La face cachée des data centers et de l’IA avec leur soif d’électricité

Data centers : la face pas si cachée du numérique

ADEME Magazine JANVIER 2025

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De l’extérieur, c’est un bâtiment industriel classique, situé en région parisienne. À l’entrée, un poste de sécurité vérifie les allées et venues. Puis, sept points de contrôle se succèdent, entrecoupés de couloirs de circulation. Détecteurs d’empreintes, badgeuses, sas unipersonnel, et système de vidéo surveillance à 360° ne laissant aucun angle mort : il s’agit d’un arsenal ultrasécurisé destiné à protéger des salles entières de serveurs qui abritent un actif sensible et stratégique : des données numériques.

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Nous sommes à Saint-Denis, dans l’un des plus grands campus de data center (centre de données) en France, géré par l’entreprise Equinix. « On est un peu les soutiers de l’informatique. Personne ne nous connaît, mais dès que vous utilisez Internet, vous avez neuf chances sur dix de passer par nos data centers », assure Régis Castagné, directeur général pour la France de la société américaine qui détient près de 264 installations dans le monde. 

Les data centers sont des installations physiques, des bâtiments destinés à stocker, traiter, et échanger de grandes quantités de données, à travers un réseau principalement composé de serveurs. Véritables coffres-forts du numérique, les professionnels et les particuliers sollicitent les data centers et les serveurs qu’ils renferment à chaque fois qu’ils utilisent des applications, des services en ligne, des logiciels, des terminaux mobiles, ou encore des sites web. Ces infrastructures sont de deux grands types. Les data centers dits « de colocation » hébergent les données de clients différents. Ces derniers louent des serveurs déjà installés, ou un espace dans lequel ils installent leurs propres serveurs. Les data centers dits « d’exploitation », quant à eux, sont ceux que les entreprises et les services publics hébergent au sein de leurs propres bâtiments.
Avec l’essor massif des cryptomonnaies et de l’intelligence artificielle, le volume mondial de données en circulation ne cesse d’augmenter (+ 40 % par an, selon Digital Realty, entreprise américaine de gestion de data centers, au Data center World Paris qui s’est tenu les 27 et 28 novembre 2024) entraînant un besoin accru de stockage et de calcul. Ce qui n’est pas sans conséquences sur l’environnement.

Électricité, eau, métaux : une industrie aux besoins croissants

© Sandra Mehl

Le numérique est à l’origine de 4,4 % de l’empreinte carbone en France.
Les data centers, quant à eux, représentent la deuxième source de pollution du secteur du numérique, après la fabrication des équipements. Leur empreinte environnementale provient en partie des besoins en électricité continus nécessaires à leur fonctionnement. Même lorsqu’un serveur est en veille, il consomme en moyenne 100 watts afin de répondre instantanément à une requête, et un gros data center en contient des milliers. « Un data center doit garantir la sécurité physique du capital digital que nos clients nous confient. Et il doit aussi être accessible 24 h sur 24, 7 jours sur 7. Alors, l’une de nos missions est de nous assurer que toutes les conditions sont réunies pour qu’il soit fourni en électricité en permanence », précise Régis Castagné. Ainsi, les data centers consomment actuellement 2 % de l’énergie mondiale. Et les estimations prévoient qu’en 2050, ils représenteront jusqu’à 6 % de l’électricité consommée en France. Et « les gros data centers atteignent des puissances de fonctionnement telles que des accords sont actuellement signés aux USA pour bénéficier de l’électricité d’origine nucléaire », précise Bruno Lafitte, expert en technologie de l’information à l’ADEME. L’empreinte carbone des data centers s’explique également par le recours à des systèmes de refroidissement destinés à réguler la chaleur qu’ils produisent. Pour ne pas être altérés dans leur fonctionnement, les serveurs ont besoin d’être maintenus à une température ambiante de 25 °C.
« Le refroidissement est l’une des fonctions vitales d’un data center. C’est un enjeu majeur. 40 % de l’énergie consommée par cette installation viennent de son système de refroidissement », ajoute Bruno Lafitte. En plus de la consommation énergétique, ces techniques de refroidissement demandent, selon la technique utilisée, une grande quantité d’eau, une ressource précieuse, devenant stratégique à cause des effets du réchauffement climatique et du stress hydrique induit.
De plus, la fabrication et la fin de vie des équipements qui composent les data centers sont une source de pollution supplémentaire. À l’instar des appareils électroniques, les serveurs informatiques exigent de grandes quantités de métaux rares, dont l’extraction intensive, principalement en Afrique, repose sur des procédés polluants.

Quelles pistes pour limiter l’impact des data centers ?

