d’ores et déjà, dans les villes gagnées en 2020, que les choses se sont plutôt bien passées, poursuit-il. Les majorités municipales n’ont pas explosé ; les projets ne sont pas tombés à l’eau ; les maires ont une bonne image ». Et ne serait-ce que d’avoir été capable de passer des propositions à leur réalisation est en soi une bonne chose, considère-t-il, « pour un parti qui n’avait pas eu autant de grandes villes à gérer jusqu’à présent ». Bref, « l’écologie au pouvoir, ça marche. Il y a toujours de l’eau qui coule du robinet, plaisante M. Cormand, et elle est de meilleure qualité. Les bus continuent de rouler, et ils polluent moins ».
« Des élus de l’écologie politique »
Les écologistes ont évité un écueil, analyse Thierry Dominici, maître de conférences en science politique à l’université de Bordeaux : malgré les provocations du début, « ils n’ont pas opté pour une rupture relevant de l’écologie radicale ou du municipalisme libertaire, par exemple », explique le chercheur, estimant que, « en dépassant l’idéologie environnementaliste, ils sont devenus des élus de l’écologie politique. Bref, comme les régionalistes en Corse, en passant de l’opposition à la gestion, ils ont fait preuve de maturité. »

Sur les questions de sécurité, cependant, la mutation est douloureuse. Alors que l’actualité grenobloise est régulièrement marquée par des violences, souvent liées au narcotrafic, le maire, Eric Piolle, continue de penser que la sécurité dépend d’abord de la police nationale. Il reste méfiant vis-à-vis des caméras de vidéosurveillance et refuse d’armer ses policiers municipaux. « En tant qu’employeur », il considère que cela les exposerait « à des missions qui ne sont pas les leurs et à des risques que je ne suis pas prêt à prendre pour eux ». Il n’a pas recruté davantage de policiers municipaux.
« Sur la sécurité publique, les écologistes grenoblois ne se sont pas normalisés, et ce sera un problème pour des municipales », présume M. Dominici. S’il pense que « leurs réalisations écologiques sont validées », le maire (divers droite) de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, considère que « le point faible de leur bilan sera la sécurité, où leur idéologie a frappé, conduisant à des impasses par entêtement pour certains ou à de spectaculaires retournements pour d’autres ». Car, en effet, là aussi, les choses évoluent.
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A Bordeaux, le maire a finalement décidé d’armer une partie de sa police municipale à partir de l’été 2025. « La pratique du pouvoir, fort heureusement, nous fait évoluer », a déclaré M. Hurmic dans La Tribune Dimanche, début février. Dans cet entretien croisé, son homologue lyonnais insiste : « Ceux qui nous accusent d’angélisme sont totalement à côté de la plaque. » Et les deux élus de souligner l’augmentation du nombre de policiers municipaux et de caméras dans leurs villes.
« Ils ont perdu le monopole »
Des maires comme les autres, les écologistes ? La banalisation, ce n’est pas « un risque, c’est plutôt une opportunité. Ils y ont intérêt, estime Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondage Ipsos. La radicalité, la différenciation, ça a ses limites. Ils ont intérêt à s’inscrire dans le temps long. »
Et ce d’autant plus que le contexte des dernières élections a changé. En 2020, le scrutin avait été marqué par la crise sanitaire, dans ses modalités (le second tour avait été retardé de trois mois), mais aussi par les questions soulevées par la pandémie de Covid-19 : comment appréhender le « monde d’après » ? En outre, les municipales s’étaient déroulées dans la foulée des européennes de 2019, lors desquelles la liste Europe Ecologie-Les Verts était arrivée en troisième position, avec 13,48 % des voix. Un sommet, rappelle M. Teinturier. Aux municipales, poursuit-il, « ils avaient alors d’autant plus performé qu’ils avaient le vent dans les voiles. Aujourd’hui, on assiste à la poussée d’un discours antiécolo, antinormes… Les écologistes ont bien moins la cote ».

