Par Mathias Thépot
C’est la cure d’austérité du siècle. La baisse des dépenses publiques prévue dans le budget 2025 de François Bayrou est inédite depuis vingt-cinq ans et atteindra près de 35 milliards d’euros par rapport à 2024. À cela il faut ajouter à une hausse de 20 milliards d’euros des recettes fiscales, soit un effort global d’environ 55 milliards d’euros pour atteindre un déficit public de 5,4 % du PIB.
Telle est la copie sortie du Sénat le 23 janvier. À ce stade, le texte prévoit 24 milliards d’euros de coupes dans le périmètre des dépenses des missions de l’État par rapport à ce qui aurait permis de maintenir le même niveau de financement des services publics que l’an dernier.
Sur ces 24 milliards, 7 milliards d’euros sont des amendements ajoutés au Palais du Luxembourg par le gouvernement Bayrou, estime le président insoumis de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Éric Coquerel, qui a recoupé ses chiffres avec les services de Bercy.
La saignée est donc totale. La mission écologie est l’une de celles qui sont le plus impactées, avec une coupe sèche de 2,9 milliards d’euros en volume. Mais on peut aussi citer la recherche et l’enseignement supérieur (-1,7 milliard), la mission solidarité, insertion et égalité des chances (-1,4 milliard), l’enseignement scolaire (-1,1 milliard), ou l’agriculture (400 millions).
C’est sur ce périmètre des dépenses de l’État que le gros de l’effort budgétaire va se faire. Les budgets de la Sécurité sociale (-8,4 milliards) et des collectivités locales (-2 milliards) sont également sollicités mais dans une moindre mesure. Économiquement, c’est un budget qui aura des effets délétères sur l’activité.
Et encore, ce n’est pas fini. Car le gouvernement s’est fait retoquer par le Sénat pour 1,4 milliard d’euros d’amendements coupant certaines missions de l’État (logement, éducation, sport…). Il y a fort à parier qu’il revienne à la charge d’ici au vote d’une commission mixte paritaire, qui réunira jeudi quatorze député·es, sénateurs et sénatrices, avant l’examen final du texte par l’Assemblée.
Par Mathias Thépot
C’est la cure d’austérité du siècle. La baisse des dépenses publiques prévue dans le budget 2025 de François Bayrou est inédite depuis vingt-cinq ans et atteindra près de 35 milliards d’euros par rapport à 2024. À cela il faut ajouter à une hausse de 20 milliards d’euros des recettes fiscales, soit un effort global d’environ 55 milliards d’euros pour atteindre un déficit public de 5,4 % du PIB.
Telle est la copie sortie du Sénat le 23 janvier. À ce stade, le texte prévoit 24 milliards d’euros de coupes dans le périmètre des dépenses des missions de l’État par rapport à ce qui aurait permis de maintenir le même niveau de financement des services publics que l’an dernier.
Sur ces 24 milliards, 7 milliards d’euros sont des amendements ajoutés au Palais du Luxembourg par le gouvernement Bayrou, estime le président insoumis de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Éric Coquerel, qui a recoupé ses chiffres avec les services de Bercy.
La saignée est donc totale. La mission écologie est l’une de celles qui sont le plus impactées, avec une coupe sèche de 2,9 milliards d’euros en volume. Mais on peut aussi citer la recherche et l’enseignement supérieur (-1,7 milliard), la mission solidarité, insertion et égalité des chances (-1,4 milliard), l’enseignement scolaire (-1,1 milliard), ou l’agriculture (400 millions).
C’est sur ce périmètre des dépenses de l’État que le gros de l’effort budgétaire va se faire. Les budgets de la Sécurité sociale (-8,4 milliards) et des collectivités locales (-2 milliards) sont également sollicités mais dans une moindre mesure. Économiquement, c’est un budget qui aura des effets délétères sur l’activité.
Et encore, ce n’est pas fini. Car le gouvernement s’est fait retoquer par le Sénat pour 1,4 milliard d’euros d’amendements coupant certaines missions de l’État (logement, éducation, sport…). Il y a fort à parier qu’il revienne à la charge d’ici au vote d’une commission mixte paritaire, qui réunira jeudi quatorze député·es, sénateurs et sénatrices, avant l’examen final du texte par l’Assemblée.
