Valérie Pécresse vient de proposer la suppression de l’ADEME

A quoi servent l’Ademe et ses « quatre milliards d’euros » de budget, ciblés par Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et Gérard Larcher ?

Alors que le gouvernement planche sur le budget 2025, ces ténors de la droite demandent la suppression de l’Agence de la transition écologique, dont ils questionnent l’utilité et le coût. Les missions exercées par celle-ci, au service des collectivités locales notamment, sont pourtant bien réelles.

Article rédigé par Camille Adaoust

France Télévisions

Publié le 15/01/2025 13:40

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/crise-climatique/a-quoi-servent-l-ademe-et-ses-quatre-milliards-d-euros-de-budget-cibles-par-laurent-wauquiez-valerie-pecresse-et-gerard-larcher_7013501.html

Temps de lecture : 8min

Un stand de l'Ademe au salon Batimat, à Paris, le 30 septembre 2024. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)
Un stand de l’Ademe au salon Batimat, à Paris, le 30 septembre 2024. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

« Depuis quinze jours, c’est la chasse à l’Ademe », s’est inquiété Marc Fesneau, le patron des députés du MoDem, mercredi 15 janvier sur France Inter(Nouvelle fenêtre). A l’heure où la classe politique traque les économies, la droite a en effet placé l’Agence de la transition écologique dans son viseur. Mardi, à l’Assemblée nationale, le président du groupe Les Républicains, Laurent Wauquiez, l’a citée dans une liste d’agences dont il a fustigé l’« utilité douteuse » et le « coût bien réel ». « Non seulement ces organismes coûtent cher, mais (…) ils sont à l’origine des normes qui épuisent notre pays et ils aboutissent à déposséder le politique de la décision », a-t-il asséné en réponse à la déclaration de politique générale du Premier ministre François Bayrou.

Avant lui, le président LR du Sénat, Gérard Larcher, avait mis en avant l’Ademe, ses « plus de 4 milliards de budget » et ses « près de 1 100 équivalents temps plein » au moment de réclamer « des actes concrets » pour réduire la dépense publique, « notamment sur les agences de l’Etat et la simplification », samedi dans Le Parisien(Nouvelle fenêtre). « Le problème, c’est que quasiment tous les projets financés par l’Ademe le sont aussi par la Banque des territoires et par les régions », avait asséné la présidente LR de l’Ile-de-France, Valérie Pécresse, lundi sur France Inter(Nouvelle fenêtre)« Ça veut dire qu’il y a trois administrations qui planchent sur les mêmes projets, qu’on fait trois fois l’instruction », avait-elle continué, défendant une « suppression » de l’agence et le transfert de son budget aux régions.

Des discours qui rappellent la proposition de loi(Nouvelle fenêtre) déposée en octobre par le Rassemblement national, envisageant « à moyen terme, de réinternaliser, en administration centrale, les missions de l’Ademe et de supprimer cette agence ».

« L’investissement écologique est le meilleur qui soit »

Ces critiques visant l’établissement public, placé sous la tutelle du ministère de la Transition écologique notamment, ont rapidement été qualifiées de « simplistes » par la ministre en question, Agnès Pannier-Runacher. « Cet acharnement sur des agents publics qui se lèvent chaque matin pour le service public est inacceptable », a-t-elle dénoncé sur les réseaux sociaux. Une réaction qui fait écho à celle des salariés de l’agence : « On est chacun très investi sur ces sujets ! Ce type d’attaque est vraiment difficile à vivre. Ça jette le discrédit, comme si les collègues faisaient un travail superflu », dénonce auprès de franceinfo une représentante du personnel du Syndicat national de l’environnement (SNE), qui représente les agents publics œuvrant dans ce domaine.

« On a au contraire plus que jamais besoin de l’Ademe, dans un contexte budgétaire tendu. L’investissement écologique est le meilleur investissement qui soit », a commenté sur LinkedIn(Nouvelle fenêtre) le directeur de l’Institut de l’économie pour le climat, Benoît Leguet, partageant le constat du Giec selon lequel « le coût de l’action est moins important que celui de l’inaction »« Supprimer l’Ademe, c’est mettre en risque la transition vers une économie décarbonée et adaptée aux changements climatiques. Pour le dire différemment, renoncer à notre sécurité énergétique et à la résilience de nos entreprises et de nos territoires », a complété celui qui fait partie des administrateurs de l’agence.

Décarbonation de l’industrie, déploiement des énergies renouvelables, transition vers des mobilités décarbonées, recyclage, rénovation des bâtiments… L’Ademe accompagne en effet des entreprises, des citoyens ou encore des collectivités dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Ces dernières semaines, l’Etat(Nouvelle fenêtre) a par exemple lancé un dispositif de soutien public à la décarbonation de l’industrie piloté par l’Ademe.

