Epidémie de grippe : nette hausse des morts et « activité hospitalière très élevée »
La semaine du 6 au 12 janvier a été marquée par une « sévérité marquée de l’épidémie », qui a atteint un « niveau d’intensité élevé dans toutes les classes d’âge ».
L’épidémie de grippe hivernale s’est intensifiée en ville, en France, et a généré une « activité hospitalière très élevée » et une « nette augmentation des décès » la deuxième semaine de l’année, a annoncé Santé publique France, mercredi 15 janvier.
La semaine allant du 6 au 12 janvier a été marquée par une « sévérité marquée de l’épidémie », qui a atteint un « niveau d’intensité élevé dans toutes les classes d’âge », selon le bulletin hebdomadaire publié par l’agence sanitaire.
Les dynamiques divergent selon les classes d’âge : la grippe a progressé en médecine de ville chez les moins de 65 ans, en particulier les enfants ; elle a ralenti légèrement chez les personnes âgées de 65 ans et plus.
611 morts sur une semaine
A l’hôpital, les passages aux urgences et les hospitalisations d’enfants de moins de 5 ans pour grippe ou syndrome grippal ont fortement augmenté. Mais ceux des personnes de toutes les autres classes d’âge ont baissé, tout en demeurant à « un niveau d’intensité très élevé ».
La part des morts avec une mention de grippe parmi l’ensemble des décès certifiés électroniquement a continué d’augmenter (7,3 %, contre 5,9 % la semaine précédente), « indiquant une sévérité marquée de l’épidémie ». Cela représente 611 morts sur la semaine achevée le 12 janvier.
Cette part de décès dus à la grippe grimpe même à 12,4 % en Bourgogne-Franche-Comté, 9,4 % dans le Grand-Est, 9,2 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur et 7,9 % dans les Hauts-de-France et la région Auvergne-Rhône-Alpes, a précisé l’agence sanitaire.
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Une épidémie de grippe plus sévère et précoce met l’hôpital sous pression
Quatre-vingt-sept établissements ont déclenché un plan blanc, selon le ministère de la santé, pour faire face à un afflux de malades de la grippe, dont trois souches circulent simultanément.

Précoce et sévère, l’épidémie de grippe qui a débuté en France en novembre 2024 a gagné en intensité à la faveur des vacances de fin d’année, et dépasse désormais le pic de l’hiver 2023-2024. Jeudi 9 janvier, le ministère de la santé faisait état de 87 établissements hospitaliers sous haute tension, autant d’hôpitaux ayant déclenché un « plan blanc ». Face à l’afflux de patients, ils peuvent ainsi se réorganiser en déprogrammant certaines opérations, ou encore rappeler des soignants en congés. Sur le terrain, les témoignages se multiplient pour décrire une maladie particulièrement symptomatique, dans toutes les tranches d’âge, alors que les cas les plus graves commencent à emboliser les hôpitaux.
Alors que l’épidémie hivernale de bronchiolite a entamé son reflux et que les indicateurs du Covid-19 restent à des niveaux bas et stables depuis le rebond de l’automne 2024, la part des hospitalisations pour grippe parmi l’ensemble des hospitalisations se situe à « un niveau d’intensité exceptionnellement élevé dans toutes les classes d’âge », selon le bulletin sur les infections respiratoires aiguës publié mercredi 8 janvier par Santé publique France (SPF).
« On a vu des formes graves qu’on n’avait pas vues ces dernières années », témoigne Emmanuel Maupu, médecin généraliste à Honfleur (Calvados) et président du syndicat MG France dans le département, qui évoque une grippe A aux symptômes sévères, « même chez les gens vaccinés ». Le médecin décrit une maladie très symptomatique, avec des patients atteignant jusqu’à 40 °C de fièvre et épuisés pendant plusieurs jours, y compris parmi les jeunes ; et des cas particulièrement sévères chez des malades plus âgés, obligés d’être hospitalisés en raison d’une surinfection bronchique ou d’une détresse respiratoire.

« En réanimation, aujourd’hui, il y a des personnes admises pour grippe qui ont moins de 60 ans, ce qui n’est pas habituel », alerte Anne Launay, responsable du secrétariat général du centre hospitalier de Lisieux (Calvados), qui a dû ouvrir, dès le 31 décembre 2024, une unité spéciale de dix lits consacrés aux patients grippés afin de désengorger les urgences. Les plus vulnérables face à la grippe restent majoritairement les plus de 65 ans, chez qui le virus va aggraver des maladies chroniques respiratoires ou des insuffisances cardiaques.
Surmortalité importante
Signe extrême de cette sévérité particulière, SPF souligne dans son bulletin que parmi les 7 894 décès déclarés par certificat électronique lors de la première semaine de janvier, 6 % ont été provoqués par la grippe, une proportion « supérieure aux données observées au pic des deux dernières saisons (4,5 % en 2022-2023 et 4 % en 2023-2024) ». Une surmortalité importante également signalée par Catherine Le Gall, cheffe des urgences du centre hospitalier d’Argenteuil (Val-d’Oise) : « Notre morgue s’est rapidement remplie. »
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Les causes de la gravité de la situation sont multiples. « La circulation de plusieurs souches de la grippe peut expliquer l’intensité de la circulation virale », souligne Marie-Anne Rameix-Welti, responsable du Centre national de référence des pathologies respiratoires à l’Institut Pasteur, à Paris. Un virus grippal de type A (H1N1) circule de manière majoritaire (50 %) en même temps qu’un autre de type B-Victoria (28 %) et un de type A (H3N2) (17 %), selon les données du dernier bulletin Sentinelles.
