« La présidence de Trump est une déclaration de guerre aux idéaux démocratiques les plus élémentaires » (Edwy Plenel)

DONALD TRUMP, UN RETOUR EN FORCE PARTI PRIS

Trump-Musk : l’empire de l’apartheid

La revendication par Donald Trump d’une épuration ethnique des Palestiniens à Gaza, devant Benyamin Nétanyahou qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité, confirme que sa présidence est une déclaration de guerre aux idéaux démocratiques les plus élémentaires.

Edwy Plenel

5 février 2025 à 21h03 https://www.mediapart.fr/journal/international/050225/trump-musk-l-empire-de-l-apartheid?utm_source=quotidienne-20250205-212656&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20250205-212656&M_BT=115359655566

« Nous« Nous la posséderons » et « nous ferons tout simplement le ménage », a déclaré Donald Trump mardi 4 février, lors de la conférence de presse qu’il a donnée à la Maison-Blanche en présence d’un repris de justice au regard du droit international, Benyamin Nétanyahou, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crime de guerre et crime contre l’humanité. Il parlait de la bande de Gaza, qu’il imagine pour le futur en Côte d’Azur ou Riviera du Moyen-Orient, territoire débarrassé de sa population, les Palestinien·nes, qu’il expulserait volontiers vers l’Égypte et la Jordanie.

Sous la question de la Palestine gît donc le sort du monde. Premier chef de gouvernement à être reçu par le nouveau président de la première puissance militaire et économique mondiale, le premier ministre israélien a obtenu à Washington un feu vert explicite à la prolongation des crimes pour lesquels il est déjà poursuivi : une épuration ethnique du peuple palestinien qui, de fait, est aussi en cours en Cisjordanie avec l’assaut des colons et de l’armée contre les camps et les villes palestiniennes.

Loin de la destruction du Hamas revendiquée au lendemain du 7-Octobre, le but de guerre est bel et bien la disparition de la Palestine, la destruction de son idée même, l’effacement de son peuple du territoire conquis par Israël.

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Donald Trump et Benyamin Nétanyahou à la Maison-Blanche le 4 février 2025. © Photo Jim Watson / AFP

Ce n’est pas le énième coup d’éclat d’un président fantasque, c’est la vérité d’une présidence fasciste.

L’empire contre-attaque, et c’est l’empire d’un mal politique radical : la négation assumée de toute humanité commune, le rejet universel de l’égalité des droits, l’affirmation internationale de la loi du plus fort, la proclamation d’une puissance sans limites ni principes. La deuxième présidence de Donald Trump porte l’impérialisme nord-américain à son incandescence en assumant, sans double discours ni faux semblant, le jusqu’au-boutisme de conquête et de domination, d’avidité et d’intérêt, que recèle la prétention à la grandeur – économique, militaire, culturelle – des États-Unis d’Amérique face au reste du monde.

La référence à la saga cinématographique Star Wars (cette guerre des étoiles dont L’empire contre-attaque est le cinquième épisode) est de mise, tant la science-fiction est l’univers mental de la nouvelle féodalité qui, avec Trump, a conquis le pouvoir à Washington : une oligarchie technophile portée par la révolution numérique jusqu’à un niveau de richesse incommensurable qui l’ancre dans la certitude de l’absolu et de l’impunité de son pouvoir. À l’instar de son plus emblématique représentant, Elon Musk, qui a acheté à fonds perdu sa place de coprésident non élu, elle est explicitement du côté obscur de la force.

Un coup d’État en cours

Son maître mot est l’illimitisme : rien ne saurait entraver son désir, en tout registre – pouvoir, richesse, conquête, emprise, extractivisme, etc. Sa grandeur revendiquée est une catastrophe annoncée. Make America Great Again, ce « Maga » où le programme tient en un seul slogan, signifie que rien ne doit résister à la volonté de puissance des États-Unis d’Amérique. Non seulement la planète Mars, mais aussi les nations souveraines – le Canada, le Panamá ou le Danemark via le Groenland. Non seulement les humains indésirables, ces migrant·es dont la « déportation » est programmée, mais aussi les marchandises étrangères, dans un retour aux guerres commerciales les plus archaïques. Sans compter la démocratie elle-même, déjà jetée aux oubliettes, réduite à la seule légitimité confiée par l’élection.

