Appel pour un sursaut du Vieux Continent face à l’« internationale impériale » en train de se former entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis.

 « L’Europe est désormais cernée par des empires renaissants, dépourvus de toute considération pour les Européens »

Tribune

Collectif

Un collectif d’une quarantaine de personnalités politiques, intellectuelles ou militantes appelle, dans une tribune au « Monde », à un sursaut du Vieux Continent face à l’« internationale impériale » en train de se former entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis.

Publié le 28 janvier 2025 à 05h00, modifié le 28 janvier 2025 à 10h48  https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/01/28/l-europe-est-desormais-cernee-par-des-empires-renaissants-depourvus-de-toute-consideration-pour-les-europeens_6519401_3232.html

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Un nouvel empire inattendu se profile à l’ouest de l’Europe. Donald Trump a confirmé son ambition d’être un « président impérial ». Il a notamment indiqué qu’il ne refuserait pas d’utiliser la force pour annexer le canal de Panama ou le Groenland, et a réitéré son désir d’intégrer le Canada aux Etats-Unis. Plus symboliquement, il a proposé de renommer le golfe du Mexique en « golfe d’Amérique ». Ceci constitue un tournant. Loin d’être isolationnistes, les Etats-Unis de Donald Trump amorcent la première étape de la transformation de leur fédération en empire.

Parallèlement, Elon Musk – depuis quelques mois son allié –, l’homme le plus riche du monde et membre de l’administration fédérale américaine, multiplie les prises de position politiques dans les affaires internes des démocraties européennes. Il apporte officiellement son soutien à des partis d’extrême droite : Reform UK, au Royaume-Uni (l’héritier du parti pro-Brexit de Nigel Farage) qu’il souhaiterait financer à hauteur de 100 millions de dollars (96 millions d’euros). Il fait de même avec Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne, en participant à un « débat » avec sa dirigeante, Alice Weidel, sur son réseau social X, le 9 janvier, afin de lui offrir une exposition médiatique mondiale, alors que les médias allemands maintiennent le cordon sanitaire. Rappelons que ces partis sont ouvertement anti-Union européenne (UE), qu’ils sont sympathisants de Vladimir Poutine et que l’AfD possède une proximité inquiétante avec le passé et l’idéologie nazis.

Au cours d’une conférence de presse, le 6 janvier, Donald Trump a confirmé sa complaisance envers le régime de Vladimir Poutine. Ils adhèrent tous les deux à la politique de zones d’influence voire d’espace vital, avec le Groenland pour le premier et l’Ukraine ou des Etats membres de l’UE pour le second. Ceci renforce l’idée terrifiante que l’Europe est désormais prise dans un étau. En effet, l’Europe subit, depuis des années, des tentatives de déstabilisation étrangères tant internes qu’externes orchestrées par les nouveaux empires que sont la Chine et la Russie. A cela s’ajoute désormais une nouvelle menace provenant d’un Etat historiquement allié, les Etats-Unis, qui s’inscrit dans un contexte déjà marqué par des ingérences russes répétées, telles que celles dans les élections roumaines ou les sabotages de câbles de communication en mer Baltique, fragilisant nos régimes démocratiques, nos intérêts et même notre intégrité territoriale.

« Make Europe Great Again »

L’Europe est désormais cernée par des empires renaissants dépourvus de toute considération pour les Européens, dirigés par des hommes dominateurs et autoritaires animés par une soif insatiable de puissance et d’expansion. La réaction conjointe, qui s’est fait attendre, de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du président du Conseil européen, Antonio Costa, traduit bien un certain désarroi : « Les Etats-Unis sont l’un de nos plus proches partenaires et nous nous engageons à renforcer le lien transatlantique », tout en rappelant les « valeurs démocratiques fondamentales » européennes.

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Nous aurions souhaité de la part des dirigeants européens plutôt un « Make Europe Great Again », car l’heure est au sursaut, à l’action offensive. Il est désormais plus urgent que jamais de rassembler l’UE et tous les pays européens qui le souhaitent dans une fédération solide capable de garantir la démocratie en son sein et de préserver son intégrité et son indépendance face à cette internationale impériale (Chine, Etats-Unis et Russie). Cette dernière qui représente, à elle seule, près de 2 milliards d’individus et un PIB annuel d’environ 48 000 milliards de dollars, soit plus de deux fois et demie celui de toute l’Union européenne. A l’inverse, l’UE, unie, est en excédent commercial de 37 milliards d’euros et représente 16 % des importations et exportations mondiales.

Que se passera-t-il demain si Donald Trump passe des paroles aux actes ? Les Etats de l’UE sont-ils prêts à envoyer des troupes défendre le Groenland, les pays baltes ? Ou va-t-on laisser l’Europe être partitionnée comme trop de fois dans l’histoire ? Les Etats européens ne sont rien individuellement et se feront laminer s’ils restent désunis.

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Epoque obscure

En revanche, unis, nous sommes capables de défendre ce qui nous est le plus cher : la liberté, la solidarité, la paix, la coopération entre nos citoyens et nos Etats. Il ne s’agit plus seulement d’améliorer le fonctionnement de l’Union européenne, de la rendre plus démocratique, de faire appliquer le principe de subsidiarité et d’assurer une prospérité à notre continent. Il s’agit désormais, aussi, de garantir notre subsistance et notre survie face à des empires dont la marche en avant ne cessera que si nous nous unissons.

