Des solutions existent pour prévenir les crues qui frappent l’Ille-et-Vilaine, mais elles se heurtent à la « cacophonie dissonante » des politiques nationales dénigrant notamment les agences environnementale.

Inondations en Bretagne : « Combien faudra-t-il de catastrophes pour qu’enfin nous prenions collectivement le virage avant le mur ? »

Tribune

Nathalie GibotResponsable du pôle climat et territoires à l’agence locale de l’énergie et du climat du pays de Rennes

Des solutions existent pour prévenir les crues qui frappent l’Ille-et-Vilaine, mais elles se heurtent à la « cacophonie dissonante » des politiques nationales dénigrant notamment les agences environnementales, regrette Nathalie Gibot, responsable à l’agence locale de l’énergie et du climat du pays de Rennes, dans une tribune au « Monde ».

Publié le 05 février 2025 à 09h00, modifié le 06 février 2025 à 19h45  https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/05/inondations-en-bretagne-combien-faudra-t-il-de-catastrophes-pour-qu-enfin-nous-prenions-collectivement-le-virage-avant-le-mur_6532456_3232.html

Des paysages méconnaissables et des dégâts considérables… Les inondations qui viennent de frapper l’Ille-et-Vilaine sont d’une ampleur inattendue. Alors que la lutte contre le changement climatique est quasi absente des discours politiques au niveau national, cette catastrophe vient nous rappeler que notre modèle n’est pas soutenable.

Le réchauffement climatique n’épargne pas la Bretagne. Selon l’Observatoire de l’environnement en Bretagne, la région a déjà connu une hausse des températures de + 1,4 °C depuis la période 1961-1990. Cette augmentation a de multiples conséquences. Certains aléas voient leur fréquence augmenter : vagues de chaleur et canicules, sécheresses, pluies de forte intensité, comme celles que nous vivons ces derniers jours. Les impacts sont amplifiés par l’urbanisation, l’artificialisation des sols et le modèle agricole intensif, qui perturbent le cycle de l’eau.

Comme sur l’ensemble du territoire national, l’urbanisation s’est accélérée, avec une forte pression démographique. L’aire d’attraction de Rennes a gagné près de 48 000 habitants par rapport à 2014 et enregistre une croissance démographique de 1,1 % par an. Depuis plusieurs décennies, et malgré un schéma de cohérence territoriale qui pose des garde-fous, les terres naturelles ont régressé, une partie des zones humides a été détruite, le remembrement a entraîné un recul du bocage. En dépit des efforts pour préserver une ceinture verte autour de Rennes avec un modèle de ville-archipel, nous restons plus que jamais vulnérables aux effets du changement climatique.

Privilégier la sobriété

Et pendant ce temps, des dirigeants remettent en cause le zéro artificialisation nette, dénigrent les agences œuvrant pour les transitions, criminalisent les écologistes ou détricotent les lois qui préservent l’environnement… Combien faudra-t-il de catastrophes, de dégâts devenus inassurables, pour qu’enfin nous prenions collectivement le virage avant le mur ? Des rues entières sous l’eau, des maisons dévastées, la circulation coupée : il n’y a plus de doute à avoir, il faut emprunter une autre voie.

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Les solutions existent ; au niveau local, des actions sont engagées. Elles ont besoin d’être soutenues et accélérées. Le 30 janvier, le projet de plan climat de Rennes Métropole était adopté en conseil métropolitain. Ce plan pose le principe de systématiser la prise en compte des enjeux d’adaptation dans l’ensemble des projets et des politiques publiques pour remettre à plat nos manières de faire. Très concrètement, désimperméabiliser à tous les niveaux, revégétaliser et reconstituer le bocage ne sont plus des options. Le concept de « ville-éponge » permet de recréer un écosystème de zone humide plus à même de résister aux inondations et aux périodes de sécheresse. Il faut aussi optimiser les mètres carrés déjà construits. La surface de l’immobilier résidentiel et tertiaire disponible par personne a augmenté de près de 30 % depuis 1987, pour atteindre aujourd’hui 72 m2 par personne.

Avant toute chose, nous appelons à privilégier la sobriété, à ralentir et à stopper l’artificialisation. Ces messages sont portés par nombre d’experts, scientifiques ou techniciens, sans trouver d’écho au niveau de l’Etat. Pire, ce début d’année 2025 témoigne d’un recul sans précédent dans la compréhension des phénomènes, de leurs causes et des mesures à mettre en place, dans une cacophonie dissonante. La remise en cause des agences d’Etat œuvrant pour les transitions, la protection de l’environnement et la biodiversité est particulièrement inquiétante.

Culture du risque

Alors que le budget de l’Etat pour 2025 est en cours d’adoption par le Parlement, les maigres moyens consacrés aux enjeux climatiques et écologiques sont encore menacés, alors que le coût de l’inaction est déjà considérable et deviendra insoutenable si on poursuit cette trajectoire. Ces décisions aux impacts économiques et écologiques néfastes entraîneront également des coûts absents du discours politique, ceux des impacts sur la santé, sur nos conditions de vie et notre avenir. Les personnes les plus vulnérables seront les plus touchées.

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Si l’alerte météo en vigilance rouge a été donnée, cet épisode montre que nous ne sommes pas prêts, pas adaptés. Et il ne faut pas attendre la crise pour changer nos pratiques. Au-delà des aménagements résilients, cela passe par le développement de la culture du risque auprès des habitants, des collectivités et des entreprises. La société doit s’appuyer sur les experts et les acteurs qui agissent déjà sur le terrain. Les agences locales de l’énergie et du climat sont des outils pertinents pour les territoires qui s’en sont dotés.

L’alerte a été donnée : selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, chaque dixième de degré compte. Dans tous les scénarios, le seuil de 1,5 °C de réchauffement planétaire sera franchi dans les années 2030. Ce seuil inscrit à l’accord de Paris est considéré par les scientifiques comme celui au-delà duquel les conséquences seront trop graves pour que l’humanité puisse s’adapter. L’atténuation du changement climatique est un devoir pour en limiter l’ampleur, l’adaptation au changement climatique est une nécessité pour en limiter les dégâts.

Nathalie Gibot est responsable du pôle climat et territoires à l’agence locale de l’énergie et du climat du pays de Rennes.

Nathalie Gibot (Responsable du pôle climat et territoires

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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