Aux européennes du 9 juin 2024, les écologistes n’ont rassemblé que 5,5 % des suffrages. Et le vote pour leur liste a perdu une dizaine de points depuis 2019 dans les grandes villes dirigées par les Verts. Electoralement, leurs scores sont « en dents de scie. Mais, aux européennes, ils ont toujours eu de bons résultats », constate Daniel Boy, directeur de recherche émérite au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Comment expliquer la contre-performance de 2024 ? A gauche, « ils ont perdu le monopole [de l’écologie], explique M. Boy. Jean-Luc Mélenchon a commencé à en parler de manière sérieuse, puis les socialistes. Il y a aujourd’hui une quasi-unanimité sur l’écologie et c’est un problème pour les Verts, qui étaient seuls sur cette question. »
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Pourtant, les Ecologistes savent qu’ils ne peuvent pas, de nouveau, rater le rendez-vous de 2026, ce qui affaiblirait leur candidat en 2027. Il existera en 2026 une « injonction unitaire forte à gauche, parce qu’on sera à un an de la présidentielle et qu’il faudra être forts face au risque de victoire de l’extrême droite », juge M. Cormand. D’autant que « le cavalier seul de La France insoumise [LFI] ne marche pas, relève le député européen. Et une union défensive sans LFI, ça ne marche pas non plus ». La municipale partielle de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), les 26 janvier et 2 février, l’a montré : LFI et les autres partis de gauche n’ont réussi à s’entendre ni avant ni après le premier tour, et leurs divisions ont joué un rôle dans l’échec de l’« insoumis » Louis Boyard.
« Restriction de l’espace politique »
Pas étonnant, dans ces conditions, que certains maires écologistes cherchent localement à se rapprocher de LFI. Anne Vignot, à Besançon, comme Mme Moncond’huy, à Poitiers, discutent avec les « insoumis ». « On ne peut pas se battre pour que le NFP [Nouveau Front populaire] existe au niveau national sans que cela se passe au niveau local », justifie la maire de Poitiers.
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La stratégie apparaît cependant incertaine. « En 2019, les écologistes ont réussi à séduire au centre, indique M. Teinturier. C’est moins le cas aujourd’hui. Dans le même temps, on observe une décrue à propos de LFI, perçue comme dangereuse pour la démocratie. Aux européennes, le rapport de force s’est rééquilibré en faveur du Parti socialiste. » Bref, pour le sondeur, la situation préélectorale des maires écologistes se résume ainsi : « Une restriction de l’espace politique potentiel et une alliance avec une force politique contestée : l’équation est plus difficile aujourd’hui qu’hier pour les écologistes. »
M. Teinturier pense donc que les maires écologistes ont « plutôt intérêt à jouer la carte locale » pour 2026. Et c’est bien ce qu’envisage Marine Tondelier : « Les municipales se gagnent ou se perdent localement. Le contexte national ne m’intéresse pas », lance la secrétaire nationale des Ecologistes.
Un peu tout de même : « On est concentrés sur l’objectif, reconnaît Mme Tondelier : faire basculer le maximum de villes. » Car, confirme M. Cormand, « [leur] approche, c’est la conquête plus que la défense, et ne pas s’endormir sur [leurs] lauriers ». Des grandes villes, comme Saint-Etienne ou Limoges, sont prenables, jauge-t-il, en conseillan

*Simon Persico, politiste : « Les maires écologistes ont des raisons d’être optimistes pour les municipales de 2026 »
Le chercheur de Sciences Po Grenoble a analysé l’action politique des dix principales municipalités écologistes du pays élues en 2020. A mi-mandat, elles avaient tenu une bonne partie de leurs engagements de campagne.
Propos recueillis par Benoît Floc’hPublié aujourd’hui à 17h00, modifié à 19h09 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/02/16/simon-persico-politiste-les-maires-ecologistes-ont-des-raisons-d-etre-optimistes-pour-les-municipales-de-2026_6549733_823448.html

Simon Persico est politiste et directeur de Sciences Po Grenoble. Membre du conseil de surveillance de la Fondation de l’Ecologie politique, il est l’un des chercheurs à l’origine d’une étude sur les promesses et les actions de grandes villes qui ont élu un maire écologiste en 2020.