Comment réduire alors l’impact environnemental d’une activité destinée à se développer inexorablement ? Une première piste consiste à réduire l’utilisation d’énergie carbonée et à augmenter celle des énergies renouvelables pour l’alimentation des data centers. « Chez nous, l’usage de l’électricité est responsable de 44 % de nos émissions carbone. L’objectif est d’avoir recours à 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2025. On en est à 92 % aujourd’hui », relate Grégory Lebourg, directeur de l’environnement chez OVHcloud. Une avancée de taille pour cette société au 1,6 million de clients, et 450 000 serveurs, qui émet près de 170 000 tonnes de CO2 par an. Quant à Equinix, l’entreprise a déjà atteint l’objectif de 100 % en Europe et a créé ses propres sources d’énergie renouvelable sur le territoire français grâce à sept nouvelles fermes éoliennes.

La serre implantée sur le toit du bâtiment d’Equinix accueille la culture de plants de tomates.
© Sandra Mehl

Autre levier d’action : la promotion du recyclage et du réemploi des composants servant à fabriquer les serveurs. Dix ans après sa création en 1999, OVHcloud a fait le choix d’une chaîne logistique inversée. 

« Nous avions déjà pris la décision de fabriquer nos propres serveurs pour garantir notre indépendance. Lorsque ceux-ci ont eu dix ans, on les a renvoyés dans nos usines de production pour les désosser, tester unitairement chaque élément, et voir dans quelle mesure on pouvait les réutiliser. Aujourd’hui, notre taux de réemploi de composants – grâce à un indicateur que nous avons créé – oscille entre 25 et 36 %. Cela évite chaque année l’émission de 17 000 tonnes de CO2Comprendre cette valeu, poursuit Grégory Lebourg.

De plus, des initiatives sont développées pour récupérer et valoriser la chaleur fatale générée par le fonctionnement des data centers. Retour à Saint-Denis, où la piscine olympique ainsi que 1 600 logements autour d’elle sont chauffés par un réseau de chaleur urbain alimenté par l’activité d’Equinix. La ferme urbaine positionnée sur le toit du data center est chauffée de la même manière, produisant deux tonnes de tomates et quelques kilos d’aromates redistribués à une épicerie solidaire de la ville.

En savoir plus

Stargate, le projet à 500 milliards de dollars de Donald Trump pour doper l’intelligence artificielle

Le président américain a dévoilé, mardi 21 janvier, ce projet destiné à bâtir les centres de données géants de la future génération d’IA, élaboré par Oracle, OpenAI et SoftBank. Soit 100 milliards de dollars investis tout de suite, auxquels doivent s’ajouter 400 milliards d’ici à 2029. 

Par Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)Publié hier à 07h46, modifié hier à 12h24

https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/01/22/le-mandat-trump-commence-par-une-pluie-de-centaines-de-milliards-dollars-destines-l-intelligence-artificielle_6509500_3234.html

Temps de Lecture 3 min.

Le président américain, Donald Trump, avec Larry Ellison, cofondateur d’Oracle, Masayoshi Son, PDG de SoftBank, et Sam Altman, PDG d’OpenAI, à la Maison Blanche, à Washington, le 21 janvier 2025.
Le président américain, Donald Trump, avec Larry Ellison, cofondateur d’Oracle, Masayoshi Son, PDG de SoftBank, et Sam Altman, PDG d’OpenAI, à la Maison Blanche, à Washington, le 21 janvier 2025.  CARLOS BARRIA / REUTERS

Joe Biden mettait en scène les investissements en faveur des microprocesseurs et de la transition énergétique. Donald Trump le fait avec l’intelligence artificielle (IA). Au lendemain de son investiture, le nouveau président américain a annoncé, en direct de la Maison Blanche, mardi 21 janvier, un investissement considérable dans l’IA nommé « Stargate ». Cent milliards de dollars (96 milliards d’euros) déboursés immédiatement, qui devraient être portés à 500 milliards de dollars dans les quatre prochaines années, seront destinés à bâtir l’infrastructure alimentant la prochaine génération d’avancées en matière d’IA, essentiellement d’immenses centres de données et le système énergétique les alimentant.

Le projet est porté par OpenAI, la firme qui a lancé ChatGPT fin 2022, la société d’investissement japonaise SoftBank et le géant du numérique Oracle. Leurs dirigeants étaient présents à la Maison Blanche : Sam Altman (OpenAI), Masayoshi Son (SoftBank) et Larry Ellison, fondateur d’Oracle, quatrième fortune américaine.

