Le retrait des Etats-Unis de l’OMS risque de compliquer de nombreuses politiques de santé dont la lutte contre les prochaines pandémies. 

L’Organisation mondiale de la santé déstabilisée par le retrait américain

La décision prise par Donald Trump affectera d’autant plus l’OMS que les Etats-Unis sont le principal financeur de l’organisation onusienne. Une situation qui risque de compliquer de nombreuses politiques de santé dont la lutte contre les prochaines pandémies. 

Par Delphine RoucautePublié aujourd’hui à 13h30, modifié à 14h30 https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/01/21/l-organisation-mondiale-de-la-sante-destabilisee-par-le-retrait-americain-de-l-accord-de-paris_6508506_3244.html

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Donald Trump brandit un des premiers décrets qu’il a signés dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, à Washington  le 20 janvier 2025.
Donald Trump brandit un des premiers décrets qu’il a signés dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, à Washington le 20 janvier 2025.  EVAN VUCCI / AP

Quelques heures seulement après son investiture, lundi 20 janvier, le président américain, Donald Trump, a signé un décret visant à retirer les Etats-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une décision attendue qui devrait rebattre les cartes de la santé mondiale et, selon les experts, considérablement compliquer la lutte contre les prochaines pandémies.

Dans ce texte, Donald Trump cite plusieurs raisons pour justifier ce retrait, notamment « la mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19 » par l’OMS et « l’incapacité à adopter les réformes urgentes nécessaires ». Il a déclaré que l’agence exigeait des Etats-Unis des « paiements injustement onéreux » et s’est plaint que la Chine payait moins.

La grande question est désormais de savoir si M. Trump peut réellement décider seul de quitter l’organisation onusienne. Les Etats-Unis ont rejoint l’OMS en 1948 sur la base d’une résolution conjointe du Congrès qui donne au pays la possibilité, fait unique parmi les Etats membres de l’organisation, de se retirer de l’OMS. Car rien, dans la Constitution de cette dernière, ne précise le cadre d’un éventuel départ d’un pays.

« Répercussions cataclysmiques »

C’est précisément cette résolution historique qui pourrait imposer au président américain de faire valider son choix par les élus du Congrès. « Mais il est très peu probable que cette décision soit remise en cause, les républicains contrôlant les deux chambres », souligne Lawrence Gostin, expert en droit national et mondial de la santé à l’université de Georgetown, à Washington.

Cela n’empêchera pas d’autres contestations juridiques, notamment de directions de centres collaborant avec l’OMS. Mais, dans tous les cas, « la Cour suprême est très conservatrice et confirmerait probablement la décision de Donald Trump », ajoute M. Gostin.

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Donald Trump avait déjà tenté de quitter l’OMS lors de sa première mandature, lançant une procédure en juillet 2020. Mais les Etats-Unis ne pouvant quitter l’organisation qu’au terme d’un délai d’un an, l’arrivée au pouvoir de son successeur démocrate, Joe Biden, en janvier 2021, avait mis un terme à cette tentative.

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Depuis la pandémie de Covid-19, Donald Trump accuse l’OMS d’être sous la coupe de la Chine. Ironiquement, de nombreux experts soulignent qu’un retrait des Etats-Unis favoriserait la montée en puissance de l’influence chinoise sur la santé mondiale, tout particulièrement en matière de financement.

Car le départ américain laisse un trou béant dans les finances de l’OMS. Le pays abonde, à hauteur d’environ 20 %, le budget total de l’organisation, avec plus de 110 millions de dollars de contribution obligatoire annuelle et 1,066 milliard de dollars de contributions volontaires pour l’exercice budgétaire 2022-2023.

Les Etats-Unis devront s’acquitter de l’argent promis pour l’année en cours, mais 2026 s’annonce d’ores et déjà comme une année financièrement difficile pour l’OMS, et plus globalement pour toutes les organisations de santé mondiale. « Ce retrait aura des répercussions cataclysmiques, les Etats-Unis étant le membre le plus influent de l’OMS depuis plus de soixante-quinze ans et son principal bailleur de fonds », rappelle Lawrence Gostin.

Recul des progrès

Lors de la première mandature Trump, les pays européens avaient fait des efforts pour compenser les pertes financières des agences onusiennes, mais cela risque de ne pas être le cas cette fois-ci. « La France et l’Allemagne traversent une période d’instabilité politique considérable, et l’Allemagne a peu d’intérêt politique à venir à la rescousse de l’OMS si les Etats-Unis se retirent », assure M. Gostin.

La perte des subsides américains affecterait profondément l’ensemble des opérations de l’OMS, à la fois celles « de base », comme la surveillance, le suivi et la notification des épidémies, la publication de normes internationales sur les pratiques de soins de santé ou la compilation des données sanitaires des Etats membres, et celles fléchées par les contributions volontaires vers des programmes spécifiques.

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Parmi les projets jusque-là traités en priorité par le gouvernement américain, et qui seraient ainsi les plus affectés par son retrait, figurent l’éradication de la poliomyélite (27,4 % de ses contributions volontaires), les services de santé et de nutrition (17,4 %) et les maladies évitables par la vaccination (7,7 %).

Un programme, en particulier, serait gravement remis en cause par l’abandon américain : le fonds d’intervention d’urgence, créé en 2015 pour débloquer le plus rapidement possible des financements de réponse aux urgences sanitaires. La part des Etats-Unis ne représente pas moins de 44 % des 107 millions de dollars de ce programme.

Concrètement, la décision de Trump risque de faire totalement reculer les progrès laborieusement réalisés dans la lutte contre certaines maladies. Kelley Lee, professeure de santé publique à la Simon Fraser University, en Colombie-Britannique, au Canada, cite en premier lieu les efforts déployés pour éradiquer la poliomyélite, qui ont fait presque entièrement disparaître la maladie en trois décennies.

Risque sur la qualité de l’expertise

« La précédente administration Trump a évoqué la possibilité de confier ce travail à des tiers, mais ce n’est pas comme appeler un plombier pour faire réparer son évier : qui pourrait se rendre dans des pays comme l’Afghanistan pour mener des programmes de vaccination dans des zones peu sûres ? », interroge Mme Lee.

« Tous les Etats riches pourraient compenser la perte financière américaine, mais une grande partie de l’expertise de l’OMS est sous-traitée, notamment dans les centres collaborateurs de l’organisation », souligne Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale, à Genève, en Suisse.

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Ces centres ne reçoivent pas de financements, mais un label renouvelable tous les quatre ans de la part de l’OMS. « Cette expertise gratuite d’excellence à laquelle les Etats-Unis contribuent très fortement risque de disparaître et [cela] fait peser un risque sur la qualité globale de l’expertise de l’OMS », ajoute l’épidémiologiste.

Ce désengagement des Etats-Unis dans la santé mondiale intervient alors que les négociations autour d’un traité sur les pandémies doivent reprendre, en février, dans l’objectif de conclure un accord lors de la prochaine assemblée mondiale de la santé, en mai. « A l’ère des pandémies, le retrait du financement de l’OMS équivaut à la suppression du financement des services de lutte contre les incendies parce que l’on estime qu’ils ne sont pas suffisamment efficaces, alors même qu’il y a de plus en plus de feux de forêt », avance Kelley Lee, qui questionne la stratégie de l’administration Trump : « En quoi cela renforcera-t-il la sécurité des Américains ? »

Delphine Roucaute

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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