Quel regard portez-vous sur les municipalités écologistes ?
Avec un collègue de Sciences Po Grenoble, Florent Gougou, et une équipe d’étudiants, nous avons analysé l’action politique des dix principales municipalités écologistes du pays, soit un cinquième des villes de plus de 80 000 habitants. L’étude, qui porte sur la période 2020-2023, a été publiée pour le compte de la Fondation de l’écologie politique et la Heinrich-Böll Stiftung [fondation politique allemande]. Les candidats écologistes avaient fait beaucoup de promesses pendant leur campagne : 2 910, dont 610 à Besançon ou 552 à Poitiers. Ils s’étaient montrés assez peu prudents : plus on fait de promesses, plus on prend le risque de ne pas en tenir.
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Pourtant, sur les 239 engagements que nous avons étudiés, dans des domaines aussi variés que les cantines scolaires, la sécurité, la nature en ville ou les mobilités douces, 31 % avaient été tenus et 41 % étaient en cours ou partiellement tenus à mi-mandat. Moins de 7 % d’entre eux n’avaient pas été mis en place.
Les maires Verts se sont-ils révélés des maires comme les autres ?
Plusieurs remarques. On parle de municipalités écologistes, mais il s’agit en réalité de coalitions de « gauche plurielle » dominées par les Verts. Et ils n’y sont pas systématiquement majoritaires, car la société civile est souvent très représentée. Ça change les choses, car ce ne sont pas les écologistes qui décident de tout ; cela implique une part de compromis. En outre, les mairies vertes ont évidemment eu tendance à actionner les leviers de la transition écologique, qu’il s’agisse de la place de la voiture en ville ou de l’alimentation des élèves, par exemple. Elles ne sont pas les seules : les villes de gauche, comme Paris, Nantes ou Rennes, le font aussi. Les Verts le font cependant plus, et plus vite que les autres.
Du point de vue de la pratique du pouvoir, on trouve également des éléments communs avec les métropoles que je viens de citer. Cependant, les écologistes ont adopté des méthodes innovantes de prise de décision démocratique. Cela relève certes aussi de la communication politique, mais marque une volonté d’exercer le pouvoir de manière plus ouverte et moins centralisée : moins de personnes encartées, expériences participatives… Ils ont aussi essayé de moins concentrer le pouvoir dans les mains du maire et de son cabinet. Ces efforts n’ont pas toujours été couronnés de succès.
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Les Verts ont également tenté de repenser toutes les politiques à l’aune de la « dette climatique », mais ils se sont heurtés à de nombreuses difficultés, comme l’inertie institutionnelle des collectivités. Ils ont rencontré des blocages et des lenteurs liées à d’autres institutions : préfectures, Etat ou les métropoles dont les villes écologistes font partie mais où elles ont rarement la majorité, à l’exception de Lyon.
Dans quelle position les maires écologistes abordent-ils les prochaines municipales ?
Ils ont des raisons d’être optimistes. Dans leurs villes, c’est le niveau de la gauche qui détermine leurs chances d’être réélus. Or, à une ou deux exceptions près, les villes qu’ils gouvernent restent favorables à la gauche. C’est un électorat où l’on observe une grande porosité : l’électeur vote pour le mieux placé.
Certes, les divisions s’exacerbent au sein de la gauche nationale. Mais ceux qui voudront s’opposer aux Verts devront être capables de monter une liste et surtout d’arriver devant au premier tour. Or, être maire sortant, c’est un atout pour rassembler. Surtout à l’issue d’un premier mandat, dans un scrutin où les sortants sont souvent reconduits et sans risque de vote sanction, puisqu’ils ne sont pas au pouvoir au niveau national.
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**Premiers pas et premières polémiques dans les nouvelles mairies écologistes
Végétalisation, transports, économie… les maires de Bordeaux, Lyon, Strasbourg ou Besançon veulent faire de leurs villes des laboratoires de l’écologie politique.
