Politique06/02/2025 13:47 Actualisé le 06/02/2025 17:27
Le NFP est-il mort après la motion de censure ? Il n’est en tout cas pas ce que LFI fait de lui
Alors que LFI donne au NFP des airs de parti aligné sur son programme, la coalition née en juin répondait à une autre logique. Les autres partis de gauche la partagent encore.
Par Romain Herreros

LUDOVIC MARIN / AFP
Olivier Faure (PS) et Manuel Bompard (LFI) photographiés ensemble le 12 octobre 2023 à l’Élysée (illustration)
POLITIQUE – Les détails, parfois, disent plus que le reste. Prenons l’inscription à l’Assemblée des quatre groupes politiques composant le Nouveau Front populaire. Un seul fait apparaître la mention « NFP » dans son nom : celui de la France insoumise. Car si Jean-Luc Mélenchon déteste les « soupes de logos », il adore les marques fédératrices sous lesquelles chaque composante de la gauche peut se ranger. Surtout lorsque c’est derrière la France insoumise. Il en était d’ailleurs de même du temps de la NUPES.
Raison pour laquelle l’insoumis en chef, ni député, ni (officiellement) chef de parti, s’octroie le droit d’excommunier le Parti socialiste du Nouveau Front populaire. Car, dans son esprit, le NFP ne peut et ne doit agir d’un bloc, sur la base exclusive du programme « de rupture » commun décidé l’été dernier et rédigé en terrain insoumis.
Le NFP vendu comme un parti
Comme si les conditions de sa naissance (l’union urgente contre l’extrême droite) étaient secondaires. Comme si la coalition électorale, qui ambitionne dans son préambule de réunir « des femmes et des hommes issus d’organisations politiques, syndicales, associatives et citoyennes » était uniquement centrée sur ce qui se joue au Palais Bourbon. Comme si le NFP, doté d’une identité visuelle forte et d’une marque solide sur le plan médiatique, devait agir comme un parti, et non en prolongement d’un accord électoral.
Aurélien Le Coq, député LFI du Nord, ne dit pas autre chose dans les colonnes du Parisien. « Qu’il y ait les socialistes ou pas, pour nous la stratégie ne change pas : c’est l’union populaire », assume-t-il, en référence au nom de la campagne menée par Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022. Et c’est sur ce point précis que la France insoumise et les autres composantes du NFP se livrent une bataille de récit.
Car, du PS aux écologistes en passant par les communistes, il est évident que l’union de la gauche, même sur la base d’un programme de gouvernement, n’implique pas un alignement disciplinaire ni quelconque loyauté à l’égard de la stratégie des insoumis. C’est bien pour cette raison que chaque parti conserve son propre groupe à l’Assemblée nationale, avec le souvenir tenace de la tentative d’OPA menée par Jean-Luc Mélenchon en 2022, qui poussait pour la constitution d’un grand groupe unique de la Nupes (déjà placée sous la domination numérique de LFI).
Ceci pris en compte, le Parti socialiste a toute la liberté de ne pas censurer le gouvernement, s’il considère que la dotation d’un budget est plus urgente qu’une chute de l’exécutif. À l’inverse, LFI peut tout à fait réclamer la destitution d’Emmanuel Macron, qui n’était pourtant pas au programme du NFP. Cette liberté d’appréciation laissée aux différentes forces de la coalition avait déjà été observée à la fin du mois d’août, lorsque le mouvement insoumis se disait prêt à renoncer de compter dans un gouvernement, si sa représentation constituait un obstacle à la nomination de Lucie Castets à Matignon.
En revanche, si l’on se réfère au strict respect de ce même programme signé au mois de juin, c’est plutôt LFI qui se met à défaut, puisqu’il est écrit noir sur blanc : « Nos parlementaires s’engagent à porter ces principes éthiques tout au long de la mandature en refusant la diffusion de fausses informations, la calomnie, le cyberharcèlement, et les incitations à la haine, y compris sur internet. » Ce qui ne saute pas aux yeux au regard de la communication agressive de LFI à l’endroit du Parti socialiste.
« Turbulences »
« Le NFP, c’est quoi ? Il n’y a pas d’instances démocratiques, de structures pour trancher les conflits, de lieux pour que les militants s’expriment… », observe dans Libération le député écolo, Jérémie Iordanoff, jugeant « insupportable » la « pression » exercée par les insoumis sur les autres partis de gauche. Car ces derniers, qui ont voté la censure à l’inverse des socialistes, sont bien conscients de la récupération dont ils font l’objet dans la communication insoumise.
D’où une récusation ferme des oukases prononcés par la garde mélenchoniste. « Les désaccords stratégiques ne sauraient se transformer en détestation au risque de nous entraîner dans des turbulences bien plus graves. L’obsession de l’élection présidentielle, anticipée ou à échéance de 2027, est paralysante », a réagi dans une tribune à Mediapart le groupe écologiste à l’Assemblée nationale, en remettant directement en cause la stratégie de LFI, qui mise sur un départ précipité du chef de l’État en vue d’une quatrième campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.
Derrière cette agitation, c’est l’hégémonie sur la gauche qui est en jeu. Avec, en ligne de mire, l’élection présidentielle, dont il n’est nullement question dans le programme du NFP. Dans cette compétition anticipée, il est hors de question pour LFI de laisser le Parti socialiste exister politiquement, si ce n’est à travers le rôle du traître à la coalition. Comme il est impossible pour le PS (et les autres partis de gauche) de laisser Jean-Luc Mélenchon revenir au premier plan, dans un contexte où les dernièrs résultats électoraux ne jouent pas en la faveur de la stratégie insoumise.
