Après l’ADEME et l’agence sur la biodiversité c’est au tour de l’agence BIO d’être sur la sellette

L’Agence bio menacée de disparition avec l’aval du gouvernement

Le Sénat a voté un amendement actant la suppression de l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique. 

Par Laurence GirardPublié aujourd’hui à 19h18, modifié à 20h22 https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/01/20/l-agence-bio-menacee-de-disparition-avec-l-aval-du-gouvernement_6507306_3234.html

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« C’est bio la France ! » Ce slogan a été choisi comme signature de la campagne publicitaire préparée pour soutenir le marché bio, en crise profonde de consommation, et les agriculteurs convertis aux pratiques respectueuses de l’environnement. Elle devait être présentée lors du Salon de l’agriculture, qui ouvrira ses portes le 22 février à Paris. Sauf que l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique, dite « Agence bio », son instigatrice, pourrait bien disparaître du paysage. Vendredi 17 janvier, le Sénat a en effet voté, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances, un amendement défendu par le sénateur Laurent Duplomb (LR) actant sa suppression.

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Le gouvernement, à travers la voix de sa ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a donné son accord de bienveillance, dit « avis de sagesse », à l’adoption de cet amendement. Lundi 20 janvier, son cabinet a réagi, en mettant cette décision en perspective avec « la trajectoire de réduction du nombre d’opérateurs de l’Etat ». Il précise que le texte adopté vise à supprimer la charge pour service public de l’Agence bio, soit une annulation de crédit de 2,9 millions d’euros, et à transférer ses missions soit sous l’égide du ministère, soit sous celle de l’établissement public FranceAgriMer. Enfin, le cabinet souligne que « toute évolution de cette nature doit être précédée d’une consultation ».

Dirigeants et employés de l’Agence bio, qui compte 23 salariés de droit privé, n’ont, à leurs dires, pas été consultés avant cette décision. Quant au président de la Fédération nationale d’agriculture biologique, Philippe Camburet, il n’a été reçu par Mme Genevard que lundi matin. « On peut dire que ce gouvernement a le sens du timing et de la cohérence politique. Venir nous expliquer en pleine crise de la bio qu’il faut supprimer l’acteur chargé de promouvoir nos produits, c’est pour le moins osé. Depuis trois ans, nous avions l’impression d’être rentrés dans un processus collaboratif de recherche de solutions qui vient d’être mis à terre », déplore-t-il.

La baisse de la consommation fragilise la filière

L’Agence bio, créée en 2001, a trois missions de service public : promouvoir le label bio auprès des consommateurs, analyser le marché tout en publiant des données statistiques fiables sur son développement, et financer la structuration des filières avec le Fonds Avenir bio. Selon le dernier baromètre diffusé en juin 2024, le nombre d’agriculteurs bio a dépassé les 61 000, et ils exercent leur métier sur 10,3 % de la surface agricole utile. Mais la baisse de la consommation fragilise la filière depuis presque trois ans, et le risque de déconversion des agriculteurs bio est réel.

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Il y a un an, après bien des atermoiements, le gouvernement a lancé le plan Ambition bio 2027, avec un renforcement des moyens attribués à l’Agence bio et la fixation de l’objectif de 18 % de surfaces agricoles utiles à échéance 2027. Dans un communiqué commun, les administrateurs de l’Agence bio, dont font partie la Coopération agricole ou la grande distribution, disent « non à la suppression du seul opérateur public pour l’agriculture biologique », qualifiant cette« rationalisation » d’« économies de bouts de chandelle ». Pour le syndicat de la Confédération paysanne, « cette possible suppression, décrite comme une idée “pertinente” par la ministre de l’agriculture, sonne comme un énième reniement pour le développement de la bio ».

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Laurence Girard

Le gouvernement donne son accord à la suppression de l’Agence bio

21 janvier 2025

 par  Sophie Chapelle

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Un amendement de la droite au Sénat menace de supprimer les financements alloués à l’Agence bio, seul opérateur public chargé de la promotion de l’agriculture biologique. La filière craint « une saignée démographique dans les champs ».

