Asthme, accident vasculaire cérébral, diabète… quels impacts de la pollution de l’air ambiant sur la santé ? Et quel impact économique ?
Santé publique France a estimé, pour la première fois, l’impact de l’exposition à la pollution de l’air ambiant sur la survenue de maladies chroniques, en France hexagonale et en région.
Publié le 29 janvier 2025PARTAGER
Contacts presse
Santé publique France
presse@santepubliquefrance.fr
Stéphanie Champion : 01 41 79 67 48
Camille Le Hyaric : 01 41 79 68 64
Céline Coulaud : 01 41 79 68 22
DANS CET ARTICLE
- Plusieurs dizaines de milliers de cas de maladies évitables en réduisant les niveaux des particules fines et de dioxyde d’azote dans l’air ambiant
- Un impact économique majeur
- Agir pour diminuer la pollution atmosphérique est prioritaire
L’étude enrichit ainsi les connaissances sur l’impact de la pollution de l’air ambiant en France : elle montre qu’au-delà de la mortalité, l’exposition à cette pollution a également des conséquences importantes sur la survenue de maladies chroniques respiratoires, cardiovasculaires et métaboliques. Huit de ces maladies ont été intégrées à l’étude, compte tenu des données disponibles et selon différents scénarios de baisse de la pollution.
L’étude estime que, entre 12 et 20 % des nouveaux cas de maladies respiratoires chez l’enfant (soit entre 7 000 et presque 40 000 cas, selon la maladie et le polluant considéré) et entre 7 et 13 % des nouveaux cas de maladies respiratoires, cardiovasculaires ou métaboliques chez l’adulte (soit entre 4 000 et 78 000 cas, selon la maladie et le polluant considéré) sont attribuables annuellement à une exposition à long terme à la pollution de l’air ambiant en lien avec les activités humaines. Elle souligne également que la réduction des concentrations en particules fines (PM2,5) et en dioxyde d’azote (NO2) à des niveaux équivalents aux valeurs guides de l’OMS permettrait d’éviter une grande partie de ces cas.
Par ailleurs, l’étude fournit une évaluation économique de ces impacts sur l’ensemble de la France hexagonale.
Dans le contexte de la récente adoption de la nouvelle directive européenne concernant la qualité de l’air ambiant et du programme « Un air pur pour l’Europe », ces nouvelles données réaffirment l’enjeu de santé publique autour de la pollution de l’air, et incitent à poursuivre durablement les efforts de réduction de la pollution sur toutes ses sources et sur l’ensemble du territoire.
Plusieurs dizaines de milliers de cas de maladies évitables en réduisant les niveaux des particules fines et de dioxyde d’azote dans l’air ambiant
À travers cette étude, Santé publique France a cherché à évaluer en France hexagonale, pour la période 2016-2019, l’impact de l’exposition de la population à la pollution de l’air ambiant sur le développement de huit maladies qui ont un lien scientifiquement avéré avec l’exposition aux PM2,5 et/ou au NO2, à savoir :
- au niveau respiratoire : cancer du poumon, broncho-pneumopathie chronique obstructive, asthme de l’enfant et de l’adulte, pneumopathie et autres infections aiguës des voies respiratoires inférieures (grippe exclue) ;
- au niveau cardiovasculaire : AVC (accident vasculaire cérébral), infarctus aigu du myocarde, hypertension artérielle ;
- au niveau métabolique : diabète de type 2.
Ces travaux s’inscrivent en complément de ceux publiés par l’Agence en 2021 selon lesquels la mortalité liée à la pollution de l’air ambiant reste un risque conséquent en France avec 40 000 décès attribuables chaque année aux particules fines.
Cette étude a été menée en partenariat, d’une part sur le volet sanitaire avec l’Ineris, l’ORS Île-de-France, le Creai-ORS Occitanie, le Citepa et le Centre d’investigation clinique 1401 – epidémiologie Clinique (Inserm/CHU de Bordeaux), et d’autre part sur le volet économique avec Aix-Marseille School of Economics (Aix-Marseille Université/CNRS). Elle s’est appuyée sur la démarche conduite dans le cadre du projet EMAPEC « Estimation de la morbidité due à la pollution atmosphérique et de ses impacts économiques » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), auquel Santé publique France a également contribué.
Les résultats soulignent qu’au-delà de ses impacts sur la mortalité, l’exposition à la pollution atmosphérique constitue un fardeau important pour la santé en France hexagonale en termes de survenue des huit maladies chroniques étudiées.