Entre le gouvernement et le PS, un budget à la scie et l’accord qui vacille ?
Indigné par les coupes budgétaires massives décidées par le gouvernement, le Parti socialiste fait à nouveau planer le risque d’une censure. Dans le camp présidentiel, on se désole de la fragilité de l’accord proposé par François Bayrou… tout en doutant de la capacité du PS d’exécuter ses menaces.
Pauline Graulle et Ilyes Ramdani
PourPour le gouvernement, l’accalmie aura été de courte durée. Quelques jours à peine après avoir échappé à l’adoption d’une motion de censure, jeudi 16 janvier, François Bayrou et ses soutiens entrevoient avec appréhension celle qui ne manquera pas de suivre, dans les premiers jours de février, l’utilisation de l’article 49-3 pour adopter le projet de loi de finances pour 2025.
Et si les socialistes faisaient machine arrière ?, commence-t-on à s’interroger au sein de la coalition au pouvoir. L’enjeu est de taille, tant l’accord de non-censure conclu entre le premier ministre et le Parti socialiste (PS) avait fait office de basculement inattendu pour l’exécutif. « Je n’y croyais pas du tout, reconnaît par exemple une ministre, déjà en poste sous Michel Barnier. Je ne pensais pas qu’on y arriverait, je voyais la dissolution comme inéluctable. Cet accord change complètement la perspective. »
Éloignée – au moins pour un temps – l’épée de Damoclès de la censure : dans les jours qui ont suivi le rejet de la motion déposée par La France insoumise (LFI), après le discours de politique générale de François Bayrou, plusieurs ministres et parlementaires se sont pris à rêver de nouveau à moyen terme. Signe que l’horizon se dégage légèrement, chacun s’est remis à pousser son calendrier : des référendums, un texte sur la fin de vie, un autre sur la justice des mineurs ou une réforme institutionnelle…
L’examen du budget au Sénat est venu rappeler à chacun l’urgence et au premier ministre ses deux contraintes. La première est politique, connue mais incontournable : le gouvernement n’a pas de majorité parlementaire. La seconde est budgétaire : il s’est fixé comme objectif d’amener le déficit à 5,4 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui l’a conduit ces derniers jours à trouver une trentaine de milliards d’euros de coupes à effectuer dans les dépenses publiques.
C’est là que l’équation politique se corse pour François Bayrou. Après avoir principalement offert aux socialistes un « conclave » sur la réforme des retraites et le maintien des 4 000 postes qui devaient être supprimés dans l’Éducation nationale, l’exécutif a dû se remettre à la tâche commencée par Michel Barnier : proposer un des budgets les plus austères de l’histoire de la Ve République. « La baisse des dépenses la plus importante qu’aucun gouvernement n’ait jamais présentée », ainsi que l’a décrite fièrement le premier ministre au Sénat.
La version du texte votée par la chambre haute, jeudi 23 janvier, ne fait pas dans la dentelle : l’aide au développement y est rabotée de 2,8 milliards d’euros, l’écologie perd 995 millions supplémentaires, l’enseignement supérieur et la recherche 630 millions, les collectivités locales devront faire 2,2 milliards d’euros de coupes. L’Éducation nationale, le sport, les aides à l’emploi ou la santé sont aussi affectés. Un ministre, passé par Bercy, résume l’état d’esprit ambiant : « Tout le monde va devoir y passer. »
AME, fin de vie, 30 milliards d’économie : le PS a de quoi censurer
Pour les socialistes, la pilule a forcément un goût plus amer qu’il y a dix jours. Comment s’enorgueillir d’aider l’exécutif à faire adopter un budget aussi austéritaire ? Le président LFI de la commission des finances, Éric Coquerel, a cruellement renommé sa conférence de presse hebdomadaire sur le budget « baromètre de l’entourloupe des socialistes par François Bayrou ». Au sein même du PS, la couleur droitière du texte sorti du Sénat a fait remonter à la surface les tiraillements sur la censure.
