Grippe : l’hôpital frappé par une épidémie de plan blanc
Quentin Haroche| 09 Janvier 2025 https://www.jim.fr/viewarticle/grippe-lhôpital-frappé-épidémie-plan-2025a10000gt?ecd=wnl_all_250109_jim_daily-doctor_etid7151477&uac=368069PV&impID=7151477&sso=true
PARIS – Comme depuis des décennies, le début d’année est difficile pour le personnel hospitalier, confronté aux maladies hivernales (grippe, Covid-19, bronchiolite…). Pour faire face à l’afflux toujours plus important de malades de la grippe et alors que de nombreux hôpitaux sont en sous effectifs, ce sont, selon la presse régionale, au moins 35 établissements de santé en France qui ont activé le plan blanc, de Dieppe à Marseille en passant par Nantes, Nevers ou Toulouse.
D’autres établissements, comme le CHU de Nice, serait sur le point d’activer également ce dispositif exceptionnel, qui permet de rappeler le personnel en congé et de reporter les opérations non urgentes afin de dégager le plus de lits possibles. « Actuellement, plus aucun lit n’est disponible dans les établissements publics et privés du territoire » constate ainsi la mairie de Nice. Partout en France, les agences régionales de Santé (ARS) multiplient les messages à l’intention de la population pour une « utilisation raisonnée des urgences », les invitant à appeler le 15 sans se rendre à l’hôpital de leur propre initiative.
« Un niveau d’intensité particulièrement élevé » à l’hôpital selon SPF
De plus en plus d’établissements de santé ont également décidé de rétablir le port du masque pour le personnel, les patients et les visiteurs. L’ARS de Bourgogne-Franche-Comté a d’ailleurs recommandé à l’ensemble des hôpitaux et Ehpad de la région de prendre cette mesure. A Nice, les fonctionnaires municipaux ont désormais l’obligation de porter un masque au travail en cas de symptômes grippaux.
Selon le dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publié par Santé Publique France (SPF) ce mercredi, l’ensemble des indicateurs épidémiques étaient en hausse pour la grippe la semaine dernière, en ville comme à l’hôpital. « La part des hospitalisations pour grippe ou syndrome grippal parmi les hospitalisations toutes causes se situait à un niveau d’intensité exceptionnellement élevé par comparaison aux saisons antérieures » indique ainsi SPF. « De plus la part des décès avec une mention de grippe parmi les décès certifiés électroniquement était encore en forte hausse (6 % la première semaine de 2025 contre 3,9% la dernière semaine de 2024) ». L’ensemble de la France métropolitaine ainsi que la Martinique et la Guadeloupe sont en phase épidémique.
« La vaccination reste le meilleur moyen de se protéger contre la grippe » insiste SPF. Les chiffres en date de fin novembre faisait état d’un recul de 5 % de la couverture vaccinale contre la grippe par rapport à l’an dernier. L’hiver 2023-2024 n’avait pourtant déjà pas été un grand cru en termes de vaccination, puisque seulement 54 % des plus de 65 ans, les plus à risque de forme grave, s’étaient fait vaccinés, loin de l’objectif de 75 % fixés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Une épidémie de bronchiolite plus faible : merci Beyfortus ?
Bien que le vaccin mette une dizaine de jours à atteindre sa pleine efficacité et que l’épidémie de grippe semble proche de son pic, la plupart des spécialistes estiment qu’il est encore temps de se faire vacciner. Si cela est sans doute vrai d’un point de vue scientifique, ce ne l’est pas forcément d’un point de vue pratique. Alors que la campagne de vaccination touche officiellement à sa fin le 31 janvier, nombreuses sont les officines qui ont cessé de commander des doses de vaccin (voire qui ont déjà initié leur pré-commande pour l’hiver prochain) et qui arrivent en rupture de stock. « Il n’y a plus de stock, et on est coincés pour réapprovisionner les retardataires » constate un pharmacien du Doubs interrogé par France 3.
Fort heureusement, cette montée de l’épidémie de grippe coïncide avec un recul de celle de bronchiolite, éloignant ainsi le spectre d’une double épidémie. Selon SPF, l’ensemble des indicateurs étaient en baisse pour les infections à VRS la semaine dernière et l’Ile-de-France est désormais en phase post-épidémique. L’épidémie a été moins intense que les années précédentes, notamment chez les nouveau-nés de moins de deux mois.
Est-ce l’effet du déploiement à grande échelle du Beyfortus (nirsévimab) ? Après une première année test concluante, cet anticorps monoclonal protégeant les jeunes enfants contre les formes graves du VRS était en effet pour la première fois disponible pour tous les nourrissons de moins de 12 mois, avec plus de 600 000 doses commandées.
Il faudra cependant attendre davantage de données et des études en vie réelle pour conclure définitivement à l’efficacité épidémiologique de ce médicament.