Une tentation de confrontation contre laquelle s’élève Lucie Castets, unique incarnation tangible du NFP. « Dans un contexte de réaction extrêmement forte, d’une telle poussée des idées d’extrême droite, nous devons être responsables », prévient-elle dans Libération. Militante de l’union de la gauche, Marine Tondelier s’est alarmée, elle aussi, sur BFMTV. « Le Nouveau Front populaire, si on l’étrique, si on enlève des gens, on perd, on condamne la France », a prévenu l’élue d’Hénin-Beaumont, qui n’envisage ni la fin de la coalition, ni l’exclusion du Parti socialiste.
Preuve s’il en est que « l’interruption » décrétée par LFI existe surtout dans le monde insoumis, quasi exclusivement tourné vers la présidentielle. Même si, d’évidence, une nouvelle dissolution ressussitant le péril d’un gouvernement RN devrait faire converger la gauche vers l’essentiel. Mais comme nous n’y sommes pas encore, d’aucuns à gauche actent la mort du NFP, pour mieux accuser le voisin de l’avoir tué. Paradoxalement, le scénario ravit leurs adversaires du RN et du bloc central, heureux de participer aux funérailles.
Politique06/02/2025 06:45 Actualisé le 06/02/2025 08:14
Associé au RN sur cette affiche LFI, le PS s’insurge et Olivier Faure demande des excuses
LFI a publié un visuel sur X (ex-Twitter) sur lequel apparaissent au même niveau Marine Le Pen et Olivier Faure, suscitant la fureur des socialistes. Le montage a ensuite été retiré.
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06/02/2025 06:45 Actualisé le 06/02/2025 08:14

CAPTURE D’ÉCRAN TWEET OLIVIER FAURE
Après le refus des socialistes de censurer le Premier ministre François Bayrou, La France insoumise a publié une affiche sur X (ex-Twitter) sur laquelle apparaît Marine Le Pen et Olivier Faure au même niveau.
POLITIQUE – Marine Le Pen et Olivier Faure affichés sur le même plan. Après le refus des socialistes de censurer le Premier ministre François Bayrou, qui a survécu mercredi 5 février à deux motions de censure, La France insoumise a publié une affiche sur X (ex-Twitter) sur laquelle apparaît le premier secrétaire du Parti socialiste aux côtés de la présidente du Rassemblement national à l’Assemblée. Il est également écrit sur ce montage, en lettres capitales et sur fond rouge, « les nouvelles alliances ».
Motions de censure : après l’échec, LFI met le RN et le PS dans le même sac
Une source au sein de LFI a déclaré à BFMTV que ce visuel « non validé a été posté par erreur ». Même si le montage a été retiré rapidement, il a suscité la colère d’une partie de la gauche, tandis que certains élus Insoumis ont continué à dénoncer la « trahison » des socialistes.
Un « amalgame puant »
Le premier à réagir a été le principal concerné : Olivier Faure. Repartageant sur son compte X le visuel, que vous pouvez voir ci-dessous, il a écrit : « Viendra sans doute le moment des excuses. »
Sous sa publication, le socialiste a reçu beaucoup de soutien des membres de son parti. « Ce type de communication est irrespectueuse et honteuse. Les excuses sont un minimum et bien insuffisantes », a dénoncé Thierry Sother, premier secrétaire du Parti Socialiste du Bas-Rhin. Le député PS de la Loire Pierrick Courbon a lui estimé qu’« aucun désaccord stratégique, aucune divergence tactique ne saurait excuser un tel amalgame puant (…) »
Cette affiche a aussi outré Alexis Corbière, ex-membre de LFI, qui fustige : « Jamais depuis 1945, même lors des pires renoncements du PS, pendant la guerre d’Algérie et Guy Mollet, et beaucoup d’autres sombres moments, jamais une organisation de gauche n’a fabriqué un visuel mettant sur le même plan un fasciste et le chef du PS ». Sur la même ligne, la députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain, elle aussi ex-LFI, dénonce : « Mettre sur le même plan graphique, symbolique, et donc politique, le PS et l’extrême droite, c’est une faute morale. »
« Ce visuel acte une évidence : il n’y aura plus jamais d’alliance entre le PS et LFI », conclut le socialiste Jérôme Guedj, qui a rompu avec LFI après les attaques du 7 octobre en Israël.
Une affiche qui « fend le cœur » de Tondelier
La secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier a, elle, déclaré que cette affiche « (lui) fend le cœur, comme je pense plein d’électeurs qui ont voté pour le Nouveau Front populaire », lors d’une interview pour BFMTV.
A contrario, certains Insoumis se sont montrés virulents et offensifs sous la publication d’Olivier Faure, à l’instar de Danièle Obono qui a répondu à son tweet réclamant des excuses par une réponse laconique : « il va attendre longtemps ». Pour sa part, la députée LFI Sarah Legrain a jugé : « Quand on vient de sauver Bayrou Macron et Retailleau et d’arranger les affaires du RN on ne se risque pas à demander des excuses pour un visuel. Ou c’est être terriblement autocentré et déconnecté des préoccupations des gens. »
Après l’échec de la censure du gouvernement Bayrou, LFI avait annoncé « l’interruption par le Parti socialiste du Nouveau Front populaire ». « En refusant de censurer le gouvernement de François Bayrou, le Parti socialiste et le Rassemblement National viennent d’accepter un budget pire que celui de Michel Barnier, le budget le plus anti-social et anti-écologique depuis 25 ans », avait encore accusé LFI dans un communiqué, plaçant dès lors le PS et le RN dans le même panier.