Par Abel Mestre, Nathalie Stey (Strasbourg, correspondance), Richard Schittly (Lyon, correspondant), Jean-Pierre Tenoux (Besançon, correspondant) et Claire Mayer (Bordeaux, correspondance)Publié le 16 septembre 2020 à 10h50, modifié le 17 septembre 2020 à 10h18 https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/09/16/premiers-pas-et-premieres-polemiques-dans-les-nouvelles-mairies-ecologistes_6052394_823448.html
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C’est peu de dire que leurs premiers pas ont été remarqués. Depuis plusieurs jours, les maires écologistes qui ont conquis des grandes villes – comme Bordeaux, Lyon, Strasbourg ou Besançon – lors des élections municipales en mars et juin ont suscité moqueries, réprobation, voire insultes… Ils auraient « une idée à la con par jour », a taclé la journaliste Isabelle Saporta sur RMC, vendredi 11 septembre. Pour d’autres, ils seraient des « rabat-joie » qui n’aiment pas ce qui est « populaire », mais aussi des « idéologues » menant une guerre « contre les traditions ».
Ce sont les sorties de Grégory Doucet et Pierre Hurmic, respectivement élus à la tête de Lyon et de Bordeaux, qui ont déclenché les polémiques. Le premier, en affirmant au Progrès que le Tour de France était « machiste et polluant », le second en annonçant la fin du sapin de Noël devant l’hôtel de ville de Bordeaux – un « arbre mort », selon lui.
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Des « erreurs de communication » pour les cadres d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), qui ne doivent pas, selon eux, occulter les premières mesures adoptées par leurs élus. Dans toutes les grandes villes, ces derniers ont, en effet, pris des décisions concernant aussi bien la végétalisation, l’économie locale que les transports publics ou encore la sécurité. Des premiers pas qui revêtent une importance particulière pour les Verts. Les stratèges d’EELV veulent faire de ces villes des laboratoires de l’écologie politique et prouver le nouveau statut qu’ils revendiquent : celui de parti de gouvernement.
- Végétaliser des villes trop « minérales »
C’est l’un des points forts des programmes des maires EELV : changer les villes trop « minérales » en favorisant des « forêts urbaines ». A Bordeaux, le nouveau maire veut « changer de méthode » sur cette question. Une étude des sous-sols et conditions de plantation d’arbres est actuellement menée sur plusieurs places de la ville, et plusieurs dizaines d’hectares boisés existants seront sanctuarisées. M. Hurmic a également annoncé la rédaction d’une « charte des droits de l’arbre ». A Lyon, ce sont les cours d’école qui seront végétalisées.
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En revanche, à Besançon, Anne Vignot est critiquée pour son manque d’action sur le sujet. La maire estime qu’il faut sérieusement étudier les sous-sols, notamment en raison des réseaux de gaz, d’électricité et d’eau, avant d’entreprendre des plantations d’envergure.
- Sur les transports, gratuité et pratique du vélo encouragée
L’effort est mis partout sur le développement de la pratique du vélo, avec la création de plusieurs dizaines de nouvelles pistes cyclables, la piétonnisation de plusieurs quartiers. A Lyon est prévue la création d’un réseau express de 450 kilomètres de pistes cyclables, en accord avec la métropole dirigée par l’écologiste Bruno Bernard.
De même, les 26 et 27 septembre, deux journées sans voiture d’une ampleur inédite sont prévues pour les centres-villes de l’agglomération lyonnaise : la quasi-totalité de la presqu’île de Lyon est concernée, de la place Carnot au boulevard de la Croix-Rousse, ainsi que plusieurs rues dans tous les autres arrondissements de la ville. Autre nouveauté : la ville de Villeurbanne (socialiste) s’associe à l’opération.
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A Strasbourg, Jeanne Barseghian a décidé la gratuité des transports pendant six samedis ainsi que lors des pics de pollution. Il s’agit pour Alain Jund, vice-président (EELV) de l’Eurométropole chargé des mobilités, « de donner un signal fort pour faire baisser l’usage de la voiture individuelle ». Une nouvelle étape, plus sociale cette fois-ci, sera franchie à l’automne avec la mise en place de la gratuité pour les moins de 18 ans et les jeunes de 18 à 25 ans, sous conditions de ressources.