Selon la maladie et le polluant étudié, entre 12 et 20 % des nouveaux cas de maladies respiratoires chez l’enfant (soit entre 7 000 et presque 40 000 cas), et entre 7 et 13 % des nouveaux cas de maladies respiratoires, cardiovasculaires ou métaboliques chez l’adulte (soit entre 4 000 et 78 000 cas) sont attribuables annuellement à une exposition à long terme à la pollution d’origine anthropique en France hexagonale.
L’étude montre que la réduction des concentrations en PM2,5 et NO2 à des niveaux équivalents aux valeurs guides de l’OMS permettrait d’éviter 75 % de ces cas de maladies liées à l’exposition aux PM2,5 en lien avec les activités humaines et près de 50 % pour le NO2. À titre d’illustration, le respect de la valeur guide de l’OMS pour les PM2,5 permettrait d’éviter presque 30 000 nouveaux cas d’asthme chez l’enfant de 0 à 17 ans.
De plus, l’étude suggère que les bénéfices attendus pour la santé seraient globalement plus importants dans les zones plus défavorisées et plus urbanisées. Ces résultats doivent cependant être interprétés avec précaution et devront être confirmés par des travaux complémentaires compte-tenu de la forte variabilité de ces résultats selon les classes de défavorisation au sein des territoires eux-mêmes et entre les territoires.
Un impact économique majeur
L’étude estime également qu’en France hexagonale l’exposition de la population à la pollution de l’air ambiant représente un impact économique annuel en termes de santé et de bien-être pour les maladies étudiées. Cet impact est estimé à 12,9 milliards d’euros en lien avec les PM2,5, soit presque 200 euros par an et par habitant, et à 3,8 milliards d’euros pour le NO2, soit 59 euros par an et par habitant.
Si les valeurs guides de l’OMS étaient respectées, ces bénéfices seraient respectivement de 9,6 milliards d’euros (soit 148 euros par an et habitant) et 1,7 milliard d’euros (soit 26 euros par an et par habitant).
Agir pour diminuer la pollution atmosphérique est prioritaire
Les résultats de cette étude confortent l’importance en termes de santé publique de poursuivre et de renforcer les actions mises en place par les pouvoirs publics afin de répondre aux objectifs de la nouvelle directive européenne concernant la qualité de l’air ambiant et « Un air pur pour l’Europe ». Cette directive vise à abaisser dans un premier temps les normes de l’Union européenne en matière de qualité de l’air puis à les aligner à terme sur les valeurs guides les plus récentes de l’OMS. Ces actions se traduisent par la poursuite des efforts de réduction de la pollution sur toutes ses sources et sur l’ensemble du territoire, au travers des stratégies et plans d’action mis en œuvre aux niveaux national et local.
Tout le monde est concerné par la pollution de l’air ambiant et ses impacts. L’évaluation de cet impact sur des maladies chroniques et ses conséquences économiques, fruit d’un travail partenarial, est une première en France. Ces travaux, dont l’objectif est d’informer et d’orienter les décisions des autorités aux niveaux national et local, mettent en avant les bénéfices pour la santé et économiques d’une action collective et durable sur l’amélioration de la qualité de l’air.
Dr Caroline Semaille, Directrice générale de Santé publique France
Dans « Le pacte vert pour l’Europe », la Commission européenne s’est engagée à améliorer davantage la qualité de l’air et à aligner plus étroitement les normes de l’Union européenne sur les recommandations de l’OMS. Dans son plan d’action « zéro pollution », la Commission européenne s’engage ainsi à réduire, d’ici à 2030, l’incidence de la pollution atmosphérique sur la santé de plus de 55 %.
Santé publique France souligne que le respect des valeurs guides de l’OMS permettrait, à terme, de réduire largement l’ensemble de la mortalité et la morbidité attribuables à la pollution de l’air en France, contribuant à atteindre l’objectif du « Plan d’action mondial pour la lutte contre les maladies non transmissibles de l’OMS», à savoir une réduction d’un tiers du risque de décéder d’une maladie chronique à l’horizon 2030.
« « Un fardeau considérable pour la santé » : la pollution de l’air, cause majeure de maladies chroniques en France »
Date de publication : 30 janvier 2025 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=08152262e19d7f6027fb82feaea80fba&id_newsletter=21505&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=21505&from=newsletter


Delphine Chayet indique dans Le Figaro que « pour la première fois, une étude dévoilée mercredi par Santé publique France quantifie le poids sanitaire de deux polluants issus des activités humaines, le dioxyde d’azote (NO₂) et les particules fines (PM 2,5), pris comme indicateurs de la qualité de l’air sur le territoire français ».
