Un nombre très conséquent de pathologies graves, de type cancer, asthme, diabète ou AVC, pourrait être évité en améliorant la qualité de l’air en Ile-de-France

Île-de-France : la pollution de l’air provoque et aggrave des milliers de maladies chroniques

Airparif a évalué l’impact de la qualité de l’air sur la santé des Franciliens. Un nombre très conséquent de pathologies graves, de type cancer, asthme, diabète ou AVC, pourrait être évité en améliorant la situation dans ce domaine.

Risques  |  06.02.2025  https://www.actu-environnement.com/ae/news/evaluation-pathologies-pollution-air-region-parisienne-Airparif-45544.php4

|  N. Gorbatko

Île-de-France : la pollution de l'air provoque et aggrave des milliers de maladies chroniques

© barmaliniLe trafic routier est en partie responsable des émissions polluantes responsables des maladies chroniques des Franciliens.

Asthme, AVC, cancer du poumon ou encore infarctus : de nombreuses pathologies pourraient être évitées en abaissant fortement les concentrations de polluants de l’air, au niveau des seuils recommandés par l’OMS : 5 μg/m³ pour les particules fines PM2,5, 10 µg/m³ pour le dioxyde d’azote (NO2) et 15 µg/m³ pour les PM10. Si l’organisme de surveillance de la qualité de l’air Airparif et l’Observatoire régional de santé-Île-de-France (ORS-IDF) avaient déjà estimé le nombre des décès prématurés provoqués chaque année en Île-de-France par la mauvaise qualité de l’air, leurs chercheurs n’avaient pas encore évalué les impacts de cette exposition par type de maladie.

C’est désormais chose faite (1) . En collaboration avec Santé publique France et Aix-Marseille School of Economics (CNRS), dans le cadre du projet Emapec (2)de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les deux organismes ont comparé les cas de maladie ou de décès attribuables à la pollution, les concentrations ambiantes des polluants de l’air et la population exposée à ces éléments. Pour la période 2017 à 2019, l’exposition moyenne annuelle des habitants aux PM2,5 a été de 11,8 μg/m3, avec des variations comprises entre 9,6 μg/ m3 en grande couronne et 13,7 μg/m3 à Paris. En 2019, l’exposition au NO2 était de 25,2 μg/m3, avec des variations comprises entre 11,2 μg/m3 en grande couronne et 33,3 μg/m3 à Paris.

Des dizaines de milliers de malades concernés

Outre l’aggravation des maladies chroniques existantes, ils ont comptabilisé 16 590 nouveaux cas d’hypertension artérielle, 6 900 cas d’asthme chez les enfants (près d’un cas nouveau sur cinq) et 2 720 chez les adultes, 2 710 broncho-pneumopathies chroniques obstructives (BPCO), 2 360 cas de diabète de type 2, 1 750 infections aiguës des voies respiratoires inférieures chez les enfants, 1 360 AVC, 920 infarctus et 590 cancers du poumon. L’absence de données sanitaires disponibles ou leur insuffisance n’ont pas permis aux scientifiques d’étendre cette recherche à d’autres maladies, du système neurologique notamment, comme la démence ou les troubles du spectre autistique.

À l’origine de ces pollutions : le trafic routier, mais aussi le chauffage au bois pour les particules fines et le chauffage au gaz pour le dioxyde d’azote. La qualité de l’atmosphère s’est nettement améliorée ces vingt dernières années en région parisienne, grâce à une division par deux (- 55 %) des concentrations moyennes de particules fines et de dioxyde d’azote. La poursuite des efforts permettrait d’espérer avoir réduit de moitié l’apparition de nouveaux cas d’asthme en 2030 et de 10 % environ l’émergence d’autres maladies, notamment cardiovasculaires.

Plus d’ambition à mettre en œuvre

Toutefois, les seuils recommandés par l’OMS pour ces deux polluants seront dépassés sur l’ensemble du territoire et le resteront encore à moyen terme si les acteurs publics se contentent des mesures prévues par le plan de protection de l’atmosphère (PPA) revu en 2024. Atteindre les valeurs limites de l’OMS supposerait une baisse supplémentaire de 80 % des émissions d’oxydes d’azote du trafic routier : grâce à la suppression des émissions des véhicules Diesel restant en 2030 et aux reports vers le vélo, les transports en commun et les véhicules électriques. Le tout complété d’actions supplémentaires sur le trafic routier et les autres secteurs d’activité (chauffage, plateformes aéroportuaires, chantiers, agriculture, industries, etc.).

Une réduction supplémentaire de 40 % des émissions de PM10 et de 30 % des émissions de PM2,5 serait également nécessaire. Elle ne serait possible qu’en supprimant la totalité des émissions de PM10 des véhicules particuliers et utilitaires légers ou en remplaçant la moitié des moyens de chauffage au bois par des moyens non émetteurs (pompes à chaleur, géothermie…) ou encore en procédant à la rénovation thermique de l’ensemble des logements chauffés au bois.

Un coût important pour la collectivité

Au-delà de la perte de bien-être et de qualité de vie pour les malades et leur famille, ces maladies chroniques entraînent des pertes économiques importantes : de l’ordre de 2,1 milliards d’euros tous les ans, pour cause de consultations médicales, de consommation de médicaments ou d’hospitalisations, mais aussi d’accompagnement social, de modifications majeures du domicile, d’absences au travail, de retraites anticipées ou de baisse de la productivité au travail. Un coût à ajouter aux décès prématurés causés par cette pollution, estimé à 25,5 milliards d’euros.

L’exemple des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, l’été dernier, offre une vision assez claire des gains à attendre d’une limitation de la circulation automobile au sein de l’agglomération. Cette parenthèse sportive s’est traduite par une réduction de 18 % du volume de véhicules roulant à Paris, par rapport aux années passées, sur la même période. Là où le trafic a été le plus réduit, notamment le long de la Seine, les baisses de concentrations en dioxyde d’azote ont atteint 12 µg/m3.1. Lire le rapport : « Host, Sabine et al. Maladies chroniques attribuables à la pollution de l’air en Île-de-France », Observatoire national de santé-IDF, Aix-Marseille School of Economics et Airparif (2025).
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-45544-rapport-Airparif-pathologies-pollution-air.pdf2. Emapec : « Estimation de la morbidité due à la pollution atmosphérique et de ses impacts économiques »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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