Le bassin méditerranéen connaîtra une dégradation continue des écosystèmes et un conflit d’accès aux ressources.

La Méditerranée menacée par une dégradation générale des conditions d’habitabilité écologique

Un exercice de prospective à 2050 mené pendant quatre ans par le Plan bleu montre qu’à défaut de bifurcations majeures, le bassin méditerranéen connaîtra une dégradation continue des écosystèmes et un conflit d’accès aux ressources.

Biodiversité  |  Aujourd’hui à 18h15  https://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport-med-2050-mediterranee-horizon-2050-prospective-scenarios-plan-bleu-45423.php4#xtor=EPR-50

|  L. Radisson

La Méditerranée menacée par une dégradation générale des conditions d'habitabilité écologique

© Siegfried SchnepfL’occupation du territoire méditérranéen se caractérisera par une concentration des populations et des activités dans les métropoles et sur le littoral.

« Sauf bifurcations majeures, la Méditerranée – comme mer et région – sera d’ici à 2050 dans une situation bien plus alarmante qu’aujourd’hui, avec le risque d’avoir en outre à affronter une conjonction de crises graves. » C’est la conclusion à laquelle parvient l’exercice de prospective réalisé par le Plan bleu qui, mandaté par les Parties à la Convention de Barcelone, a donné lieu, ce jeudi 16 janvier, à la publication du rapport La Méditerranée à l’horizon 2050 (1)(Med 2050).

Ce travail, qui a mobilisé une centaine d’experts pendant quatre ans, a adopté une approche systémique, prenant donc en compte non seulement les pressions sur l’environnement liées aux activités économiques et la démographie, mais aussi d’autres dimensions comme le contexte mondial ou les questions de gouvernance.

Une région qui se réchauffe plus vite

« Six grandes tendances structurent l’avenir de la Méditerranée », rapporte Jacques Theys, codirecteur de l’étude. Sur le plan du climat, cette région se réchauffe plus vite que la moyenne du globe et une hausse des températures de 2,3 °C, et du niveau de la mer de 40 cm, est prévue d’ici à 2050. La mer ne connaîtra pas nécessairement un effondrement de la biodiversité, mais une tropicalisation et une transformation structurelle de son écosystème, avec l’apparition de nouvelles espèces, des perturbations de l’écologie du plancton, une prolifération des méduses ou encore une destruction des coraux et des herbiers de posidonie. Un stress hydrique devrait affecter au moins 290 millions d’habitants (Mhb), pour 180 Mhb en 2020.“ Cette analyse conduit à la nécessité de réformes profondes, voire de ruptures ”Denis Lacroix, codirecteur de l’étude

En matière démographique, la transition est achevée dans les deux tiers des pays, mais cela n’empêchera pas une croissance globale de la population de quelque 150 Mhb d’ici à 2050, avec une évolution très différenciée entre les pays de l’est et du sud du bassin (+ 50 %), d’une part, et ceux du nord, d’autre part, en stagnation ou en déclin. Le taux d’urbanisation devrait dépasser partout les 70 %. L’occupation du territoire se caractérisera donc par une concentration des populations et des activités dans les métropoles mais aussi sur le littoral, avec les pressions supplémentaires sur la mer que cela entraîne.

Six scénarios, dont trois de dégradation environnementale accélérée

Contrairement aux deux précédents exercices de prospective réalisés par le Plan bleu en 1989 et 2008, cette nouvelle étude identifie les risques majeurs de crise ou de rupture. Parmi ces possibilités de rupture « incertaines mais plausibles », les auteurs mentionnent une accélération spectaculaire du changement climatique, avec le franchissement de points de basculement. Ce risque alimente l’un des six scénarios que l’étude identifie. « Parmi ces six scénarios, trois sont des scénarios de dégradation environnementale accélérée, les trois autres sont des chemins de transition vers un développement durable de la région », explique Khadidja Amine, coordinatrice de l’étude.

150 millions d’habitants

C’est la croissance globale que devrait connaître la population en région méditerranéenne à l’horizon 2050.

Les trois premiers sont celui d’une dégradation continue des écosystèmes, la fragmentation des sociétés, des conflits d’accès aux ressources et la marginalisation de la région sur la scène mondiale (scénario business as usual) ; celui d’une succession de crises, qui imposent aux sociétés de s’adapter constamment dans l’urgence ; et celui d’une croissance à tout prix dans une méditerranée éclatée. Les trois scénarios vertueux, quant à eux, sont celui d’un partenariat euro-méditerranéen permettant à la fois la neutralité carbone et une bonne insertion dans la mondialisation ; celui d’un nouveau modèle de développement durable spécifiquement méditerranéen, articulant dynamisme des sociétés civiles et planification ; et, enfin, celui d’une mobilisation de la communauté internationale qui permet la mise en place d’une structure mi-publique mi-privée de gestion de la mer et du littoral en bien commun.

