Deux « quartiers prioritaires » du Tarn classés parmi les 10 plus pauvres de France métropolitaine
Publié le 06/01/2025 à 11:02 , mis à jour à 11:43 https://www.ladepeche.fr/2025/01/06/deux-quartiers-prioritaires-du-tarn-classes-parmi-les-10-plus-pauvres-de-france-metropolitaine-12424833.php
Le taux de pauvreté est en nette hausse à Cantepau (Albi) et à Laden Petit Train (Castres). Près de 70 % des habitants de ces quartiers prioritaires vivent sous le seuil de pauvreté selon les dernières données publiées par l’INSEE.
L’Occitanie est surreprésentée dans le nouveau classement des 20 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) les plus pauvres de France métropolitaine, publié par l’Observatoire des Inégalités.
Les quartiers prioritaires de Perpignan, Nîmes et Béziers sont aux premières places mais le département du Tarn y est aussi représenté : Cantepau (Albi) et Laden Petit Train (Castres) sont classés en 8e et 9e positions avec un taux de pauvreté de 69 % en 2021, selon les données de l’INSEE.
Près de 70 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté
Situé sur la rive droite du Tarn, le quartier albigeois de Cantepau, composé essentiellement de barres d’immeuble construites dans les années 70 et gérées par le bailleur social Tarn Habitat, figure dans ce classement depuis de nombreuses années. En 2012, il était en 19e position avec un taux de pauvreté de 62 %. Depuis, l’augmentation est quasi constante avec un premier pic en 2018 (66,8 %) avant d’atteindre les 69 % en 2021.
Cantepau compte aujourd’hui un peu moins de 2000 habitants. Les 2/3 d’entre eux vivent donc sous le seuil de pauvreté, comme dans le quartier prioritaire de Laden Petit Train, situé près du centre-ville de Castres. Ce dernier compte un peu plus d’un millier d’habitants. Lui aussi est un « habitué » du classement : 15e en 2017, 13e en 2019, 7e en 2020…

Le quartier de Laden Petit Train fait lui aussi l’objet d’un vaste programme de rénovation urbaine. Archives DDM – Emilie Cayre
« La pauvreté élevée des 20 quartiers prioritaires de notre classement s’explique en partie par des caractéristiques qu’ils ont en commun », explique l’Observatoire des Inégalités. « Si leurs habitants disposent de faibles ressources, c’est notamment en raison de leur profil. Ces territoires concentrent en effet les catégories de population les plus exposées à la pauvreté ».
Population jeune et moins qualifiée
Les moins de 25 ans représentent plus d’1/3 des habitants des quartiers prioritaires de Cantepau et de Laden Petit Train. Dans le premier, plus de 40 % des jeunes de 16 à 25 ans sont non scolarisés et sans emploi.
No Les familles monoparentales constituent par ailleurs près de la moitié des ménages à Cantepau (44,5 % à Laden Petit Train), bien plus que la moyenne nationale. Les habitants de ces deux quartiers sont aussi moins qualifiés : la moitié de la population est sans diplôme. Enfin, la population étrangère y est plus élevée qu’ailleurs : 22,3 % à Laden Petit Train et jusqu’à 28,9 % à Cantepau, contre 8 % en moyenne nationale.
« C’est la vocation même de ces quartiers au sein desquels la part d’habitat social est très grande que d’accueillir les ménages qui ont le plus de difficultés, souvent avec de faibles niveaux de qualifications, pour leur permettre de se loger dignement », ajoute l’Observatoire des Inégalités.
A lire aussi : « On est au tiers du projet » : la vaste rénovation du quartier de Laden se poursuit
Investissements massifs
À Castres comme à Albi, ces deux quartiers prioritaires font actuellement l’objet d’investissements massifs dans le cadre de vastes programmes de rénovation urbaine : environ 60 millions d’euros à Cantepau et près de 40 millions d’euros à Laden Petit Train.
A lire aussi : Cantepau : des bâtiments emblématiques en cours de démolition
En parallèle, de nouveaux « contrats de ville » ciblant l’ensemble des quartiers prioritaires sur la période 2024-2030 ont été signés par les agglomérations de l’Albigeois et de Castres-Mazamet, en lien avec l’État et les partenaires publics locaux. Les actions définies par ces contrats de ville portent à la fois sur l’éducation, l’emploi, le cadre de vie et la sécurité.
Quid des autres quartiers prioritaires du Tarn ?
Le département du Tarn compte au total 11 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), dont les périmètres ont été fixés par décret : Cantepau, Lapanouse et Veyrières-Rayssac à Albi, Laden Petit Train, Lameilhé, Aillot Bisséous Lardaillé et Centre-Ville à Castres, La Falgalarié à Aussillon, Rajol – Cérou – Gourgatieux – Bouloc – Verrerie à Carmaux, Lentajou – Catalanis à Gaillac et Crins – En Gach à Graulhet.
Ce dernier est le plus peuplé avec 3159 habitants en 2020, suivi par Aillot Bisséous Lardaillé (2392 habitants) et Lameilhé (2139 habitants). L’évolution de la pauvreté dans ces quartiers est contrastée. En 2021, selon les données de l’INSEE, elle était en baisse à Lapanouse (taux de pauvreté de 57 %), à La Falgalarié (55 %) et à Lameilhé (51 %). Elle a en revanche augmenté dans les autres quartiers.
