On n’investit plus dans la jeunesse, on l’abandonne »

Baisse des aides aux missions locales : « On n’investit plus dans la jeunesse, on l’abandonne »

Les missions locales, qui assurent l’accompagnement social et professionnel des 16-25 ans, sont menacées d’une baisse de financement de l’État alors qu’elles essuient déjà un fort désengagement de certaines régions. Les jeunes sont pourtant de plus en plus nombreux à solliciter un suivi.

Cécile Hautefeuille

14 janvier 2025 à 18h55 https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/140125/baisse-des-aides-aux-missions-locales-n-investit-plus-dans-la-jeunesse-l-abandonne?utm_source=quotidienne-20250114-205717&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20250114-205717&M_BT=115359655566

Un mot-dièse « #Alerte 16-25 » pour attirer l’attention. L’Union nationale des missions locales (UNML) va lancer, mercredi 15 janvier, une campagne de communication appelant à « sécuriser » les budgets pour l’insertion des jeunes âgé·es de 16 à 25 ans et suivi·es par le réseau des missions locales.

Car l’heure est grave : le financement de ces 440 structures, qui accompagnent professionnellement et socialement les jeunes sans emploi ni études, est sérieusement menacé. Les fonds publics, versés à 70 % par l’État et à 30 % par les collectivités territoriales, sont en passe de s’assécher fortement. Pourtant, s’alarme l’UNML, les jeunes sont « de plus en plus nombreux à demander un accompagnement et les situations sont de plus en plus compliquées, avec des problématiques de santé mentale oud’hébergement »

Le budget 2025, toujours en préparation, prévoit, selon l’UNML, une baisse de près de 6 % du financement de l’État, soit 30 millions d’euros en moins. En parallèle, certaines régions ont déjà annoncé une baisse drastique – voire totale – de leur subvention cette année. La région des Pays de la Loire a ainsi décidé de ne plus rien verser aux missions locales, coupant net 3 millions d’euros de financement « du jour au lendemain et sans explication », déplore l’UNML, qui a organisé une conférence de presse mardi 14 janvier. 

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Des jeunes accompagnés pour la recherche d’emploi dans une mission locale à Viry-Châtillon en 2019.  © Photo Marta Nascimento / REA

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur annonce, elle, une diminution de 30 % de sa dotation, quand Auvergne-Rhône-Alpes évoque 10 % de baisse. « Il est également question d’une baisse de 10 % dans les Hauts-de-France, soupire Stéphane Valli, président de l’UNML. Et en Île-de-France, le financement a déjà été divisé par quatre en trois ans. »

L’UNML lance donc « un cri d’alerte » sur le financement de son réseau et de ses 6 800 lieux d’accueil, employant 17 000 salarié·es. « On va beaucoup parler des retraites ces prochains jours, commente Stéphane Valli, qui s’exprimait quelques heures avant le discours de politique générale du premier ministre. Nous, on va parler des jeunes, car on est très inquiets. Aujourd’hui, on n’investit plus dans la jeunesse, on l’abandonne. »

Un « plafond restrictif »

Les missions locales accompagnent chaque année 1,1 million de jeunes, dont la moitié n’a pas le baccalauréat. Le suivi prend des formes multiples : aide à l’insertion professionnelle via la mise en relation avec des entreprises, la préparation à des entretiens d’embauche ou la signature d’un contrat d’engagement jeune (CEJ). 

Ce dispositif a remplacé la « garantie jeunes » en mars 2022, permet « un accompagnement individuel et intensif », avec « un objectif d’entrée plus rapide et durable dans l’emploi », et peut être accompagné d’une allocation mensuelle pouvant aller jusqu’à 552 euros, selon les ressources de la personne. Assorti d’une obligation de réaliser quinze à vingt heures d’activités hebdomadaires, le CEJ est l’outil précurseur de la réforme du RSA, entrée en vigueur le 1er janvier 2025.

