Les chercheurs du CNRS en colère contre la réforme des financements des laboratoires

REPORTAGE. « Une pénurie organisée par le gouvernement » 

   

Social,  Sciences et techniques,  Politique

Publié le 28/01/2025 à 06:34 https://www.ladepeche.fr/2025/01/28/reportage-une-penurie-organisee-par-le-gouvernement-les-chercheurs-du-cnrs-en-colere-contre-la-reforme-des-financements-des-laboratoires-12473082.php

Martin Planques

Plusieurs syndicats des chercheurs et employés du CNRS ont appelé à un rassemblement devant leur direction régionale à Toulouse ce lundi 27 janvier. Le but était de protester contre la réforme des « Key Labs » qui favoriserait le financement de certains laboratoires par rapport à d’autres.

Ils étaient 250, ce lundi 27 janvier, avenue Edouard Belin, à Toulouse pour protester contre la réforme des « Key Labs ». L’intersyndicale des chercheurs et employés du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a appelé à la mobilisation contre le projet porté par le PDG du CNRS, Antoine Petit, qui souhaite « concentrer plus de moyens sur 25 % des unités de recherche, les ‘Key Labs’, qui auraient ce label pour les cinq prochaines années ». Au détriment, selon eux, de 75 % des laboratoires qui emploient plus de la moitié du personnel. Cette annonce se fait dans un contexte tendu : les sénateurs ont annulé plus d’un milliard d’euros de crédits et le projet de loi de finances 2 025 demande 100 millions d’économies au CNRS.

« Des choix de gestion sont maquillés en crise »

« Tout le monde projette sur les listes établies des laboratoires qui seront sélectionnés comme ‘Key Labs' », explique un chercheur présent à la manifestation. Les petits groupes s’agglutinent aux abords du CNRS. Les mêmes questions brûlent les lèvres et captivent les esprits : quels laboratoires seront sélectionnés et comment seront-ils choisis ?

A lire aussi : DOSSIER. Budget 2025 : sports, culture, agences de l’État… dans quels secteurs François Bayrou s’apprête-t-il à faire des économies ?

« Ces laboratoires seraient choisis unilatéralement par la direction sans que l’on sache vraiment pourquoi ni comment », tranche une autre personne du même groupe. Conséquence d’une grogne généralisée : une motion de défiance demandant la démission d’Antoine Petit a déjà recueilli près de 9 000 signatures. L’annonce de cette réforme a été faite le 12 décembre dernier et cette « décision a été prise de manière unilatérale et sans concertation, ce qui est une double cause de colère », a exprimé Bruno Guibert de la SNTRS-CGT 31 dans sa prise de parole devant les personnes présentes. « C’est un choix assumé par la direction et pas seulement un problème de financement de la recherche. C’est une pénurie organisée par le gouvernement qui a conduit à cette décision ».

null

Quelques centaines d’employés du CNRS étaient rassemblées à Toulouse ce lundi

Quelques centaines d’employés du CNRS étaient rassemblées à Toulouse ce lundi DDM – NATHALIE SAINT AFFRE

« Comment peut-on ainsi sacrifier les structures clés dans la gestion et l’accompagnement du monde à venir ? Qu’ils soient socio-économiques ou climatiques, les enjeux auxquels nos sociétés vont devoir se confronter ne peuvent trouver de salut sans une recherche en état de marche », continue le chercheur face à un auditoire très réceptif. « Il n’y a pas de véritable crise budgétaire en France mais des choix de gestion qui nous sont imposés et qui sont maquillés en crise », selon le syndicaliste qui termine son propos en répétant d’une voix déterminée le mot, « Résistance », sous les applaudissements de la foule. « On veut la peau du CNRS », souffle une employée du centre venue soutenir le mouvement.

null

« Il y a une vraie rancœur, une vraie amertume qui s’installe »

Pour Simon Dap de FO, chercheur en physique des plasmas, « la recherche est un une cible facile pour faire des coupures budgétaires ». « On devient très souvent une variabilité d’ajustement, d’autant qu’une grosse partie du budget de la recherche est mangée par le crédit impôt recherche », ajoute-t-il. Mais autre problématique soulevée lors de cette mobilisation : la façon dont vont être sélectionnés les laboratoires pour le projet « Key Labs »… « Au-delà de ce que je pense de la réforme, toute cette organisation fait très amateur », explique un manifestant.

Les fameuses listes circulent via le bouche à oreille mais personne ne semble pouvoir dire avec fermeté quel est en est l’exact contenu. « Il y a des bruits de couloirs et des rumeurs qui circulaient », nous explique Simon Dap. « Ce ras-le-bol s’accumule et, là, c’est la goutte d’eau », n’hésite pas à affirmer le chercheur qui assure que « les gens ne parlent que de ça ». »Il y a une vraie rancœur, une vraie amertume qui s’installe », regrette-t-il avant de conclure non sans inquiétude : « On est en train de s’aborder notre avenir ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire