Texas : les conséquences dramatiques de l’interdiction de l’avortement
Quentin Haroche | 06 Janvier 2025 https://www.jim.fr/viewarticle/texas-conséquences-dramatiques-linterdiction-2025a100006x?ecd=wnl_all_250107_jim_daily-doctor_etid7144828&uac=368069PV&impID=7144828&sso=true
HOUSTON – Dans deux semaines, le 20 janvier prochain, Donald Trump redeviendra président des Etats-Unis. Selon lui, l’un des accomplissements de son premier mandat dont il est le plus fier est d’avoir, en nommant des juges conservateurs à la Cour Suprême, redonné aux Etats le pouvoir de légiférer sur l’avortement. Depuis le désormais célèbre arrêt Dobbs du 24 juin 2022, 13 Etats américains ont en effet complètement interdit l’interruption volontaire de grossesse (IVG), tandis que quatre autres l’ont fortement restreint.
Des interdictions qui ont parfois de lourdes conséquences sanitaires pour les femmes américaines et leurs enfants. Plusieurs études ont déjà démontré que les Etats qui ont interdit l’avortement font face à une hausse de la mortalité infantile (de 7 % dans l’ensemble des Etats-Unis dans l’année qui a suivi l’arrêt Dobbs) ainsi qu’à une hausse de la mortalité maternelle (+ 56 % depuis 2019 dans les Etats qui ont interdit l’avortement contre + 11 % dans le reste du pays).
« Une épidémie d’abandons d’enfant »
L’Etat du Texas est en la matière le plus restrictif du pays : l’avortement y est interdit même en cas de viol, d’inceste ou de maladies congénitales graves et n’est autorisé qu’en cas de danger pour la vie de la mère. Pratiquer un avortement est passible de 99 ans de prison et certaines villes ont même interdit aux femmes enceintes de quitter l’Etat. Conséquence de ces lois extrêmement sévères : les abandons d’enfant sont en forte augmentation.
Selon les autorités du Texas, au moins 18 enfants ont été abandonnés à la naissance en 2024, contre seulement 7 en 2014. Le service des pompiers de Houston, la plus grande ville de l’Etat, indique que ces abandons conduisent presque toujours à la mort de l’enfant : sur les 30 derniers mois depuis l’interdiction de l’avortement, un seul enfant a pu être sauvé. « Il semble qu’il y ait comme une épidémie d’abandons d’enfant » a déploré le shérif de Houston.
Quand on regarde les chiffres, il n’est presque pas étonnant que le Texas soit confronté à une recrudescence des abandons d’enfant. L’avortement a en effet conduit à une hausse du taux de natalité, notamment chez les adolescentes : avec 20 naissances pour 1 000 filles âgées de 15 à 19 ans, le Texas a le 5ème taux de jeunes mères le plus élevé des Etats-Unis. L’accès aux soins dans cet Etat, l’un des plus riches du pays, laisse également fortement à désirer : le Texas a été classé deuxième pire Etat concernant la santé des femmes et la santé reproductive tandis que 22 % des femmes n’ont aucune assurance santé (le taux le plus élevé des Etats-Unis). « L’accès aux soins est quasi-inexistant pour les immigrés clandestins » déplore ainsi Blake Rocap, un avocat texan spécialisé dans les droits reproductifs.
Quand les « pro-vie » se désintéressent de la santé des femmes et des enfants
Les 18 bébés abandonnés cette année ont été retrouvés dans des endroits aussi sordides que des poubelles ou des décharges. Il ne s’agit cependant ici que des abandons illégaux. Le Texas, comme l’ensemble des Etats américains, autorise en effet les mères à abandonner leurs enfants à la naissance à condition qu’il les place dans des « boites à bébés refuges » (« safe heaven baby boxes »), généralement installés près des casernes de pompiers ou des hôpitaux. Problème : nombreuses sont les mères, notamment les immigrées hispaniques, qui ignorent l’existence de ces dispositifs pour abandonner leurs enfants dans de (relatives) bonnes conditions.
Plusieurs associations luttant pour les droits des femmes et des migrants ont donc demandé au gouvernement du Texas de financer une campagne de sensibilisation pour informer les femmes précaires des alternatives à l’abandon illégal d’enfants (comme c’est le cas dans d’autres Etats). Les élus républicains ont refusé et ont également diminué les fonds alloués à la santé reproductive (alors même que cet Etat dégage un excédent budgétaire de 33 milliards de dollars !). Ceux qui se qualifient de « pro-vie » semblent finalement se désintéresser de la vie des femmes et de leurs enfants, une fois qu’ils sont bien nés.
Au niveau fédéral, Donald Trump a indiqué qu’il était défavorable à une interdiction ou une restriction nationale du droit à l’avortement et qu’il préférait laisser les Etats libres de légiférer sur la question.
Les républicains, qui contrôlent les deux chambres du Congrès, ne sont pas forcément tous de cet avis et pourraient tenter de faire voter une interdiction fédérale de l’IVG dans les prochains mois.