La journaliste note que « selon le polluant et la pathologie étudiés, 12 à 20% des maladies respiratoires de l’enfant (asthme et infections aiguës) sont imputables à cette exposition environnementale, ce qui représente entre 7000 et 40.000 cas ».
Delphine Chayet ajoute que « chez l’adulte, l’exposition à long terme à la pollution atmosphérique est à l’origine de 7 à 13% des maladies respiratoires (asthme, cancer du poumon et bronchopneumopathie chronique obstructive, ou BPCO), cardio-vasculaires (AVC, infarctus aigu du myocarde, hypertension artérielle) et métaboliques (diabète de type 2). Soit entre 4000 et 78.000 nouveaux cas en France métropolitaine chaque année ».
Caroline Semaille, directrice générale de l’agence, remarque ainsi : « Notre étude montre que plusieurs dizaines de milliers de nouveaux cas de maladies seraient évitables si on réduisait le niveau de ces polluants atmosphériques. Ces résultats, qui permettent de rendre visible l’impact sanitaire de la pollution, appellent à une action collective et individuelle forte de réduction des émissions ».
Delphine Chayet rappelle notamment que « le dioxyde d’azote est un gaz principalement émis par les pots d’échappement des voitures, tandis que les particules fines, dont le diamètre est inférieur à 2,5 microns, proviennent du trafic routier, du chauffage au bois, de l’agriculture et de l’industrie ».
La journaliste relève que « selon l’étude, les impacts sanitaires sont plus lourds dans les zones urbaines densément peuplées ». Sébastien Denys, directeur santé, environnement et travail de l’agence, précise qu’« on voit bien que l’ensemble de la population française, dans toutes les régions, est surexposée en raison de la multiplicité des sources de pollution ».
Delphine Chayet observe que « les enfants, dont l’appareil respiratoire est en développement, constituent une population particulièrement vulnérable. Leur risque est augmenté durant l’exposition, mais aussi plus tard à l’âge adulte. Les personnes âgées, les malades chroniques, les femmes enceintes, les sportifs, les travailleurs en extérieur et les fumeurs sont aussi des catégories plus à risque ».
La journaliste indique en outre que « les scientifiques évaluent le nombre de pathologies évitables par la mise en œuvre des valeurs de référence définies par l’OMS. Pour les particules fines, ils estiment par exemple que 30.000 diagnostics annuels d’asthme chez l’enfant et l’adolescent pourraient être prévenus, ainsi que 16.400 BPCO, une maladie respiratoire de l’adulte très invalidante, ou encore 7400 accidents vasculaires cérébraux ».
Libération titre pour sa part : « 40.000 nouveaux cas d’asthme chez l’enfant, 4000 cancers du poumon… La pollution de l’air, un fléau aux conséquences enfin chiffrées ».
Anaïs Moran explique aussi : « Un «fardeau considérable» qui se compte chaque année en centaines de milliers de nouveaux cas de pathologies chroniques lourdes, parfois fatales, et pourtant, pour beaucoup, évitables ».
La journaliste indique que « le message de Santé publique France est sans détour : si la France respectait sur son territoire les normes émises par l’OMS, elle éviterait «la majeure partie de la morbidité attribuable à la pollution de l’air ambiant d’origine anthropique». A hauteur de 75% pour les particules fines et à près de 50% pour le dioxyde d’azote ».
« Pour ces deux polluants, les seuils maximaux annuels préconisés par l’institution onusienne sont de 5 microgrammes par mètre cube d’air (μg /m³) pour les PM2,5 et de 10 μg /m³ pour le NO2. Très en deçà des valeurs enregistrées dans l’Hexagone », souligne Anaïs Moran.
Sabine Host, chargée d’études à l’Observatoire régional de santé Ile-de-France et co-autrice de l’étude, précise que « les choses vont dans le bon sens, ça s’est amélioré en région francilienne comme ailleurs, mais on est encore loin du compte. S’agissant de la pollution aux particules fines, il va falloir mettre plus de moyens pour agir car c’est un levier majeur pour améliorer la situation. S’agissant du NO2, il est nécessaire de trouver des solutions pour accélérer le renouvellement du parc automobile ».
Ce que coûte la pollution de l’air en France : un double « fardeau » sanitaire et économique
Dans une étude inédite, Santé publique France estime que l’exposition aux particules fines et au dioxyde d’azote génère chaque année des dizaines de milliers de cas de maladies, pour un coût de plus de 16 milliards d’euros.
