Plus de 150 maires, conseillers départementaux et parlementaires locaux transpartisans demandant l’interdiction des usages de pesticides sur les aires d’alimentation des captages d’eau potable. 

En Loire-Atlantique, 150 élus de tous bords politiques appellent à protéger l’eau potable des pesticides

Un groupe d’élus de Loire-Atlantique doit rendre public, vendredi 7 février, un manifeste signé par plus de 150 maires, conseillers départementaux et parlementaires locaux issus de l’ensemble du spectre politique, demandant l’interdiction des usages de pesticides sur les aires d’alimentation des captages d’eau potable. 

Par Stéphane FoucartPublié le 06 février 2025 à 21h13, modifié hier à 11h31 https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/02/06/en-loire-atlantique-un-appel-transpartisan-des-elus-pour-proteger-l-eau-potable-des-pesticides_6534980_3244.html

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Un agriculteur pulvérise des produits chimiques pour traiter la vigne, à Vertou (Loire-Atlantique), le 26 avril 2018.
Un agriculteur pulvérise des produits chimiques pour traiter la vigne, à Vertou (Loire-Atlantique), le 26 avril 2018.  LOIC VENANCE / AFP

La préservation de la qualité des eaux souterraines est loin d’être une exigence consensuelle : en témoignent les récentes propositions et projets de loi destinés à affaiblir les normes encadrant les pratiques agricoles. Mais, en régions, les postures partisanes sur le sujet pourraient s’estomper plus vite qu’à l’échelon national. Un groupe d’élus de Loire-Atlantique devait rendre public, vendredi 7 février, un manifeste signé par plus de 150 responsables locaux issus de l’ensemble du spectre politique, demandant l’interdiction des usages de pesticides sur les aires d’alimentation des captages d’eau potable.

« Il s’agissait de réunir, dans un esprit transpartisan, des maires, des sénateurs, des députés ou des conseillers du département, explique Chloé Girardot-Moitié, vice-présidente (Les Ecologistes) de la Loire-Atlantique. Le texte a été présenté sous forme de vœu en conseil départemental le 6 février et a recueilli l’unanimité. » L’étendue de territoire qui serait concernée par les restrictions demandées représente « environ 3,5 % de la superficie agricole utile du département », selon l’élue.

Les signataires se disent « très inquiets » de la situation qui prévaut sur leur territoire. « Seulement 1 % de nos masses d’eau sont considérées en bon état écologique et de nombreux captages d’eau potable sont pollués, écrivent les élus. La protection des captages d’eau est une urgence de santé publique. Les pollutions les plus préoccupantes sont liées à la présence de nitrates et de pesticides. Parmi eux, le S-métolachlore, le chlorothalonil, associés à des risques de cancer, dont les dépassements de limite interpellent autant que ceux concernant les nitrates. D’autres risques avérés : maladie de Parkinson, perturbateurs endocriniens et, enfin, tous les “effets cocktails”, c’est-à-dire les effets conjugués de ces substances chimiques qui ne sont que peu connus. »

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Pour Chloé Girardot-Moitié, cette mobilisation transpartisane inédite est le fruit d’une conjonction de facteurs spécifiques au territoire, qui ont contribué à sensibiliser l’opinion. A commencer par le parti pris du syndicat Atlantic’eau, chargé de l’approvisionnement du département en eau potable. « Même si c’est parfois compliqué, nous faisons le pari de la transparence totale. Nous avons une démarche proactive dans la recherche des polluants et nous disons la vérité aux usagers, explique Mickaël Derangeon, vice-président du syndicat. La réalité est qu’aujourd’hui nous n’arrivons pas à gérer l’étendue et la diversité des pollutions, malgré d’importants investissements. Ce n’est pas seulement une question de santé publique, c’est aussi une question de finances publiques ! »

« Reconquérir la qualité de notre nappe »

Mi-décembre 2024, un événement a fortement marqué les esprits : l’inauguration de la nouvelle unité de traitement de Nort-sur-Erdre (Loire-Atlantique), fruit d’un investissement de 6,5 millions d’euros, a été annulée après la découverte inattendue de deux polluants : l’acide trifluoroacétique, notamment issu de la dégradation de certains pesticides, et le 1,4-dioxane, un solvant industriel. « Nous ne voulions pas procéder à l’inauguration tout en sachant que ces deux substances n’étaient pas retenues par les techniques de traitements de l’usine », explique M. Derangeon. Atlantic’eau avait alors décidé de rendre publiques les raisons du report de l’événement, tout en communiquant sur les mesures de gestion à court terme que le syndicat allait mettre en place, à savoir privilégier le pompage dans les nappes les plus profondes, moins touchées par ces pollutions.

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Ces mesures de gestion à court terme sont peu compatibles avec les effets prévisibles du changement climatique. « L’eau de la nappe de Machecoul n’est plus potable depuis de nombreuses années, on y a découvert une trentaine de pesticides différents et des taux de nitrates très élevés : il y a vingt ans, il fallait la diluer à 5 % pour qu’elle remplisse les critères de potabilité », raconte Laurent Robin, le maire (sans étiquette) de Machecoul-Saint-Même (Loire-Atlantique), l’une des principales zones de maraîchage industriel du pays nantais. « L’installation d’une usine de traitement au pied du château d’eau permet aujourd’hui d’augmenter le taux de dilution à 25 %. »

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Une situation qui demeure insatisfaisante car, comme l’explique M. Robin, « tout l’approvisionnement du sud du département repose principalement sur le point de captage de Basse-Goulaine, fragilisé par le réchauffement ». « Pendant la sécheresse de 2022, nous avons frôlé la rupture de l’approvisionnement en eau potable de ce territoire, précise l’édile. Nous savons que de tels épisodes vont se reproduire, il est donc nécessaire de diversifier les sources d’approvisionnement et de reconquérir la qualité de notre nappe. »

« Qui sait quel sera le coût demain pour nos systèmes de santé »

D’autres événements ont également participé, sur le territoire, à sensibiliser les élus et l’opinion à l’impact des pollutions diffuses. Ces dernières années, dans le pays de Retz, autour de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique), une accumulation de cancers pédiatriques a suscité « une forte médiatisation », rappelle Mme Girardot-Moitié, tout comme la création dans la commune d’un institut citoyen de recherche et de prévention en santé environnementale mobilisé sur la question des pesticides – une cause avérée des principaux cancers de l’enfant.

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« Ce que nous constatons, c’est que les sommes très importantes englouties pour tenter de reconquérir la qualité de l’eau, pour la traiter et la rendre potable, n’ont pas l’effet escompté, et qui sait quel sera le coût demain pour nos systèmes de santé », interrogent les signataires de l’appel, qui proposent d’allouer ces sommes aux agriculteurs, afin de régler le problème en amont, plutôt que d’échouer à l’atténuer en aval. « Il est parfaitement normal que les exploitants puissent vivre de leur activité et ils sont en droit d’attendre de la visibilité sur des mesures d’accompagnement, dit Mickaël Derangeon. Ils doivent pouvoir être certains qu’ils seront indemnisés sur le long terme des pertes éventuelles subies par les nécessaires changements de pratiques et qu’ils pourront commercialiser localement leurs productions. »

Le 20 février, le député (Les Ecologistes) de Loire-Atlantique Jean-Claude Raux défendra une proposition de loi visant à interdire l’usage de phytosanitaires sur les aires de captage.

Stéphane Foucart

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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