Depuis l’intronisation du 20 janvier, c’est un véritable coup d’État qui est en cours aux États-Unis, à coups de décrets présidentiels sans appel dont Elon Musk est l’artisan zélé. Non élu, le milliardaire attaque frontalement l’État depuis son département de l’efficacité gouvernementale. Sa cible est l’existence d’administrations garantes d’un intérêt général. Plus d’aide humanitaire internationale, plus d’agence de protection de l’environnement, plus de sécurité de l’emploi, plus de confidentialité des données. Le 28 janvier, deux millions d’employés fédéraux ont reçu un e-mail les invitant à démissionner, tandis que les bases de données du Trésor américain étaient réquisitionnées par le commando entourant Musk.

Trump le dit et le fait : c’est avec l’héritage des Nations unies qu’il entend rompre.

La présidence Trump n’est pas le nouvel avatar d’un conservatisme social. Elle incarne le surgissement de la barbarie au cœur de la civilisation, tout comme ce fut le cas, en Europe, avec le fascisme et le nazisme, mettant en péril le sort de l’humanité tout entière. La contre-révolution qu’elle entend mener tambour battant a pour cible, précisément, le sursaut né, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de la prise de conscience des catastrophes de la grandeur et des ravages de la puissance dont témoignaient, avec leurs millions de victimes, les crimes de génocide et contre l’humanité, alors définis juridiquement. C’est ainsi que furent proclamés les droits humains universels et inventées les règles diplomatiques des Nations unies.

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Trump le dit et le fait : c’est bien avec cet héritage qu’il entend rompre. À cette promesse d’égalité des droits qui n’a cessé d’inspirer les batailles de l’émancipation, il oppose la loi de la jungle de la supériorité dont l’identité est l’alibi, ancrée dans le sol et le sang, le hasard de la naissance et la lignée de la descendance. Plus d’humanité commune, plus de communauté internationale, plus de solidarité et de fraternité : ce qui est juste est seulement ce que je juge bon pour mon peuple, ma nation, ma puissance. Et rien d’autre. Ce programme politique est foncièrement séparatiste : il rompt avec l’idéal d’un monde commun, où les êtres humains, tout comme la nature dont ils font partie, sont en relation, indéfectiblement liés, mêlés et imbriqués.

L’apartheid est son maître-mot. C’est en 1948, l’année même de la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la reconnaissance internationale de l’État d’Israël, que le régime afrikaner d’Afrique du Sud promulguait ces lois de séparation – c’est le sens du mot « apartheid » dérivé du « à part » français.

L’instauration de cette ségrégation raciale, distinguant dans tous les aspects de la vie quotidienne – habitat, travail, circulation, union, etc. – la population blanche, décrétée supérieure, des autres catégories – Noirs, Indiens, métis –, fut alors comme la butte-témoin du monde qui avait enfanté le désastre européen : cette hiérarchie des humanités qui est au ressort des folies, coloniales et impériales, de conquête et de grandeur et qui, inévitablement, conduit à nier l’autre, à le chasser, à le repousser ou à l’exterminer, dans tous les cas à l’effacer.

Le programme de toutes les extrêmes droites

La présidence Trump s’annonce comme l’empire de l’apartheid, de son idéologie et de son projet. Cette monstruosité fait retour à l’échelle du monde entier : c’est le programme de toutes les extrêmes droites dans leurs diverses variantes. Un programme infernal qui, inévitablement, vise toute la diversité des peuples concernés, ayant pour cible les droits des femmes, les questions de genre, les luttes des LGBTQI+ et, plus largement, toutes les supposées minorités dont les prises de conscience bousculent les conservatismes qui se prétendent majoritaires.

Le double salut nazi d’Elon Musk, précédé de bien d’autres positionsqui attestent de son racisme, de son antisémitisme et de son fascisme, en est issu. Comme Peter Thiel et David Sacks, deux autres figures du techno-féodalisme oligarchique qui a pris le pouvoir aux États-Unis, Elon Musk vient de cette Afrique du Sud de la séparation et de la ségrégation, du rejet de l’humanité et du tri des êtres, bref de la négation radicale de l’égalité des droits.

Ce symbole dit le moment de vérité que nous affrontons, dans la certitude immédiate du pire : un vieux monde de prédation qui ne veut pas mourir, alors même qu’il est condamné, enfante des monstres dans l’espoir d’éradiquer définitivement l’espérance d’un monde meilleur, moins injuste, moins violent, moins destructeur. Dès lors, c’est un défi de civilisation qui nous est lancé, transcendant des querelles secondaires et des divergences momentanées. Il serait peut-être temps d’en prendre conscience.

Edwy Plenel

 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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