Temps de Lecture 5 min
Asthme, accident vasculaire cérébral (AVC), cancer du poumon, diabète… dans une vaste étude publiée mercredi 29 janvier, Santé publique France (SPF) évalue pour la première fois les impacts sanitaires et économiques de la pollution de l’air en France. Au-delà des conséquences sur la mortalité, évaluée, en 2021, par SPF, à 40 000 décès par an, les résultats mettent en évidence un « fardeau important » de morbidité (plusieurs dizaines de milliers de nouveaux cas de maladies chaque année) et de coûts économiques, estimés à plus de 16 milliards d’euros par an. L’étude montre aussi qu’une réduction drastique de la pollution de l’air aux niveaux recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) permettrait d’éviter un grand nombre de cas.
Pour mener à bien cette évaluation quantitative, qui concerne la période 2016-2019 (avant l’épidémie de Covid-19), l’autorité sanitaire s’est concentrée sur huit maladies chroniques ayant un lien scientifiquement démontré avec les deux polluants de l’air les plus étudiés (les particules fines et le dioxyde d’azote). Il s’agit de maladies respiratoires (cancer du poumon, bronchopneumopathie chronique obstructive, asthme de l’enfant et de l’adulte et pneumopathie et autres infections aiguës des voies respiratoires, grippe exclue), mais aussi cardio-vasculaires (AVC, infarctus du myocarde, hypertension artérielle) et métaboliques (diabète de type 2).
L’étude montre que l’exposition à long terme à la pollution de l’air ambiant a un « impact conséquent » sur l’apparition de nouveaux cas. Ainsi, chez les enfants, entre 12 % et 20 % des nouveaux cas de maladie respiratoire (soit entre 7 000 et presque 40 000 cas par an, selon la maladie et le polluant étudié) sont attribuables à la pollution de l’air. Chez les adultes, l’estimation oscille entre 7 % et 13 % des nouveaux cas de maladies respiratoire, cardio-vasculaire ou métabolique, soit entre 4 000 et presque 78 000 cas par an, selon la pathologie prise en compte et le type de pollution.
Zones urbaines
Parce qu’elles pénètrent profondément dans l’organisme, les particules fines (PM 2,5, inférieures à 2,5 micromètres), émises par le chauffage, le trafic routier, l’agriculture ou les activités industrielles, ont les effets les plus délétères. Ainsi, l’exposition aux PM 2,5 est à l’origine de près de 40 000 nouveaux cas d’asthme, chaque année, chez les enfants. Chez les adultes, si on s’intéresse aux pathologies respiratoires, les particules fines représentent plus de 22 000 nouveaux cas (11 %) de bronchopneumopathie chronique obstructive à partir de 40 ans et plus de 4 100 nouveaux cancers du poumon (10 %) à partir de 35 ans. Les incidences sont encore plus fortes au niveau cardio-vasculaire, avec 78 000 cas supplémentaires d’hypertension artérielle (11 %) chez les 18 ans et plus, plus de 10 000 nouveaux cas d’AVC (plus de 10 %) à partir de 35 ans et plus de 8 100 nouveaux cas d’AVC (8,5 %) chez les plus de 35 ans. Enfin, plus de 14 400 nouveaux cas de diabète de type 2 (7 %) sont attribuables, chaque année, à l’exposition aux particules fines.
Lire aussi | Article réservé à nos abonnés La pollution de l’air en Ile-de-France, une « préoccupation majeure » pendant les Jeux de Paris 2024Lire plus tard
Les conséquences sanitaires de l’exposition au dioxyde d’azote (NO2), gaz toxique émis principalement par le trafic routier, sont surtout observées dans les zones urbaines, plus densément peuplées. Dans les agglomérations, le NO2 est ainsi à l’origine de plus de 21 000 nouveaux cas d’asthme (plus de 15 %) chez les enfants (0-17 ans) et de plus de 6 000 cas de pneumopathie et d’infection aiguë des voies respiratoires (plus de 14 %) chez les moins de 13 ans. Chez les adultes, il représente plus de 10 000 cas d’asthme (près de 16 %) pour les moins de 40 ans.
Déjà très lourd, le fardeau sanitaire de la pollution de l’air est sans doute sous-estimé : l’étude ne prend pas en compte les effets à court terme, en particulier ceux des pics de pollution, ni l’ensemble des pathologies associées à l’exposition aux particules fines, notamment neurologiques comme la démence ou les troubles du spectre autistique, en raison de l’insuffisance de donnés sanitaires disponibles.