Présenté comme la «réforme sociale » de la fin du premier mandat d’Emmanuel Macron, le CEJ a déjà été sacrifié sur l’autel des restrictions budgétaires. Après avoir accompagné 210 000 jeunes en CEJ en 2023, les missions locales ont vu leur objectif baisser à 200 000 en 2024. Elles ont donc dû opérer un tri pour choisir les bénéficiaires. « L’objectif […] s’est transformé en un plafond restrictif, limitant l’accès de nombreux jeunes à ce dispositif », regrette aujourd’hui l’UNML, qui s’inquiète de la pérennité du CEJ.

Le réseau des missions locales est également préoccupé par le devenir du Pacea, pour « parcours d’accompagnement contractualisé vers l’emploi et l’autonomie », lui aussi déjà asséché par les précédentes économies budgétaires. « Il a été drastiquement réduit, passant de 100 millions d’euros à 47 millions d’euros, soit une diminution de plus de 50 % en 2024 », indique l’UNML.

Il va sans doute falloir diminuer les effectifs de conseillers dans les structures.

Stéphane Valli, président de l’Union nationale des missions locales

Le Pacea est un dispositif qui permet d’accorder jusqu’à six fois dans l’année une aide financière à un jeune, sans dépasser le montant du RSA. « C’est une aide ponctuelle – voire d’urgence pour une nuit d’hôtel – qui permet d’aider tous les jeunes qui ne rentrent jamais dans les cases des aides, car ils ont trop de ceci ou pas assez de cela », décrypte Stéphane Valli, président de l’UNML, qui détaille : « Ça peut être une aide permis de conduire, à l’achat d’un billet de train pour un entretien, au paiement de la caution pour le foyer de jeunes travailleurs ou encore à l’achat d’une tenue de travail… C’est une enveloppe qui peut changer la vie des jeunes et elle va diminuer ! Moitié moins dePacea, c’est moitié moins de possibilité de les accompagner directement. »

La nouvelle baisse annoncée des financements publics est donc une réelle menace pour le soutien des 16-25 ans, mais aussi pour les salarié·es des missions locales. « Il va sans doute falloir diminuer les effectifs de conseillers dans les structures, indique l’UNML. Certaines vont devoir mettre en place des plans de licenciement. On espère qu’il n’y aura aucune fermeture pour que tout le territoire soit couvert par le réseau. »

Moins de conseillères et conseillers, moins de budget et peut-être moins de missions locales, mais… toujours plus de jeunes à soutenir. Selon l’UNML, le nombre de jeunes adressé·es aux missions locales par France Travail a « été multiplié par cinq depuis le 1er janvier, soit en seulement quinze jours », en raison d’une refonte des modalités d’inscription auprès du service public de l’emploi. 

Un questionnaire en ligne est rempli par les nouvelles et nouveaux inscrit·es, qui sont ensuite dirigé·es vers la structure jugée adéquate, au sein du nouveau réseau pour l’emploi chapeauté par France Travail et auquel appartiennent les missions locales.

Un engagement moral des collectivités

Cette refonte, entrée en vigueur en même temps que l’inscription obligatoire des bénéficiaires du RSA à France Travail, ne s’accompagne « d’aucuns moyens supplémentaires », rappelle l’UNML qui suit déjà entre 10 et 15 % des jeunes orienté·es par l’opérateur de l’État. 

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Face à la saignée budgétaire, le réseau des missions locales a créé une « task force sur la question des financements » et attend des engagements des collectivités. « Chacune est indépendante et libre de voter son budget, mais un engagement moral global serait souhaitable », plaide Stéphane Valli, qui espère que le « bloc communal » – les villes, communautés de communes et métropoles – maintiendra ses dotations. 

« Ils font aussi face à des difficultés financières et annoncent des arbitrages qui ne seront pas forcément en faveur de la jeunesse. Mais les missions locales sont souvent présidées par des élus locaux, donc on espère les sensibiliser et en faire des acteurs plus solides, poursuit le président de l’UNML. One demande pas un doublement des financements publics. On ne demande même pas une hausse, mais un maintien de l’existant. Car aujourd’hui, la baisse est trop importante et cumulative. »

Cécile Hautefeuille

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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