- Etre présent sur la sécurité
C’est le sujet de la rentrée politique. La gauche en général et les écologistes en particulier sont régulièrement taxés « d’angélisme » à ce propos. Pas question pour eux de laisser le terrain au gouvernement ou à la droite et à l’extrême droite. L’accent est donc mis dans de nombreuses villes sur ce sujet.
A Besançon, Anne Vignot a voulu se montrer ferme et a ainsi présenté, avec le préfet, son dispositif sanitaire avec port du masque obligatoire dans tout le cœur de ville ; « une politique de contrôles forts » a été annoncée pour les bars incapables de faire régner la discipline sur leurs terrasses. Mme Vignot insiste également sur des sanctions accrues en cas de stationnement sauvage dans le centre historique.
Pierre Hurmic est également très attendu sur cette préoccupation majeure des Bordelais. Le maire a annoncé la création d’une brigade canine et d’une brigade VTT dans le centre-ville d’ici à la fin de l’année 2020. La brigade équestre devrait être rapatriée dans le centre-ville. M. Hurmic souhaite également l’installation à demeure d’une brigade CRS de 70 agents qui viendrait « en renfort des effectifs déjà présents ». En revanche, pas question pour le maire d’augmenter la vidéosurveillance. La nouvelle équipe laissera en l’état les 17 caméras prévues par le précédent maire (LR) Nicolas Florian.
- Mettre l’accent sur l’économie de proximité
Localisme, commerces de proximité, aides aux petites entreprises… les nouveaux élus écologistes mettent l’accent sur l’économie de proximité dans un contexte de crise économique. Ainsi, Mme Barseghian a-t-elle adopté plusieurs mesures en faveur des entreprises telles que des exonérations de loyer ou encore la recapitalisation de la société d’économie mixte chargée de proposer des locaux commerciaux aux TPE. L’essentiel de l’action économique est cependant aux mains de la métropole, qui a mobilisé un peu moins de 6 millions d’euros en soutien aux entreprises depuis le début de la crise. Un fonds de soutien supplémentaire de 1 million d’euros est en cours de constitution.
C’est également l’une des priorités de la préfecture de la Gironde. Pierre Hurmic a, dans ce sens, mis en place une cellule d’aide aux entreprises de moins de 10 salariés qui réunira la chambre de commerce et d’industrie Bordeaux Gironde, le Medef ou encore Pôle emploi. La ville prépare en parallèle sa candidature au dispositif Territoires zéro chômeur de longue durée pour accompagner les 8 000 demandeurs d’emploi concernés, et compte soutenir l’emploi dans le milieu associatif.
Abel Mestre, Nathalie Stey (Strasbourg, correspondance), Richard Schittly (Lyon, correspondant), Jean-Pierre Tenoux (Besançon, correspondant) et Claire Mayer (Bordeaux, correspondance)
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***A Besançon, Anne Vignot défend sa vision de la ville verte
Aménagement urbain et réduction de la place de la voiture, rénovation des écoles et des crèches sont autant de chantiers portés par la maire écologiste de Besançon, qui souhaite faire de la ville « un lieu où chacun a plaisir à vivre », tandis que les opposants dénoncent un « dogme de l’idéologie écolo qui l’emporte sur l’intérêt réel des gens ».
Par Jean-Pierre Tenoux (Besançon, correspondant)Publié aujourd’hui à 17h00, modifié à 19h13
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Quand on pose, à Besançon, la question de savoir ce qu’a apporté à cette ville de 120 000 habitants sa maire (Les Ecologistes) Anne Vignot, élue en 2020, la réponse la plus fréquente est : « La rénovation des écoles et des crèches. » En portant de 35 à 45 millions d’euros la part de l’investissement dans le budget annuel, l’édile s’était engagée à consacrer les 10 millions supplémentaires à cette politique. Chefs de file des oppositions, Ludovic Fagaut (Les Républicains) et Laurent Croizier (MoDem, député du Doubs) l’admettent mais relativisent. « Le retard accumulé au cours des anciens mandats était tel que tout maire, de n’importe quelle tendance, aurait lancé ce chantier », note M. Croizier, professeur des écoles de métier. « Mme Vignot transforme une nécessité en totem personnel », ajoute M. Fagaut, principal de collège.
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Ces critiques n’affectent guère la maire et présidente de Grand Besançon Métropole. « Ecoles et crèches, c’est un plan de 80 millions sur sept ans, une grande promesse de ma campagne », réplique-t-elle. Ce plan est adapté aux enjeux climatiques, sociaux et à la volonté de Mme Vignot de faire de sa ville « un lieu où chacun a plaisir à vivre ». M. Fagaut peut fustiger « ses cours d’école dégenrées qui n’améliorent pas la vie des Bisontins », la première magistrate de Besançon, ingénieure de recherche au CNRS et adhérente au parti Les Ecologistes depuis 2010, n’en démordra pas, forte de « bonnes remontées d’enseignants et de parents ».
La « valeur ajoutée verte » qu’elle revendique vaut pour bien d’autres sujets. « Nos soixante-trois écoles, je les veux ouvertes à la parentalité, aux familles, à la solidarité, qu’elles soient des centres de vie des quartiers. » Sa version « cocooning » de la cité, Mme Vignot l’érige en « vraie philosophie » de gestion. « Je ne suis pas en quête de symboles, je veux instaurer un système qui mette à égalité tous les enjeux et secteurs du territoire ; c’est une approche d’ensemble cohérente et pas une politique de petits bouts », assène-t-elle.
« Les sachants face aux ignares »
La maire aime rappeler ses objectifs : aménagement de pistes cyclables en réduisant au maximum l’usage de la voiture, transformation de l’espace public pour favoriser la mixité sociale, les échanges intergénérationnels, les mobilités douces et le bien-être, mise en chantier du plus long réseau de chaleur décarboné de France, végétalisation des surfaces minérales en vogue autrefois, garanties éthiques exigées des banques avant de contracter. Sa réhabilitation de la place du Jura en est l’illustration. Mme Vignot y a supprimé les places de stationnement, en a remodelé l’accès et la nature du sol ; l’ajout d’arbres, de plantes et de bancs lui a donné l’apparence d’une placette de village.
Certains y jouent désormais à la pétanque et on y mange en terrasse. Si des commerçants et riverains y trouvent leur compte, d’autres restent mécontents de cette « chasse à l’automobiliste » et d’une « absence de concertation sincère »qu’ils dénoncent. « Le dogme de l’idéologie écolo l’emporte sur l’intérêt réel des gens, considère M. Fagaut. On va de leurre en leurre, on consulte ou on fait semblant, ils sont les sachants face aux ignares. Et d’ailleurs, en quoi prôner sans cesse un féminisme exacerbé facilite-t-il la vie bisontine ? Les élues de mon groupe elles-mêmes trouvent que c’est trop. »
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La place des femmes dans l’espace public, depuis l’élection de Mme Vignot, est sujette à polémiques. Certes, nul ne conteste les aménagements urbains qui rééquilibrent les usages en fonction des besoins. Le projet d’une Maison des femmes pour l’égalité, un site d’accueil pluridisciplinaire financé par un emprunt citoyen, fait peu débat. Ce qui fâche, en ce début d’année, ce sont les nouvelles statues commandées pour compenser « l’omniprésence masculine » en matière de représentation dans les rues. Après Henriette de Crans, la première femme brûlée vive pour sorcellerie à Besançon, inaugurée en 2021, puis l’écrivaine Colette, en 2023, c’est la féministe Jenny d’Héricourt qui fera bientôt face à Pierre-Joseph Proudhon, son collègue certes talentueux mais « misogyne », selon la maire écologiste. Cette fois, le député Croizier a écrit au préfet du Doubs pour qu’il contrôle la légalité de l’appel d’offres de l’œuvre.
Discussions
En 2026, élection oblige, c’est le thème de la sécurité, sur fond de règlements de comptes parfois sanglants qui s’imposera à la maire, qui sera candidate à un deuxième mandat. Mme Vignot refuse les armes létales à sa police municipale, « car c’est au régalien de combattre le narcotrafic ». Elle restreint le nombre de caméras de vidéoprotection, qu’elle estime « suffisant », alors que les élus de droite voudraient en étendre le parc.