« On ne doublonne jamais »

« On fournit des outils, de l’expertise, avec notamment 150 chercheurs et 500 ingénieurs, en suivant une méthodologie scientifique pour opérer la transition », détaille auprès de franceinfo le PDG de l’Ademe, Sylvain Waserman. Une expertise environnementale largement saluée, selon un rapport(Nouvelle fenêtre) de l’Inspection générale des finances (IGF) datant d’avril 2023. « L’agence est identifiée par tous les acteurs par son expertise et la technicité de ses équipes pour développer des dispositifs contribuant à la transition écologique », peut-on lire. Un élément crucial « dans le champ de la transition écologique, éminemment technique, afin d’éviter les contre-références ».

L’agence met aussi en avant la complémentarité entre l’expertise des équipes nationales « qui inventent les méthodologies » et celles, régionales, « qui vont les déployer sur le terrain », décrit Sylvain Waserman. « Pour l’instruction technique, les autres partenaires s’appuient très souvent sur l’Ademe. Et de manière générale, on ne doublonne jamais », ajoute quant à elle la représentante du personnel SNE en réponse aux critiques de Valérie Pécresse. « Oui, on travaille avec de nombreux organismes, mais les projets ne sont pas financés partout par les régions ou la Banque des territoires, loin de là. C’est une contre-vérité. »

Répartir les agents de l’Ademe dans ces autres administrations, comme le propose la présidente de la région Ile-de-France pour réduire les coûts, « ne se ferait pas aussi facilement qu’elle le laisse entendre », glisse également une source syndicale de la CFDT Ademe à franceinfo, car « l’Ademe est constituée à 98% de salariés de droit privé et 2% de fonctionnaires ».

Un budget dont l’essentiel va « directement aux territoires »

Le chiffre de quatre milliards d’euros avancé par Gérard Larcher correspond bien, lui, au budget prévisionnel de 4,2 milliards adopté par l’agence(Nouvelle fenêtre) fin 2023 pour l’année 2024. « Non, l’Ademe ne ‘dépense pas 4 milliards d’euros' », insiste pourtant sur X(Nouvelle fenêtre) Nicolas Goldberg, expert de l’énergie chez Colombus Consulting. Sur le budget effectif de l’agence en 2024, qui était de 3,4 milliards selon son PDG Sylvain Waserman, « 92% vont directement aux territoires et 8% [aux] frais de fonctionnement, les gens qui y travaillent, [les]loyers, [les] travaux de recherche », souligne-t-il.

Le budget comprend donc majoritairement des subventions reversées à d’autres acteurs, comme les 800 millions d’euros du fonds chaleur, qui soutient la production renouvelable de chaleur dans les collectivités locales et les entreprises. Ou « 1,7 milliard d’euros » du plan France 2030, pour lequel l’Ademe « instruit les dossiers, contractualise, mais l’Etat décide ce qui est financé », souligne Sylvain Waserman.

« On a l’impression que ces 3,4 milliards, c’est de l’argent que l’Ademe dépense. Ce n’est pas le cas. Les entreprises n’ont jamais eu autant besoin de l’Etat qu’aujourd’hui, dans l’accompagnement à la décarbonation. C’est vrai pour les territoires aussi. »Sylvain Waserman, PDG de l’Ademe

à franceinfo

Le patron de l’Ademe comprend toutefois que son agence attire l’attention. « Jamais l’effort de l’Etat sur la transition écologique n’a été plus important. Le budget de l’Ademe, il y a trois ans, c’était un milliard. Il est logique que ça attire l’attention au moment où l’argent public est très rare. »

Sur LinkedIn, Sylvain Waserman assure que l’Ademe a participé à l’effort global. « Nous avons déjà programmé un effort budgétaire significatif de -210 millions d’euros, avec une réduction de 38% sur nos fonds propres », écrit-il. Il ajoute que des évaluations des finances de l’Ademe ont été réalisées. « En avril 2024, on a eu quatre mois d’audit de l’Inspection générale des finances, qui a déclaré que l’Ademe était bien gérée. Elle préconisait même une hausse des effectifs », se félicite-t-il. Dans son précédent rapport, l’IGF invitait déjà « à faire de l’Ademe le maître d’ouvrage privilégié des aides à la transition écologique des entreprises ». A contre-courant des critiques actuelles. Qui visent, en sous-texte, l’objectif de transition écologique en général, estime la représentante du personnel SNE : « Est-ce qu’on continue à financer la transition ? Elle est ici, visiblement, la question. »

Agnès Pannier-Runacher

Députée de la 2ème circonscription du Pas-de-Calais | Ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche.3 j.  Modifié

Stop à la caricature ! Depuis plusieurs mois, je vois fleurir des critiques simplistes sur les opérateurs de l’Etat et en particulier l’ADEME. Un prétendu gaspillage d’argent public et un supposé symbole de bureaucratie. Quelques éléments qui me paraissent essentiels à avoir en tête, face à ces attaques teintées de populisme et de démagogie : Sur les 3,5 milliards d’euros de budget annuel de l’ADEME, 92% financent directement des projets de décarbonation de nos communes et de nos entreprises : des projets de réseaux de chaleur, de meilleure prise en charge des déchets, de changement de chaudière dans des sites industriels, et j’en passe. Parmi ses personnels, près de 700 sont en appui de mairies ou de collectivités locales pour des missions précises sur la transition écologique. Les dépenses de fonctionnement hors personnel de l’ADEME c’est… 25 millions d’euros ! Voilà la réalité des enjeux ! Je n’ai pas de tabou : utiliser au mieux l’argent public et demander des efforts à nos équipes en ce sens, c’est une évidence et nous y travaillons chaque jour. Mais cet acharnement sur des agents publics qui se lèvent chaque matin pour le service public est inacceptable !