Lire aussi | Pollution de l’air dans le métro : trois stations de l’Est parisien dans le rougeLire plus tard
« Poids économique majeur »
Ce fardeau sanitaire représente un « poids économique majeur ». Là aussi, ce sont les particules fines qui ont le coût le plus élevé. Il est estimé à 12,9 milliards d’euros par an, soit près de 200 euros par an et par habitant pour les huit maladies étudiées. Le coût associé au dioxyde d’azote est évalué à 3,8 milliards d’euros (56euros par an et par habitant). La facture dépasse 7 milliards d’euros pour le seul asthme chez les enfants (4,27 milliards d’euros associés aux PM2,5 et 2,82 milliards au NO2).
Le volet économique de l’étude a été développé en partenariat avec l’Aix-Marseille School of Economics (Aix-Marseille Université/CNRS). Pour chaque maladie, il prend en compte trois composantes (sanitaire, productive et immatérielle). La composante sanitaire comprend les dépenses de santé (consultations, médicaments, hospitalisations) supportées par le système de soin et par le patient. La composante « perte de production » correspond aux ressources perdues par le patient, par son employeur ou par la Sécurité sociale en raison de la maladie (salaire, retraite anticipée, arrêts de travail…). La composante immatérielle, enfin, mesure les pertes de bien-être (anxiété, douleur, perte de qualité de vie…).
Ces coûts exorbitants pourraient être sérieusement allégés si les concentrations atmosphériques en particules fines et dioxyde d’azoteétaient abaissées aux niveaux recommandés par l’OMS (5 microgrammes par mètre cube [µg/m3] en moyenne annuelle pour les PM2,5 et 10 µg/m³ pour le NO2). Pour le seul asthme infantile imputable aux particules fines, par exemple, le respect des lignes directrices de l’institution onusienne permettrait d’économiser plus de 3 milliards d’euros par an, en évitant près de 30 000 nouveaux cas annuels. Au total, le respect de la valeur guide de l’OMS permettrait d’éviter 75 % des cas de maladies attribuables aux PM2,5 et près de 50 % de celles liées au dioxyde d’azote, soit d’économiser, chaque année, respectivement 9,6 milliards d’euros (148 euros par an et par habitant) et 1,7 milliard d’euros (25 euros par an et par habitant).
« Réveiller les consciences »
La France en est encore loin. Sur la période étudiée (2016-2019), la concentration moyenne annuelle en PM2,5 était de 9,6 µg/m³ avec des variations comprises entre 9,2 µg/m³ dans les communes rurales peu denses et 11,6 µg/m³ dans les agglomérations les plus denses. L’écart est encore plus important pour le NO2, avec des concentrations qui frôlent 23 µg/m³ dans les grands centres urbains, contre 7 µg/m3 à la campagne.
L’étude suggère par ailleurs que les bénéfices attendus pour la santé seraient globalement plus importants dans les territoires plus défavorisés et urbanisés. Ces analyses exploratoires doivent cependant être interprétées avec précaution et complétées, précisent les auteurs.
Lire aussi | Article réservé à nos abonnés ZFE : pourquoi les renforcements qui entrent en vigueur le 1ᵉʳ janvier ne vont presque rien changerLire plus tard
« Les chiffres révélés par cette étude sont essentiels pour rendre visibles les multiples effets délétères de la pollution de l’air, qui est le premier facteur de risque environnemental pour la santé, commente Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France. Ils sont utiles pour réveiller les consciences à un moment où les pouvoirs publics doivent prendre des mesures parfois impopulaires, et qui demandent des sacrifices et des changements dans nos comportements collectifs et individuels pour préserver notre environnement. » A l’heure où les zones à faibles émissions sont remises en question, SPF rappelle que l’un des premiers leviers d’action reste la réduction du trafic routier, mais qu’il convient de s’attaquer à toutes les sources de pollution comme le chauffage au bois, les pratiques agricoles (en particulier les épandages) et les activités industrielles.
Méthodologie de l’étude
L’évaluation de l’impact de la pollution de l’air en termes de survenue de maladies chroniques repose sur une méthode appelée Evaluation quantitative d’impact sanitaire (EQIS). Celle-ci quantifie les cas de maladies ou de décès attribuables à la pollution en fonction des concentrations des polluants de l’air, de la population exposée à ces polluants et des fonctions concentrations-risques associées estimées à partir d’études épidémiologiques. En utilisant la quantification de ces liens directs entre l’exposition à des polluants, comme les particules fines ou le dioxyde d’azote, et des maladies chroniques telles que l’asthme, les maladies cardiovasculaires ou le diabète, elles permettent de calculer les risques associés à une augmentation donnée des niveaux de pollution. Par exemple, une augmentation de 10 µg/m³ de particules fines en moyenne annuelle augmente de 16 % le risque de cancer du poumon.
L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.S’abonner