L’Unité de Soins Palliatifs d’Houdan, depuis plusieurs années en sursis, a fini par fermer en février 2024 après le départ de sa dernière cheffe de service, la docteure Estelle Destrée.

Houdan, symbole des difficultés des unités de soins palliatifs

En sursis depuis plusieurs années, l’unité a fermé en février 2024, illustrant la pénurie de médecins et de soignants. Le film « Le Dernier Souffle », de Costa-Gavras, qui sort mercredi 12 février, rend hommage à ses soignants. 

Par Béatrice JérômePublié le 10 février 2025 à 10h25, modifié le 10 février 2025 à 15h31

Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/02/10/houdan-symbole-des-difficultes-des-unites-de-soins-palliatifs_6539998_3224.html

Le réalisateur Costa-Gavras et le docteur Claude Grange, à Boutigny-Prouais (Eure-et-Loir), au domicile de l’écrivain Régis Debray, le 27 décembre 2024.
Le réalisateur Costa-Gavras et le docteur Claude Grange, à Boutigny-Prouais (Eure-et-Loir), au domicile de l’écrivain Régis Debray, le 27 décembre 2024.  BRUNO LEVY POUR « LE MONDE »

Portes closes. Costa-Gavras n’a pu poser sa caméra à l’unité de soins palliatifs (USP) de l’hôpital de Houdan (Yvelines) pour y tourner son film Le Dernier Souffle, qui sort en salle mercredi 12 février. Refus ferme de la direction de l’établissement. Le long-métrage rend hommage aux soignants de cette USP qui accompagnent les malades en fin de vie. Toutes les histoires portées à l’écran par le cinéaste sont inspirées du livre co-écrit par le fondateur de l’USP, le docteur Claude Grange et l’écrivain Régis Debray (Le Dernier Souffle, Gallimard, 2023).

C’est que l’USP d’Houdan, depuis plusieurs années en sursis, a fini par fermer en février 2024 après le départ de sa dernière cheffe de service, la docteure Estelle Destrée. Depuis, les promesses des acteurs politiques et des tutelles de la réouvrir s’amoncellent. En vain. Elle est aujourd’hui un service fantôme. Ses dix chambres sont plongées dans le noir. Leurs volets blancs sont tirés.

Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, s’était engagé, en mars 2024, à faire du développement des soins palliatifs la condition préalable à la légalisation d’une aide à mourir (euthanasie ou suicide assisté) sous conditions pour les malades en fin de vie.

« Contre-exemple »

L’engagement présidentiel a certes donné lieu au dévoilement, au printemps 2024, d’un « plan stratégique » pour le développement des soins palliatifs de plus de 1 milliard sur dix ans. Les 100 premiers millions d’euros figurent dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025. Mais la volonté affichée d’aller à marche forcée vers une meilleure couverture des besoins se heurte à une réalité brutale : la pénurie de médecins et de soignants.

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La fin de l’USP d’Houdan en est l’illustration. « Houdan est un contre-exemple que nous nous dépêchons d’effacer, car notre volonté, bien évidemment, est d’équiper le pays d’unités de soins palliatifs », affirmait, le 27 mars 2024 au Sénat, Catherine Vautrin, alors ministre du travail, de la santé et des solidarités du gouvernement de Gabriel Attal. « Un médecin sera nommé en avril et sera secondé dès le mois de septembre », avait-elle promis.

Un engagement de bonne foi. Un médecin était alors effectivement sur les rangs. Les discussions entre l’hôpital et le praticien étaient engagées quand un autre établissement de santé d’Ile-de-France lui a proposé une rémunération plus élevée. Il a fait savoir qu’il retirait sa candidature à Houdan.

La direction de l’hôpital redouble aujourd’hui d’effort pour convaincre de sa détermination à « être en capacité de rouvrir l’unité en recrutant des médecins ». « C’est l’une de mes priorités », déclare dans L’Echo républicain du 4 février Jérôme Sontag, le nouveau directeur de l’hôpital d’Houdan, Rambouillet et Chevreuse. « On a pris le sujet à bras-le-corps. »

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Fondateur de l’USP en 1999, le docteur Claude Grange l’a dirigée jusqu’en 2015 avant de prendre sa retraite. Puis, il a dû reprendre la blouse à deux reprises pour épauler l’équipe et éviter qu’elle ne se disperse. En vain. « Tous les moyens sont-ils mis en œuvre par la direction de l’hôpital pour réouvrir l’USP ? », s’interroge-t-il. Même question de la part de Lucas Le Hetet, secrétaire général Force ouvrière à l’hôpital d’Houdan. Pour le syndicaliste, la direction de l’hôpital devrait faire davantage savoir qu’elle recherche un ou plusieurs médecins.

« Perte de chance »

Aucun doute pour la communauté médicale des soins palliatifs des Yvelines : la disparition de l’USP crée « un gros trou » dans la capacité d’accueil des malades qui requièrent une prise en charge à l’hôpital.

« La fermeture de l’USP d’Houdan est un crève-cœur, déplore le docteur Gilles Branche, responsable l’équipe mobile de soins palliatifs de Meulan-Les Mureaux (Yvelines). C’était une référence pour les acteurs en soins palliatifs du département et des environs. Mais c’est surtout une perte de chance pour nos patients. »

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Le manque de places en USP dans le nord du département est devenu « criant », insiste-t-il. La solution de repli est certes le maintien des malades chez eux avec l’hospitalisation à domicile. Mais cette solution n’est pas adaptée aux « patients neurologiques lourds », poursuit-ilni aux personnes qui ne peuvent compter sur un proche valide pour veiller sur elles.

Si l’équipe mobile de soins palliatifs à l’hôpital d’Houdan a été maintenue, elle ne supplée pas la fermeture de l’USP, souligne le docteur Bruno Thubert. A la tête de l’équipe mobile de soins palliatifs de l’hôpital de Rambouillet, il s’est porté volontaire pour chapeauter également celle d’Houdan. Une solution qui ne peut qu’être transitoire, selon lui. L’USP d’Houdan est la quatrième à fermer en Ile-de-France depuis 2020.

Avant elle, celle de Meulan-Les Mureaux (Yvelines), de Mareuil-lès-Meaux (Seine-et-Marne) et de Briis-sous-Forges, (Essonne) ont également cessé leurs activités faute de soignants.

Sollicité sur le sort de l’USP d’Houdan, le cabinet de Mme Vautrin, désormais ministre du travail, de la santé, des solidarités de François Bayrou, se garde de tout engagement sur une réouverture. En revanche, son entourage prend soin d’indiquer que « dans les départements qui n’en disposaient pas fin 2023, 15 USP devraient ouvrir courant 2025 ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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