Si nous ne prenons pas dès aujourd’hui le chemin de l’union, si nous ne prenons pas dès aujourd’hui le chemin de la démocratie fédérale, nous risquons de sombrer collectivement dans une époque obscure, où les nouveaux empires joueront de notre division. Une période imprévisible dont l’histoire nous enseigne qu’elle peut finir très mal.

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Citoyennes, citoyens, Etats européens, il est impératif d’agir maintenant, car le processus de fédéralisation, d’union et de construction d’une défense européenne, qui est notre ultime dissuasion contre ces empires, prendra nécessairement du temps. Or, ce temps sera mis à profit par nos adversaires pour avancer leurs pions à nos dépens.

Le paradigme qui prévalait après la seconde guerre mondiale ou celui qui a suivi la fin de la guerre froide est aujourd’hui dépassé. Le principe de réalité nous amène à penser que le temps n’est malheureusement plus à la coopération internationale mais aux rapports de force entre puissances, et l’Union européenne doit prendre acte de cette nouvelle donne géopolitique. Nous changeons d’époque, nous changeons de paradigme, l’Europe doit changer de logiciel. Prise en étau, l’Europe sera unie, fédérale, ou elle ne sera plus.

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Premiers signataires : Jean-Francis Billion, président de Presse fédéraliste, Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen (Verts/Alliance libre européenne), Chloé Fabre, présidente de la section française de l’Union des fédéralistes européens, Sandro Gozi, député européen (Renew Europe), membre du Groupe Spinelli, Hervé Moritz, président du Mouvement européen-France, Laure Niclot, présidente des Jeunes Européens-France, Thomas Pellerin-Carlin, député européen (Alliance progressiste des socialistes et démocrates), membre du Groupe Spinelli, Céline Spector, professeure des universités (UFR de philosophie) à Sorbonne Université, Marie Toussaint, députée européenne (Verts/Alliance libre européenne), membre du Groupe Spinelli, Cédric Villani, mathématicien. Retrouvez la liste complète des signataires ici.

Collectif

Commentaire Frederic Pierru (Sociologue-Politologue): Il aura fallu Trump pour déciller les eurrolâtres.

Le réveil des européistes béats est révélateur de l’échec de l’UE dans à peu près tous les domaines. Les auteurs de cette tribune sont involontairement comiques. 

D’abord parce qu’il n’existe qu’un seul empire, au sens rigoureux du terme : les Etats-Unis avec leurs 800 bases militaires dans le monde. Que je sache ce n’est pas la Chine qui est intervenue en Irak, Afghanistan, Libye, etc. Ce sont les USA qui espionnent le monde entier. La Chine n’a envahi ni annexé d’autres pays. La Russie, quant à elle, a été obligée de réagir à la logique impériale de l’OTAN qui voulait installer des missiles à ses frontières. Poutine et sa démographie déclinante n’ont absolument pas les moyens d’engager d’autres guerres de conquête : il a déjà du mal à peupler son propre pays, riche en matière première ! Chine et Russie sont des pays gigantesques qui n’ont certainement pas besoin d’aller emm« « «  les autres. 

Ces deux derniers pays défendent leurs intérêts, concept que l’on a oublié en Europe. Ils sécurisent leurs points stratégiques (accès à la mer, aux ressources naturelles qui manquent, etc.), comme le fait tout pays normal, à part ceux qui croient aux Bisounours. 

Ensuite, il n’y a pas d’empire bon ou mauvais. Un empire agit comme un empire. C’est une tautologie ou un truisme dont il convient de se souvenir. Il ne faut pas confondre empire et puissances. 

Quant à « l’Europe puissance », c’est une vaste blague. J’ai entendu Attali récemment déclarer qu’il va peut-être falloir revenir à un cartel de pays décidés à avancer ensemble au sein même de l’UE. Le gag. C’était le même qui ne cessait de réclamer, à la remorque des Allemands, eux-mêmes encouragés par les Américains, d’élargir sans cesse l’UE jusqu’à englober des pays qui n’avaient rien à y faire (la Turquie a failli y entrer !). résultat : on a un machin impotent, à la croissance la plus faible du monde et qui dépend de l’Oncle Sam pour sa défense et, disons-le, structurellement corrompu par les lobbys et divers pays (voir le Qatargate), devenu le vassal des Etats-Unis. Quel magnifique résultat ! Qu’est-ce que l’UE ? Un marché ouvert aux quatre vents. ET c’est tout. EN 2020, soldats allemands et français se battaient sur les tarmacs chinois pour des cartons de masque…. Tout est résumé dans cet épisode. C’est le mercantilisme allemand qui aura tué l’UE. 

ENfin, on a rarement vu des vassaux se révolter contre leur suzerain surtout quand c’est ce dernier qui leur vend ses armes et les pièces détachées qui vont avec ! « Attention, avec les armes que tu m’as vendues, on va défendre le Groënland ! ». Quelle bande de pitres…. Quant à ceux qui croient que la Russie va nous envahir, je leur conseille un peu de lucidité sur les chiffres. Un gars qui a besoin des coréens du Nord pour gagner quelques km2 en Ukraine va déferler sur l’Europe…. Cela s’appelle jouer à se faire peur. 

Il aura fallu Trump pour déciller les eurrolâtres. C’est toujours ça de pris ! Reste que le réveil est bien trop tardif. Le retard pris est beaucoup trop grand, dans tous les domaines. L’UE des marchands est sortie de l’histoire. 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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