Un laboratoire de nouvelles solutions ?

Quel est le scénario le plus probable ? L’analyse d’experts à partir de 37 variables, ainsi que la consultation de personnalités et d’un échantillon de jeunes habitant la région, montrent des visions du futur assez sombres, mais aussi l’idée que la Méditerranée peut être le laboratoire de nouvelles solutions, rapporte Jacques Theys. Parmi les enjeux prioritaires identifiés dans le cadre de ces consultations figurent l’adaptation aux changements climatiques, la prévention d’une occupation anarchique des littoraux, ou encore la prévention de situations d’irréversibilité telles que la perte définitive d’écosystèmes.

« Cette analyse conduit à la nécessité de réformes profondes, voire de ruptures », explique Denis Lacroix, codirecteur de l’étude. Le vice-président du Plan bleu insiste sur les nécessaires coopérations qui doivent être mises en place, notamment entre l’Europe et l’Afrique, et entre les pays méditerranéens et la communauté internationale, pour engager les scénarios de développement durable du bassin. Le rapport identifie à cet égard plusieurs marges de manœuvre, M. Lacroix citant à titre d’exemple le développement des énergies renouvelables ou la lutte contre les fuites d’eau lors de sa distribution et mettant en avant les réussites obtenues sur la préservation du thon rouge.

La publication de ce rapport ne constitue d’ailleurs pas l’aboutissement de la démarche engagée, qui doit maintenant se traduire par la coconstruction avec les pays méditerranéens des chemins de transition identifiés. De premiers travaux sont prévus, début février, à Tanger au Maroc, annonce à cet égard Robin Degron, directeur du Plan bleu. Ce rapport apportera aussi une pierre au prochain Sommet des océans, à Nice, et devrait être approuvé, en même temps que la Stratégie méditerranéenne de développement durable, par les parties à la Convention de Barcelone lors de la COP 24 qui se tiendra en décembre 2025, en Égypte.1. Télécharger le rapport
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-45423-rapport-MED-2050.pdf

Mer Méditerranée : plus de 100 chercheurs alertent sur l’avenir bien sombre de la région

Les pays riverains de la Grande Bleue, touchés de plein fouet par le réchauffement climatique, se trouvent confrontés à de multiples tensions, liées à l’accès à l’eau et à l’urbanisation. 

Par Publié aujourd’hui à 11h00

Temps de Lecture 4 min.

Premier bain de l’année, à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), le 1er janvier 2025.
Premier bain de l’année, à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), le 1er janvier 2025.  NICOLAS PARENT/L’INDEPENDANT/MAXPPP

Agriculture, démographie, environnement, urbanisation… L’avenir du Bassin méditerranéen, qui se réchauffe déjà plus vite que la moyenne planétaire en raison de la crise climatique, s’annonce bien sombre. Le groupe d’experts du Plan Bleu, l’organisme mandaté par le Programme des Nations unies pour l’environnement, chargé d’étudier cette zone et de sensibiliser acteurs et décideurs aux questions d’environnement et de développement durable, publie, jeudi 16 janvier, son troisième rapport prospectif sur l’avenir de la Grande Bleue. Plus d’une centaine de chercheurs d’une vingtaine de pays développent plusieurs scénarios plus ou moins pessimistes sur les évolutions possibles d’ici à 2050.

Signe de l’accélération de la crise climatique, le précédent rapport, publié en 2005, sous-estimait plusieurs conséquences. La région est particulièrement exposée à la sécheresse des sols et au stress hydrique, aux grands feux, aux inondations brutales, aux canicules dévastatrices en mer et sur terre ou à l’érosion et à la salinisation du littoral. L’élévation du niveau de la mer pourrait atteindre 40 centimètres, dès 2050. « Ce qui était prévu il y a vingt ans pour la fin du siècle se produira dès le milieu de celui-ci », résume Jacques Theys, vice-président du Plan Bleu et l’un des auteurs principaux de ce travail.

Dès à présent, les pays riverains de la Méditerranée, qui font face à une concentration de pollutions diverses d’un niveau particulièrement élevé, se trouvent confrontés à de multiples tensions, en particulier pour l’accès à l’eau. Dans le sud et l’est du bassin, environ 80 millions de personnes sont en situation de pénurie extrême avec moins de 500 mètres cubes (m³)par an chacune. Au total, 180 millions de personnes doivent faire avec moins de 1 000 m³ par an. La quasi-totalité de la population souffrira du manque d’eau en 2050, selon les experts.