Chacun de ces virus atteint plus gravement une tranche particulière de la population, en raison de phénomènes immunologiques complexes. « La grippe A (H1N1) circule plus chez les 18-59 ans, tandis que A (H3N2) circule mieux chez les plus âgés et la grippe de type B est plus présente chez les 5-15 ans », précise Bruno Lina, directeur du Centre national des virus des infections respiratoires à Lyon. Le type H3N2 n’ayant émergé que dans les années 1960, les personnes de plus de 65 ans n’y ont pas été exposées dans leur enfance et n’ont donc pas pu construire une réponse immunitaire performante contre lui. A l’inverse, le type A (H1N1) peut être plus sévère chez les jeunes adultes. Le type B circulant moins, c’est souvent chez les 5-15 ans qu’on y est exposé pour la première fois, provoquant une maladie plus grave dans cette catégorie d’âge.
Nantes, Reims, Metz, Orléans… le déclenchement en cascade des « plans blancs » dans les hôpitaux marque les esprits. Des difficultés que le nouveau ministre de la santé, Yannick Neuder, acte : « A date, nous recensons 87 plans blancs, sur les quelque 650 établissements disposant d’un service d’urgence, nous sommes très vigilants, mais la situation est objectivement tendue. » Pour soulager le système en tension, il ne défend pas de changement de cap : tout en se disant favorable à la « régulation » par le 15 (l’appel au SAMU avant d’aller aux urgences), une solution développée par l’exécutif et dénoncée comme un « tri » par ses adversaires, il ne s’avance pas, à ce stade, sur sa généralisation. « Ce n’est pas dans un moment comme celui-là qu’il faut rouvrir ce type de débat ou arbitrer, poursuit le ministre. Nous faisons tout pour soulager les urgences, il faut appliquer les gestes barrières, rappeler l’importance de la vaccination, impliquer au mieux la médecine de ville… »
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Pour l’urgentiste François Braun, ex-ministre de la santé et conseiller à la direction du centre hospitalier régional de Metz-Thionville, il y a une « conjonction relativement inédite » entre « une montée de l’épidémie de grippe, toujours source d’un surcroît d’activité pour l’hôpital » et la « période des fêtes et des congés des soignants, qui s’accompagne de lits fermés un peu plus nombreux ». Il constatait, jeudi, une situation toujours « très préoccupante » aux urgences et au SAMU, après quinze jours de fortes turbulences.
Taux de couverture vaccinale bas
Au centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes, le plan blanc a été déclenché mercredi 8 janvier. Le chef des urgences, Louis Soulat, évoque 200 à 220 passages aux urgences par jour, « ce qui est supérieur aux années précédentes », mais également de nombreux patients en attente d’un lit, sur des brancards, avec un pic à 40 mercredi matin. « Même si le pic est très haut, l’afflux était prévisible, on aurait pu faire une unité de soins transitoire pour ne pas avoir à déprogrammer », regrette le médecin. Selon lui, « ce week-end va être déterminant en termes d’activités et ensuite tout le mois de janvier va être compliqué ».
Un autre élément d’explication s’impose parmi les médecins : la très grande majorité des patients hospitalisés ne sont pas vaccinés. Début janvier, 79 % des personnes en réanimation n’avaient pas reçu leur injection annuelle, selon SPF. Les chiffres manquent au niveau national, la campagne vaccinale contre la grippe étant toujours en cours, jusqu’au 31 janvier. La couverture vaccinale était de 47,1 % en 2023-2024 et 51,5 % en 2022-2023, selon SPF.
En Ile-de-France, l’Agence régionale de santé observe que des données de diverses sources, mais provisoires à ce jour, semblent montrer une baisse modérée du taux de vaccination dans les populations cibles – les personnes de plus de 65 ans, celles souffrant de maladies chroniques et d’obésité, les femmes enceintes et les soignants –, ce taux étant dans tous les cas insuffisant pour l’agence francilienne.
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Or, cette année, le cocktail du vaccin correspond parfaitement à deux des trois souches circulantes, les types A (H1N1) et B. « Sans dire que l’efficacité vaccinale est parfaite, on peut dire qu’elle est bonne a priori », précise Bruno Lina. L’efficacité du vaccin contre l’infection se situe dans la fourchette haute pour ces deux souches (entre 50 % et 60 %). Comme souvent, c’est moins le cas pour le type H3N2, « pour lequel on s’attend à un niveau de protection plus bas, inférieur à 30 % », relève le virologue. Or, la circulation de ce virus est actuellement en augmentation. « On va peut-être avoir un deuxième pic avec le virus de type H3N2 », met en garde Bruno Lina. Pour autant, il est encore temps de se faire vacciner, l’injection offrant une protection contre les formes cliniques graves.
Rectificatif du 10 janvier à 18 h 23 : le passage sur la couverture vaccinale contre la grippe en Ile-de-France lors de la saison hivernale en cours a été revu et précisé.