Près d’un habitant sur deux vit sous le seuil de pauvreté à Veyrières-Rayssac et à Aillot Bisséous Lardaillé (47 %). La situation est légèrement meilleure dans les deux quartiers prioritaires de Gaillac et de Graulhet (43 %), dans celui de Carmaux (44 %) ou encore dans celui du Centre-Ville de Castres (39 %).
Le taux de pauvreté calculé par l’INSEEcorrespond au seuil de 60 % du niveau de vie médian. Dans ces quartiers prioritaires tarnais, les autres indicateurs socio-économiques (taux de chômage, part de la population sans diplôme, des familles monoparentales et des étrangers) sont eux aussi plus élevés que la moyenne nationale.
Perpignan, Nîmes, Albi… pourquoi 13 des 20 quartiers les plus pauvres de France sont-ils situés en Occitanie ?
Social, France – Monde, Occitanie
Publié le 10/01/2025 à 06:15 , mis à jour à 12:11 https://www.ladepeche.fr/2025/01/10/perpignan-nimes-albi-pourquoi-13-des-20-quartiers-les-plus-pauvres-de-france-sont-ils-situes-en-occitanie-12434959.php#:~:text=Selon%20un%20rapport%20de%20l,de%20pauvreté%20dépassant%20parfois%2070%20%25.
V.G
Le dernier rapport de l’Observatoire des inégalités révèle une concentration frappante de la pauvreté en Occitanie. Treize des vingt quartiers prioritaires les plus pauvres de France métropolitaine se situent dans la région.
Le constat est frappant. Selon un rapport de l’Observatoire des inégalités publié le 10 décembre 2024, l’Occitanie concentre une majorité des quartiers prioritaires (QPV) les plus pauvres de France métropolitaine. Treize des vingt territoires en tête du classement y sont situés, avec des taux de pauvreté dépassant parfois 70 %.
A lire aussi : En Haute-Garonne, la grande misère des quartiers populaires et pourtant « prioritaires »
En tête de liste figurent trois quartiers de Perpignan : « Bas-Vernet Ancien ZUS » et « Rois De Majorque », tous deux affichant un taux de pauvreté record de 75 %, suivis de près par « Quartier Champs De Mars » toujours à Perpignan (73 %), « Pissevin-Valdegour » à Nîmes (72 %) et « Iranget Grangette » à Béziers (71 %). Dans ces zones, plus de 7 habitants sur 10 vivent avec moins de 1 200 euros par mois, soit sous le seuil de pauvreté pour une personne seule après impôts et prestations sociales.
D’autres quartiers situés à Carcassonne, Sète, Albiou encore Castres complètent ce constat alarmant.
L’Observatoire des inégalités explique cette situation par le rôle central du logement : « Tous ces territoires concentrent les logements sociaux dont le rôle premier est d’accueillir les populations les plus modestes qui n’ont pas les moyens de se loger dans le privé. Ce qui explique en grande partie le haut niveau de pauvreté de ces quartiers souvent délaissés par les ménages une fois que leur situation financière s’améliore ».
Des populations jeunes et sous-diplômées
L’Occitanie est particulièrement touchée en raison des caractéristiques des populations vivant dans ces QPV. Ces quartiers concentrent les catégories les plus exposées à la pauvreté, notamment les jeunes. « Les moins de 25 ans représentent près de 40 % de la population des quartiers prioritaires, soit un tiers de plus que la moyenne nationale (29 %) », note l’Observatoire.
Dans des territoires comme « Pissevin-Valdegour » à Nîmes, près de la moitié des habitants ont moins de 25 ans, un profil qui les rend plus vulnérables au chômage et à l’instabilité professionnelle.
A lire aussi : Deux « quartiers prioritaires » du Tarn classés parmi les 10 plus pauvres de France métropolitaine
Ces quartiers abritent également une forte proportion de familles monoparentales, un tiers des ménages en moyenne, soit trois fois plus que dans le reste du pays. Par exemple, dans les quartiers « Cantepau » (Albi) et « Narbonne Est », cette proportion dépasse même les 50 %.
« Les sommets de la pauvreté en France »
Autre facteur aggravant : les habitants des QPV sont moins diplômés. En moyenne, 44 % d’entre eux n’ont aucun diplôme, contre 25 % au niveau national. À « Pontcarral » (Toulon), ce taux atteint 70 %.
Enfin, un quart de la population de ces quartiers est étrangère, soit trois fois la moyenne nationale (8 %). Dans certains quartiers d’Occitanie comme ceux de Béziers ou Perpignan, ce chiffre dépasse les 30 %, voire 50 % dans d’autres régions comme au « Sillon de Bretagne » à Saint-Herblain (Loire-Atlantique).
« Nous touchons là les sommets de la pauvreté en France, avec des quartiers où presque toute la population est démunie », conclut l’Observatoire des inégalités. Cependant, ces zones ne doivent pas être assimilées à des « ghettos » ou des « territoires de non-droit ». « C’est la vocation même de ces quartiers, au sein desquels la part d’habitat social est très grande, que d’accueillir les ménages qui ont le plus de difficultés, souvent avec de faibles niveaux de qualifications, pour leur permettre de se loger dignement. »