Comment Carole Delga peut-elle croire un seul instant que la gauche peut gagner des élections législatives ou présidentielles sans les électeurs de la France Insoumise.

Carole Delga, présidente socialiste de la région Occitanie : « Si l’union de la gauche n’est pas sincère, ce n’est qu’un marchandage, une tromperie »

Dans un entretien au « Monde », l’ancienne ministre de François Hollande se réjouit qu’Olivier Faure ait pris ses distances avec LFI et une gauche versée dans la conflictualité. En vue du prochain congrès du PS, elle préconise d’« adopter la ligne d’une gauche réformiste, européenne et universaliste ». 

Propos recueillis par Sandrine Cassini et Laurent Telo

Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 08h31 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/01/23/carole-delga-parti-socialiste-si-l-union-de-la-gauche-n-est-pas-sincere-ce-n-est-qu-un-marchandage-une-tromperie_6510986_823448.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20250123&lmd_email_link=a-la-une-autres-titres-titre_titre_3&M_BT=53496897516380

Temps de Lecture 5 min.

Carole Delga, le 5 octobre 2024.
Carole Delga, le 5 octobre 2024.  MARLÈNE AWAAD POUR « LE MONDE »

La présidente socialiste de la région Occitanie et présidente de l’association Régions de France prend position à quelques jours de l’examen et du vote du budget. Elle énonce ce qui devrait, selon elle, être la position « responsable » du Parti socialiste (PS). Vent debout contre la Nouvelle Union populaire écologique et sociale en 2022, elle a approuvé le Nouveau Front populaire (NFP), mais appelle les siens à couper le lien avec La France insoumise (LFI). L’ancienne ministre de François Hollande réfléchit également à poser sa candidature à la mairie de Toulouse aux élections municipales de 2026.

Les socialistes doivent-ils maintenir leur position de non-censure sur le budget, comme ils l’ont fait sur le discours de politique générale de François Bayrou ?

La France a besoin de retrouver son rang, son leadership, pour que l’Europe ait une voix forte, plus encore depuis l’élection de Donald Trump. Cela passe par une stabilité institutionnelle, tout en changeant de politique, pour amener une réponse au sentiment d’injustice très fort qu’ont les Français. C’est pour cela que j’ai œuvré pour la non-censure. Je suis clairement dans un esprit de responsabilité et d’opposition constructive. Il faut continuer à l’être pour le projet de loi de finances. La situation budgétaire du pays est tellement dégradée qu’il faut des économies équilibrées et ciblées. Mais il faut aussi une plus grande justice fiscale, et donc une taxation des très grandes fortunes.

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Avez-vous d’autres priorités pour ce budget ?

Après les retraites, il faudra une conférence sociale sur la revalorisation des salaires. La France ne peut plus accepter d’avoir autant de travailleurs pauvres, des classes moyennes qui ne s’en sortent plus. Ce budget doit aussi nous permettre d’avoir une croissance durable et d’investir dans la décarbonation de nos activités. Il faut enfin donner des moyens à l’éducation nationale, au secteur de la santé, aux forces de l’ordre, à la politique de logement. Il ne s’agit pas d’être pour la dépense publique, mais pour les services publics.

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Où en est le Nouveau Front populaire aujourd’hui ?

Je suis pour l’union de la gauche dans le respect de sa diversité et dans un cadre républicain intangible. Le NFP a été fondé sur une charte d’engagements, sur des valeurs universalistes et humanistes. A partir du 7 juillet à 20 h 03 [soir du second tour des élections législatives de 2024], Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants ne l’ont plus respectée. En ayant des propos toujours plus complaisants vis-à-vis des terroristes du Hamas, une expression de plus en plus violente et en brutalisant le débat public. Mais les gesticulations ou les « oukases » de Jean-Luc Mélenchon n’ont que peu d’importance.

Regrettez-vous d’avoir adoubé le NFP ?

C’était une réponse au danger de l’extrême droite, avec un cadre laïc et donc républicain. Elle nous demandait dépassement et apaisement. Mais les vieilles marottes de la direction de LFI que sont la présidentielle et la tentation communautaire sont toujours là.

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Faut-il en terminer avec les candidatures uniques aux législatives ?