« Cette entreprise monumentale est une déclaration de confiance retentissante dans le potentiel de l’Amérique sous un nouveau président », s’est prévalu M. Trump. La cérémonie visait à montrer la capacité du chef d’Etat républicain, dans la foulée de Joe Biden, à attirer les investissements étrangers. Le patron de SoftBank avait déjà promis un investissement de 100 milliards de dollars sur quatre ans lors de sa visite en décembre 2024 au président élu Trump, dans son complexe de Mar-a-Lago, en Floride. « Le mois dernier, je vous ai promis que nous investirions 100 milliards de dollars, et vous m’avez dit d’en mettre 200. Maintenant, je suis revenu avec 500 milliards, parce que c’est, comme vous le dites, le début de l’âge d’or en Amérique », a déclaré M. Son.

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L’annonce confirme surtout que la nouvelle frontière des Etats-Unis est l’IA et qu’il faudra pour cela une quantité quasi inépuisable d’énergie. Le premier projet du programme Stargate, auquel participent aussi Microsoft et le fabricant de microprocesseurs Nvidia, sera situé au Texas, un Etat qui regorge d’énergie, qu’il s’agisse d’hydrocarbures, de solaire et d’éolien mais aussi de nucléaire. « Je vais beaucoup aider à travers des déclarations d’urgence [sur l’énergie], a précisé Donald Trump. [Les promoteurs de Stargate] doivent produire beaucoup d’électricité et [cette déclaration d’urgence] leur permettra de réaliser cette production très facilement dans leurs propres usines. Et cela impliquera la construction de centres de données colossaux, de structures très massives. »

Vaccins contre le cancer

Le président a ensuite demandé aux entrepreneurs de détailler la nature du projet. « Les centres de données sont en cours de construction, le premier d’entre eux au Texas », a déclaré Larry Ellison, révélant en creux que le projet n’avait pas attendu Donald Trump pour être lancé. « Chaque bâtiment occupe 4,6 hectares. Il y en a actuellement dix en construction, mais ce nombre va s’étendre à vingt bâtiments », a poursuivi le fondateur d’Oracle.

M. Ellison a détaillé les applications de cette puissance décuplée des moyens de l’IA, notamment dans la santé et les vaccins contre le cancer. « Pour tous nos cancers, des petits fragments de ces tumeurs flottent dans le sang. En utilisant un test sanguin et l’intelligence artificielle, vous pouvez faire une détection précoce du cancer, a déclaré M. Ellison.Après avoir séquencé le gène de la tumeur cancéreuse, vous pouvez faire ce vaccin ARN [la technologie utilisée contre le Covid-19] de manière robotique en utilisant l’IA, en quarante-huit heures environ, puis vacciner la personne. C’est la promesse que je fais, la promesse de l’avenir. »

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Donald Trump a conclu, ravi, la présentation : « Il s’agit d’argent qui aurait normalement dû être versé à la Chine ou à d’autres pays. Nous avons déjà sécurisé près de 3 000 milliards de dollars de nouveaux investissements aux Etats-Unis. Et il y en aura probablement 6 000 ou 7 000 milliards d’ici à la fin de la semaine. Notre pays va prospérer comme jamais auparavant et ce sera l’âge d’or de l’Amérique. »

« Protéger la sécurité nationale de l’Amérique »

Dans un contexte d’allégeance des patrons de la tech à Donald Trump et d’affrontement avec la Chine, les entreprises se sont prêtées à la politisation de leur investissement, ce qui n’empêche pas que les montants en jeu soient, peu importe le rôle réel ou supposé de Donald Trump, colossaux : « Cette infrastructure permettra aux Etats-Unis de consolider leur leadership dans le domaine de l’intelligence artificielle, de créer des centaines de milliers d’emplois [dans le pays] et de générer des retombées économiques considérables pour le monde entier. Ce projet contribuera non seulement à la réindustrialisation des Etats-Unis, mais fournira également une capacité stratégique pour protéger la sécurité nationale de l’Amérique et de ses alliés », écrit OpenAI, qui ajoute que ce projet « permettra aux personnes créatives de comprendre comment utiliser l’IA pour élever l’humanité ».

Les actions Oracle ont terminé la journée de mardi en hausse de 7 % et elles ont enregistré une hausse supplémentaire de 3 % dans les échanges informels postclôture après la conférence de Donald Trump. L’investissement ne comprend pas a priori de subventions fédérales.

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En Bourse, les actions d’IA n’en finissent pas de s’envoler comme celles de l’informatique quantique, en dépit d’une forte volatilité. C’est aussi le cas pour plusieurs start-up du nucléaire, comme Oklo, spécialisée dans la fission et présidée par Sam Altman, des entreprises qui se penchent sur de nouvelles méthodes d’exploitation de cette énergie, dans un pays en besoin croissant et massif d’électricité.

Arnaud Leparmentier (New York, corres

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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