Au Parti socialiste, quelques-uns expriment des doutes et jugent que tout devrait être débattu sans fausse pudeur. C’est le cas de Nicolas Bodin, ancien premier secrétaire fédéral du Doubs, deuxième vice-président de la communauté urbaine, en désaccord récurrent avec Mme Vignot sur les infrastructures et l’économie. A l’opposé, Séverine Véziès, cheffe de file de La France insoumise, formation absente de l’actuelle coalition majoritaire, a entamé des discussions avec Mme Vignot qui la satisfont. « Nous pouvons nous retrouver sur les questions sociales et l’écologie populaire, des choses positives sont faites à Besançon et nous sommes, à gauche, les plus proches des écologistes », glisse Mme Véziès. « On aurait aimé être prévenus en amont de cette initiative de la maire… », remarque M. Bodin.
Jean-Pierre Tenoux (Besançon, correspondant)
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****Municipales 2026 : à Grenoble, l’enjeu du passage de relais pour les écologistes
Grenoble est la seule grande ville à avoir connu deux mandats d’un maire écologiste. Eric Piolle ne se représentant pas, le défi de la passation est d’autant plus important pour l’édile écologiste, qui y puisera sa crédibilité pour les ambitions nationales qu’il continue de nourrir, malgré sa défaite à la primaire de son parti, en 2021.
Par Raphaëlle Lavorel (Grenoble, correspondance)Publié aujourd’hui à 14h00, modifié à 19h17 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/02/16/municipales-2026-a-grenoble-l-enjeu-du-passage-de-relais-pour-les-ecologistes_6549464_823448.html
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« Nous sommes des pionniers, nous avons inventé quelque chose de nouveau et les Grenoblois nous ont entendus ! » Le soir du 4 avril 2014, Eric Piolle exulte. Il vient de gagner la mairie de Grenoble face à Jérôme Safar, héritier du socialiste Michel Destot, qui a dirigé la ville pendant trois mandats (1995-2014). M. Piolle devient le premier maire écologiste d’une ville de plus de 100 000 habitants. Près de onze ans et deux mandats plus tard, celui qui ne se représentera pas en 2026 reprend, en clin d’œil : « On espère rester pionniers dans le passage de relais. » Avec une métaphore sportive toute trouvée : « Pour bien passer le relais, il faut courir vite et ne pas se tromper de couloir ! »
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En 2014, pour l’emporter face aux socialistes sortants, l’ancien ingénieur s’était uni à une grande partie des forces de la gauche locale, ainsi qu’à un vivier associatif anciennement allié à Michel Destot. Le futur candidat avait été « repéré » par des militants historiques au conseil régional, puis poussé localement. Une formule qui fonctionne encore en 2020, avec l’élargissement de la liste à des transfuges socialistes, des communistes, au parti Génération.s, et un renouvellement d’une partie des membres de la société civile.
Malgré une participation pénalisée par la crise sanitaire, M. Piolle gagne des voix par rapport à 2014. Alors qu’arrive en deuxième position, avec moitié moins de votes, Alain Carignon. Pour la liste « verte-rouge », c’est l’adversaire idéal. L’ancien maire de droite (RPR), à la tête de la ville entre 1983 et 1995, a été condamné à de la prison ferme dans les années 1990 pour corruption et ambitionne de reprendre la mairie. « On a joué sur la crainte de son retour », reconnaît Clément Beaufort, artisan de la deuxième campagne de M. Piolle, tout en considérant que la réélection de ce dernier « était acquise ».
Affaires judiciaires
Le premier mandat du maire écologiste a été marqué par des coups d’éclat, symboles d’un nouveau style politique. Dans les premiers mois de son mandat, M. Piolle prend une mesure inédite en interdisant la publicité dans l’espace public. Dans les années qui suivent, à la faveur des bonnes relations avec la métropole, dirigée par l’ex-socialiste Christophe Ferrari (divers gauche), la ville innove encore en généralisant la limitation de vitesse à 30 km/h. Elle voit aussi se dérouler les « autoroutes à vélos », expression un brin provocatrice désignant de longues pistes cyclables structurantes dans Grenoble et son agglomération.