Tropicalisation

La région méditerranéenne « concentre 60 % de la population mondiale pauvre en eau. C’est aussi la mer la plus polluée par les plastiques [huit fois plus que la moyenne mondiale], et la plus surexploitée en pêche, alors qu’elle représente par ailleurs l’un des dix plus importants “hotspots” de biodiversité au monde », résume M.Theys.

Même si elle a tendance à diminuer, la surpêche qui ciblait encore les trois quarts des stocks de poissons de Méditerranée en 2020 pèse fortement dans la chute des ressources halieutiques : les pêcheurs ont vu leurs prises se réduire de 30 % entre 1994 et 2017. Une facette parmi d’autres de la métamorphose du milieu marin en train de s’opérer. Ses écosystèmes connaissent une tropicalisation accélérée avec l’arrivée d’espèces d’eau plus chaude, une production de plancton perturbée, des proliférations de méduses, la destruction des coraux. « Je ne m’attendais pas à cette évolution structurelle de la Méditerranée, ce n’est plus la même mer », explique M. Theys. Pour lui, elle constitue une sorte de modèle réduit de notre planète en ébullition « mais à une échelle de gravité plus élevée ».

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Ce tableau ne diminue en rien l’attractivité de la zone. Les experts entrevoient pour 2050 une concentration probable sur ses rivages d’« au moins la moitié de la population et des activités de la région », ce qui « va poser un problème majeur d’aménagement du territoire et d’environnement, aussi bien pour ces espaces en bordure de mer que pour le développement et parfois la survie des espaces agricoles et ruraux à l’intérieur des terres ». Si les deux tiers des pays méditerranéens ont vu leur évolution démographique ralentir, celle-ci est au contraire repartie à la hausse dans certains Etats de l’est et du sud du bassin, en Egypte notamment. La population pourrait atteindre entre 630 et 690 millions de personnes dans cette région en 2050, contre 520 millions actuellement.

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Les normes de pollution de l’air sont dépassées dans les deux tiers des pays méditerranéens, 44 % des villes de plus de 10 000 habitants n’y ont pas de réseaux d’épuration et rejettent leurs eaux directement dans la nature. Même si certaines contrées rurales restent peu densément habitées aujourd’hui, le taux d’urbanisation moyen dans le Bassin méditerranéen atteint déjà 72 %. Il pourrait grimper à 82 % en 2050. Des extensions de constructions incontrôlables sont donc à craindre, avec « des tensions sur le foncier et le logement de plus en plus difficiles à gérer », en plus de l’enjeu vital de l’accès à l’eau.

Tourisme de masse

Les auteurs se sont aussi penchés sur les tendances du tourisme de masse. Actuellement, la région reçoit 360 millions de visiteurs internationaux par an. Les vacanciers vont-ils finir par être rebutés par les canicules, les pluies diluviennes, un cadre de vie dégradé, l’exiguïté des plages emportées par l’érosion et l’exploitation du sable pour le bâtiment ? Par ailleurs, leur venue pourrait-elle être freinée par une sortie des énergies fossiles, des contraintes fortes sur les transports ? Ces possibles bouleversements inspirent aux auteurs plusieurs scénarios, dont un positif. Puisque l’accueil des touristes compte pour une large part des économies locales, la crainte de leur désaffection pourrait servir de levier à une prise de conscience et à une mobilisation générale. On pourrait alors assister à un net changement à l’égard de l’environnement, qui donnerait lieu à des efforts inédits pour le protéger et le restaurer.

Selon M. Theys, les statistiques de l’arc méditerranéen sont mal connues, car très souvent abordées avec un prisme Nord/Sud par les bailleurs internationaux et non comme une entité. La région mériterait pourtant que l’on se penche sérieusement sur cette situation explosive.

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Parmi les six scénarios esquissés par les experts, le pire anticipe un environnement qui s’emballe et franchit plusieurs points de basculement. Les gouvernements ne se consacreraient plus alors qu’à la gestion des catastrophes, tandis qu’émergeraient des régimes autoritaires, des milices, des mouvements religieux radicaux. Sur fond de corruption généralisée, les conventions internationales n’auraient plus aucun poids.

A l’opposé, une vision alternative pleine d’espoir permet d’imaginer un sursaut collectif, une série de ruptures volontaristes conduisant à « faire de la Méditerranée un vrai laboratoire de solutions innovantes pour la protection des mers ou l’écodéveloppement de grandes régions, qui puisse avoir valeur d’exemple à l’échelle mondiale ».

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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