Je n’ai pas l’obsession de la candidature unique, j’ai l’obsession de la candidature sincère. Quand je vois des candidats du NFP, lors de la dernière campagne, modifier leurs documents de campagne en fonction des lieux de distribution des tracts… C’est une politique que j’exècre, que je ne pratique pas. Je crois à la sincérité des convictions et du projet. C’est ainsi que j’ai acquis durement ma liberté, j’y tiens, c’est une force. Alors, au « talisman de l’union », comme le disent Olivier Faure et ses proches, je réponds que si l’union n’est pas sincère, ce n’est qu’un marchandage, une tromperie. L’union est durable et désirable par les citoyens qu’à la condition de la sincérité et de la clarté.

La gauche doit-elle construire des alliances au niveau national pour les municipales ?

Il faut laisser une grande autonomie aux acteurs locaux. Le bon sens du terrain doit prendre le dessus sur les appareils politiques et leurs stratagèmes.

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Allez-vous vous présenter à la mairie de Toulouse en 2026 ?

Je réfléchis parce que beaucoup de Toulousains me sollicitent. Cela me touche. Mais pour l’instant, la priorité, c’est la stabilité institutionnelle et le redressement de la France. Je suis pleinement impliquée dans la construction du budget de l’Etat, au titre de ma présidence de Régions de France.

Il n’y a toujours pas de date annoncée par Olivier Faure pour le prochain congrès du Parti socialiste…

Les statuts du parti prévoient la tenue d’un congrès en 2025…

Si le congrès a lieu, souhaitez-vous un changement de ligne et de direction ?

Je préconise d’adopter la ligne d’une gauche réformiste, une gauche européenne et universaliste, qui veut transformer notre modèle de développement. Certainement pas une gauche de la conflictualisation, qui génère la peur. Et je pense, en effet, que pour parler de l’avenir, il faut avoir des personnalités qui incarnent une forme de renouveau. Un capitaine au travail, solide sur ses appuis et clair dans sa vision, sans démarche d’intérêt personnel. Capable, une fois le congrès passé, de rassembler largement.

Ne vous étiez-vous pas tous réconciliés avec Olivier Faure au moment de la déclaration de politique générale de François Bayrou. Il semble prendre ses distances avec La France insoumise, ce qui devrait vous satisfaire…

C’est la ligne politique que je défends depuis 2022, avec Nicolas Mayer-Rossignol, Hélène Geoffroy [opposants d’Oliver Faure] et beaucoup d’autres camarades. Aujourd’hui, il y a un alignement qui a porté ses fruits et c’est la force du parti quand il est uni. Mais l’union n’est valable que si elle est durable.

François Hollande donne l’impression de faire la leçon au PS. Comment réagissez-vous à la mobilisation des soutiens d’Oliver Faure ?

Ces polémiques en vase clos n’intéressent personne. On doit plutôt travailler pour être à la hauteur du péril qui existe au sein de nos démocraties face à la montée des populismes et de l’extrême droite. Bien sûr que François Hollande est légitime à prendre position sur ce que devrait être la ligne du PS. Il est ancien président de la République, il connaît bien la France et c’est un député très impliqué.

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Certains appellent à un Epinay 2, qui rassemblerait largement la gauche hors LFI…

Je défends l’idée d’un grand rassemblement. Je l’ai toujours dit : Bernard Cazeneuve est un homme de gauche, un socialiste. Avec Raphaël Glucksmann [fondateur de Place publique], on a beaucoup à construire. Il faut par exemple faire revenir autour de la table la « gauche Charlie » qui s’est sentie trahie par l’accord avec LFI. Ce sont toutes ces forces que l’on doit mettre en action. Avec les communistes, les écologistes, les radicaux de gauche… Avec certains qui sont partis en « Macronie » et ont l’honnêteté de reconnaître qu’ils se sont trompés. Et aussi avec des militants « insoumis » qui ne se retrouvent pas dans la dérive de leur mouvement. Les Français demandent des politiques de gauche, il faut leur présenter un projet.

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Qu’est-ce que dit, selon vous, la législative partielle qui s’est déroulée à Grenoble et que le candidat de LFI a perdu face à la candidate du bloc central ?

Je fais le constat, avec gravité et émotion, qu’aujourd’hui l’image de Jean-Luc Mélenchon et de LFI fait plus peur que celle de Marine Le Pen et du Rassemblement national. Ce sont pourtant pour moi le vrai danger pour la France. Je ne veux pas, demain, d’une « trumpisation » de la politique française. Il faut écouter nos concitoyens sur le terrain. Ils demandent de la responsabilité, de la sérénité et de la volonté pour la construction d’un avenir meilleur. Il faut que la gauche retrouve la force tranquille… et la puissance.

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Sandrine Cassini et  Laurent Telo

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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