Une ferme en agriculture biologique dans le Finistère. © Nolwenn Weiler

 ÉCOLOGIE

« Votre idée est pertinente. » C’est ainsi que la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a salué, le 17 janvier au Sénat, la proposition d’amendement d’un sénateur de droite visant à supprimer l’Agence bio.

« Venir nous expliquer en pleine crise de la bio qu’il faut supprimer l’acteur chargé de promouvoir nos produits, c’est pour le moins osé, s’inquiète Philippe Camburet, président de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab). Depuis trois ans, nous avions l’impression d’être entrés dans un processus collaboratif de recherche de solutions qui vient d’être mis à terre », ajoute-t-il.

Cet amendement a été déposé par le sénateur Laurent Duplomb (groupe LR), qui a présidé la chambre d’agriculture de Haute-Loire comme élu FNSEA/JA jusqu’en 2017. L’homme s’est également récemment illustré par une proposition de loi visant à à mettre fin aux « surtranspositions et aux sur-réglementations » en matière de pesticides (nous en parlons ici).

Son nouvel amendement vise à supprimer la charge pour service public de l’Agence bio. Ce qui équivaut à 2,9 millions d’euros de budget en moins pour l’agence. D’après cet amendement, les missions de l’Agence pourraient être reprises par le ministère de l’Agriculture ou l’établissement public FranceAgriMer. « En ces périodes de difficulté budgétaire, personne ne peut être contre l’idée de rationaliser la dépense publique », a appuyé la ministre de l’Agriculture qui a donné son accord de bienveillance, dit « avis de sagesse », à l’adoption de cet amendement.

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« Économies de bout de chandelle »

Pour Laure Verdeau, directrice de l’Agence bio, « c’est la transition alimentaire et agricole qu’on assassine ». Interrogée par l’AFP, elle dénonce « des économies de bout de chandelle » et les « incohérences » du gouvernement qui « casse l’interlocuteur des 60 000 fermes bio ». SUR LE MÊME SUJET

L’Agence bio compte 23 salariés de droit privé. Ni eux ni la directrice de la structure n’ont été consultés avant cette décision. Pour son président Jean Verdier, l’Agence bio, plateforme nationale chargée de la promotion et du développement du bio, assure « trois missions » spécifiques « difficilement transférables » : un observatoire du marché, la communication et la pédagogie à destination du public, et la structuration des filières au travers du Fonds Avenir bio doté de 18 millions d’euros.

FranceAgriMer « n’a pas les compétences pour entrer finement dans les dossiers comme nous le faisons. S’ils récupèrent nos missions, ils devront embaucher… Alors quel avantage ? » interroge Jean Verdier.

Dans un rapport publié en 2022, la Cour des comptes recommandait au contraire de renforcer les moyens de l’Agence bio pour accroître la promotion de l’agriculture biologique, et non pas de la démanteler.

« Amateurisme politique »

Selon le dernier baromètre diffusé en juin 2024, 61 000 agriculteurs et agricultrices bio exercent leur métier sur 10,3 % de la surface agricole utile en France. Mais la baisse de la consommation du bio fragilise la filière depuis presque trois ans, et le risque de déconversion – le fait de repasser ses pratiques en conventionnel – est réel.

« Supprimer cette Agence revient à dire aux 215 000 emplois du secteur, et à un agriculteur sur six, qu’il n’y a pas de place pour la diversité des modèles. Cela occasionnerait une saignée démographique dans les champs. 25 % des installés en agriculture l’an dernier étaient en bio », soulignent les administrateurs et responsables des organisations de la filière réunis au sein de l’Agence bio, parmi lesquels figurent des représentants des distributeurs.

Dans ces conditions, Générations futures, une association de lutte contre les pesticides, demande « la démission de la ministre de l’Agriculture qui a manqué à son devoir de soutien de toutes les agricultures dans cette affaire ». Pour des syndicats agricoles comme la Confédération paysanne, l’État devrait plutôt « s’employer, par tous les moyens, à respecter et à atteindre les 20 % de bio dans la restauration collective » contre 6 % actuellement.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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