Le député socialiste Laurent Baumel, proche d’Olivier Faure, résume la tendance : « La semaine a fait régresser la position de la non-censure acquise. » Et c’est tout le parti à la rose qui se met à hausser le ton, y compris les plus fervents défenseurs d’un accord avec le gouvernement. « Si ça continue, il y aura une censure des socialistes sur le budget, a ainsi menacé le député Philippe Brun, un des négociateurs du PS, jeudi sur BFMTV. Il faut arrêter le concours Lépine des mesures trash pour inquiéter et diviser. Ça suffit. »
Dans la litanie des mesures, parfois sorties du chapeau de Matignon quelques minutes avant leur vote par le Sénat, l’offensive de la droite contre l’aide médicale d’État (AME) a particulièrement irrité les socialistes. « Nous toucherons » à l’AME, a promis le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, tandis que la majorité sénatoriale qu’il dirigeait avant d’entrer au gouvernement a voté une baisse de 200 millions d’euros du budget du dispositif.
Quand cette baisse était apparue sous Michel Barnier, fin 2024, le président du groupe PS au Sénat Patrick Kanner s’était insurgé : « Vous aurez la censure et le déshonneur. » Et maintenant ? Le camp présidentiel mise sur la commission mixte paritaire (CMP), convoquée le 30 janvier, pour adoucir le texte du Sénat et rendre le tout plus acceptable pour le PS.
Tout ça est très fragile et très instable. Dès qu’on bouge un paramètre, on peut tout faire vriller.
Un proche de François Bayrou
L’affaire sera une question de dosage car, de l’autre côté, la droite Les Républicains (LR) veille au grain. Mardi matin, invité à Matignon en présence des autres cadres de la coalition, Laurent Wauquiez a interrogé François Bayrou : « On sait combien ça coûte, au total, toutes les concessions aux socialistes ? » Le premier ministre a répondu – comme souvent – par une formule floue, promettant de revenir vers le Parlement avec des chiffres consolidés.
Placé dans une position moins confortable que sous Michel Barnier, LR compte bien mettre en scène un rapport de force avec l’exécutif. En plus des coupes budgétaires, l’annonce d’une scission en deux de la loi sur la fin de vie et la nouvelle circulaire sur l’immigration de Bruno Retailleau, qui réduit les régularisations à peau de chagrin, ont été reçues comme autant de clins d’œil au parti de droite.
En face, le PS doit donc continuer à mettre en scène ses victoires transactionnelles pour justifier, auprès de sa base militante et de son électorat, son revirement du 16 janvier. Dimanche sur BFM TV, le premier secrétaire Olivier Faure a redit sa détermination à négocier jusqu’au bout. Les macronistes serrent les dents. « Attention au PS, a lancé le député Karl Olive à François Bayrou, mardi, lors de la réunion hebdomadaire du groupe Ensemble pour la République (EPR). Ils vont faire les poches des Français ! ».
À l’aile la plus libérale du parti présidentiel, désormais majoritaire, c’est la tonalité des discussions du moment. « Vu tout ce qu’on leur a lâché, j’espère qu’ils se doutaient qu’on irait chercher des sous ailleurs, grince une députée EPR. On ne joue pas à La Bonne Paye, là ! Sinon, il fallait nommer Olivier Faure à Matignon. » Son collègue Mathieu Lefèvre se fait plus diplomate : « Si les négociations avec les socialistes valent un accord sur tous les textes, c’est un bon deal. Mais je crains qu’ils demandent plus. »
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24 janvier 2025
Comme dans une partie de poker, chacun cherche à lire dans le jeu de son adversaire. Autour de François Bayrou, certaines voix plaident pour ne pas surestimer les coups de pression d’un PS bien moins armé qu’il ne le prétend. « Je les imagine mal revenir en arrière maintenant qu’ils sont allés si loin dans la démarcation avec LFI », pense par exemple une ancienne ministre de Michel Barnier. « Si le PS vote finalement la censure, ils perdront beaucoup de plumes, appuie un pilier du camp présidentiel. Les gens vont se dire : c’est quand même bizarre, cette histoire. »
Pour autant, l’optimisme n’est pas le bon mot pour définir l’état d’esprit ambiant dans les allées du pouvoir. « Tout ça est très fragile et très instable, résume un proche de François Bayrou. Dès qu’on bouge un paramètre, on peut tout faire vriller. J’espère que le PS ne fera pas comme le Rassemblement national avec Michel Barnier, à savoir surenchérir jusqu’à la dernière minute. On essaie d’entendre leurs difficultés. Il faut qu’ils entendent les nôtres. »