Mais les deux mandats de M. Piolle sont aussi marqués par des mesures clivantes et des affaires judiciaires, engendrant parfois des polémiques au-delà des frontières grenobloises. Coupes dans les subventions culturelles, menus végétariens dans les cantines, végétalisation et « dégenrage » des cours d’école, règlement des piscines et autorisation du port du burkini (ensuite retoquée par le Conseil d’Etat), piétonnisation du centre-ville et des abords des écoles, hausse de 25 % de la taxe foncière. Par ailleurs, l’édile a été condamné en 2023 à une amende avec sursis pour « favoritisme » dans l’attribution d’un marché en 2015. Il est aussi actuellement sous le coup d’une enquête ouverte pour « concussion » et « recel » de ce délit, qui le concerne lui et son ancienne première adjointe, l’actuelle députée « insoumise » de l’Isère Elisa Martin.
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M. Piolle est aussi régulièrement interpellé sur la sécurité dans la ville, marquée par les guerres entre bandes rivales de narcotrafiquants. Souvent taxé de laxisme, M. Piolle milite pour la légalisation du cannabis et renvoie la responsabilité de la sécurité à l’Etat, compétent pour la prévention de la criminalité et de la délinquance. Un nouvel épisode, une attaque à la grenade dans un bar situé dans un quartier sensible de Grenoble, qui pourrait être liée aux « guerres de gangs », mercredi 12 février, a remis le sujet sur la table – M. Piolle a appelé le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, à donner des « réponses ». En octobre 2024, ce dernier avait accusé, sur France Inter, le maire de la ville de tenir un « discours antisécuritaire ». Eric Piolle s’est toujours refusé, contrairement à son homologue de Bordeaux, à armer sa police municipale. Il s’oppose aussi au déploiement des caméras de vidéosurveillance, arguant que leur efficacité n’est pas démontrée. « Lilian Dejean [un agent municipal tué par balle en septembre 2024] a été abattu sous les caméras », rappelle-t-il.
Un trio de femmes
Certains de ces épisodes ont poussé des soutiens de la première heure de M. Piolle à lui tourner le dos. Dans son équipe municipale, plusieurs élus se sont vu retirer leur délégation ou ont claqué la porte, après des désaccords sur les positions adoptées par le maire écologiste et sa majorité. Des tensions sont aussi apparues, progressivement, avec le président de Grenoble-Alpes Métropole, Christophe Ferrari. La rupture est définitivement consommée lorsque Eric Piolle, tout juste réélu maire en 2020, tente de positionner l’un de ses proches à la présidence face à son allié du premier mandat.
L’épisode accentue encore un peu plus les inimitiés historiques entre les socialistes et les écologistes locaux ; mais, à un an des élections municipales de 2026, et alors que rien n’est encore décidé par les différentes forces de gauche, des voix s’élèvent pour éviter la division, face à un Alain Carignon qui a laissé entendre qu’il pourrait de nouveau se présenter. « Il va falloir tourner la page, mettre son ego de côté. A chaque fois qu’on se clive, cela fait le jeu de la droite », alerte Maxence Alloto (Place publique), ancien adjoint de M. Piolle qui avait fait partie des élus « purgés », après un désaccord sur la hausse de la taxe foncière, en 2023.
Pour 2026, un trio de femmes a été désigné par Les Ecologistes pour porter la campagne : Laurence Ruffin, sœur du député (ex-La France insoumise) de la Somme François Ruffin, à la tête d’une société coopérative et participative dans la banlieue grenobloise, et deux adjointes de M. Piolle, Lucille Lheureux et Margot Belair. Avec l’idée que « l’une d’elles devienne tête de liste », précise Ali Karakiprik, cosecrétaire Les Ecologistes Rhône-Alpes. L’enjeu de la passation sera fort pour Eric Piolle, qui y puisera sa crédibilité pour les ambitions nationales qu’il continue de nourrir, malgré sa défaite à la primaire des écologistes en 2021.