L’Ademe répond aux attaques de la droite sur son budget

Plusieurs responsables politiques suggèrent la suppression de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, remettant en cause la pertinence de cette dépense publique. 

Par Adrien Pécout

Publié aujourd’hui à 10h15, modifié à 10h17 https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/01/16/l-ademe-repond-aux-attaques-de-la-droite-sur-son-budget_6500952_3234.html

Le président-directeur général de l’Ademe, Sylvain Waserman, alors député (MoDem) du Bas-Rhin, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 19 mars 2019.
Le président-directeur général de l’Ademe, Sylvain Waserman, alors député (MoDem) du Bas-Rhin, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 19 mars 2019.  NICOLAS MESSYASZ/SIPA

A droite, ces derniers jours, c’est haro sur l’Ademe ! Au moment où le gouvernement cherche à sabrer des dépenses publiques, plusieurs responsables du parti Les Républicains suggèrent de s’en prendre à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Pour annuler « tous les frais fixes et tous les frais de structure de cette agence », la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, « supprimer[ait] » volontiers ladite agence et confierait aux régions le financement de ses projets, a-t-elle déclaré, lundi 13 janvier, sur France Inter.

Avec « plus de 4 milliards [d’euros] de budget et près de 1 100 équivalents temps plein, la question de l’efficacité de la dépense publique se pose », attaquait le président du Sénat, Gérard Larcher, dans Le Parisien la veille. En octobre 2024, par un amendement du Rassemblement national, l’extrême droite avait déjà proposé de « supprimer » cet établissement public à caractère industriel et commercial, et de « réinternaliser » ses missions « en administration centrale ».

« Rôle stratégique »

A force, l’Ademe a fini par répondre aux « récentes polémiques sur son budget », dans un communiqué, mercredi 15 janvier. L’opérateur précise avoir géré 3,5 milliards d’euros pour le compte de l’Etat en 2024… dont « 92 % ont directement financé » des projets « pour accompagner les collectivités et les entreprises dans la transition écologique ». Soit pour la décarbonation de gros acteurs industriels, soit pour le développement de réseaux de chaleur auprès de collectivités locales, ou encore pour la gestion de déchets ainsi que pour le traitement de friches.

Lire aussi |  Article réservé à nos abonnés  Les impératifs de décarbonation pris entre objectifs globaux et réticences localesLire plus tard

Instituée par une loi de décembre 1990, l’agence, dont le siège social est à Angers, fait valoir un « rôle stratégique » et une « expertise », par exemple dans les énergies renouvelables.

Déplorant des « attaques teintées de populisme et de démagogie », la ministre de la transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a défendu cet établissement placé sous sa tutelle. Loin du milliard, « les dépenses de fonctionnement hors personnel de l’Ademe, c’est… 25 millions d’euros ! », a-t-elle souligné sur X, lundi. « L’inspection générale des finances […] a salué la rigueur de gestion de l’Ademe et recommandé une hausse des effectifs », ajoute Sylvain Waserman, président-directeur général de l’agence et ex-député (MoDem) du Bas-Rhin, sur LinkedIn.

Adrien Pécout

Voir:

https://youtu.be/fxqIQv5hIgI?feature=shared

Lors d’une intervention ce lundi matin sur France Inter, la présidente de la Région Île-de-France a proposé de rationaliser les structures administratives afin de réduire les doublons et le gaspillage dans la dépense publique. Elle encourage les ministres à chasser le gaspillage au sein de leurs administrations, en se concentrant sur l’élimination des éléments à utilité marginale et des doublons structurels. Un exemple concret : l’ADEME L’Agence de la transition écologique (ADEME), dotée d’un budget de 5 milliards d’euros et employant plus de 1 000 agents, est citée comme illustration. Bien que l’ADEME joue un rôle essentiel dans le financement de projets environnementaux, la redondance de ses missions avec celles des Régions et de la Banque des Territoires est pointée du doigt. Ces projets sont souvent soumis à des procédures d’instruction similaires par plusieurs administrations, entraînant une complexité et des coûts inutiles. Une solution radicale : transférer aux régions La proposition avancée consiste à supprimer l’ADEME et à transférer son budget directement aux Régions, qui disposent déjà des capacités nécessaires pour gérer ces projets. Cette approche permettrait non seulement d’économiser des frais fixes et structurels de l’agence, mais aussi de simplifier les démarches pour les porteurs de projets. Reconversion des effectifs et gestion des structures Pour les 1 000 employés concernés, un accompagnement social serait prévu, avec des reclassements dans d’autres services régionaux ou administratifs. Une expérience similaire de la Région Île-de-France qui a supprimé 15 structures inutiles pour financer des infrastructures vieillissantes, sans impact négatif majeur sur l’emploi.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire