TRIBUNE. Des professionnels de santé s’opposent à l’approche transaffirmative du groupe de travail de la HAS concernant les mineurs qui se questionnent sur leur genre.


La grande majorité d’adolescents qui se questionnent sur leur identité sexuée ne sont pas « trans », mais sont en souffrance et doivent bénéficier en première intention d’une prise en charge psychologique, interpellent les signataires de ce manifeste. © ANDBZ/ABACA
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Le 12 décembre 2024, le projet confidentiel de recommandation de la Haute Autorité de santé (HAS) concernant le « Parcours de transition des personnes trans » a été rendu public par Le Figaro, ce qui a eu pour conséquence une très importante prise de conscience chez les professionnels de santé. Elle concerne d’une part le fonctionnement de la HAS et, de l’autre, son positionnement quasi calqué sur les revendications des associations transactivistes.
Il est probable que si la HAS avait choisi de ne parler que des majeurs, les réactions auraient été moins vives ; encore que la mise à disposition de tout l’appareil médico-chirurgical pour des « soins » (hormones, chirurgie mais aussi épilation au laser, implantation de cheveux, etc.) remboursés par la Sécurité sociale au bénéfice de « non-malades », au moment où notre système de santé est lourdement déficitaire pose pour le moins question.
Le 13 décembre, la HAS a publié sur son site une mise au point qui déplore la diffusion dans les médias de ce document qui ne serait pas définitif car soumis à un groupe de lecture.
Prenons acte qu’il ne soit pas trop tard. Sur quoi s’appuie le projet de recommandations proposé par le groupe de travail de la HAS après plusieurs mois de travail ?
Postulat erroné
Il semble s’appuyer sur un postulat erroné selon lequel les recommandations nationales françaises devraient être réécrites pour répondre à toutes les demandes médicales et chirurgicales des personnes s’identifiant trans, et ce, depuis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a créé un nouveau diagnostic d’« incongruence de genre » (qui remplace la « dysphorie de genre ») dans son manuel CIM-11 (Classification internationale des maladies).
Contrairement à ce qu’indique le document de travail de la HAS (p. 8), l’OMS n’a pas pris de décision concernant les enfants et les adolescents.
Dans un document du 15 janvier 2024, elle indique que ses guidelines « ne concerneront que les adultes et ne répondront pas aux besoins des enfants et des adolescents car, après examen, la base de données probantes sur les enfants et les adolescents est limitée et variable en ce qui concerne les résultats à long terme des soins d’affirmation de genre pour les enfants et les adolescents ».
Par ailleurs, il est remarquable que le projet de recommandations de la HAS ressemble en tous points à celles de la WPATH (World Professional Association for Transgender Health), déjà très problématiques. En quelques années, cet organisme, créé en 2007, devenu militant, s’est présenté comme une autorité internationale en matière de médecine du genre, collaborant avec des organisations et des gouvernements de plusieurs pays. Les lignes directrices de soins pour les personnes transgenres (Standards Of Care ou SOC) sont mises à jour en fonction des dernières recherches et prétendent être fondées sur des preuves alors qu’elles ne le sont pas. Les services de genre de nombreux pays revendiquent de s’appuyer sur ses recommandations.
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Mépris des arguments scientifiques
Le huitième standard de soins de la WPATH (SOC 8) est la source d’un scandale qui secoue l’administration de la présidence Biden, scandale qui discrédite sérieusement ces préconisations et par là même ceux qui s’y réfèrent. En juin 2024, le tribunal du Middle District of Alabama Northern Division a révélé des documents compromettants concernant l’évaluation des preuves de la SOC 8. Une grande partie des documents sont dans le domaine public et montrent que des membres actifs de la WPATH ont supprimé des preuves qui ne soutiennent pas l’accès sans réserve aux interventions endocriniennes et chirurgicales chez les mineurs. La WPATH a imposé son idéologie en dissimulant les preuves scientifiques n’allant pas dans son sens. On observe que plus les preuves démontrant le peu d’efficacité des bloqueurs de puberté et des hormones croisées sur le bien-être des mineurs s’accumulent, plus les recommandations de la WPATH suppriment les barrières protectrices au mépris des arguments scientifiques.
Dans leur état actuel, les recommandations de la HAS sont encore plus radicales que celles de la WPATH. Nombre d’entre elles se fondent uniquement sur des « accords d’experts » qui sont, de l’aveu même de la HAS, situés au plus bas des grades d’évaluation des preuves. Aucune référence n’est fournie en ce qui concerne les preuves de meilleur grade, alors qu’elles existent et que le rapport établi au Royaume-Uni par le Dr Hilary Cass (Rapport Cass) les relève clairement. Ces recommandations semblent alignées sur celles de la Société française d’endocrinologie et diabétologie pédiatrique (SFEDP) – tout aussi problématiques – publiées en novembre 2024. L’examen du groupe des 30 membres montre que la grande majorité, y compris les responsables, ont des conflits d’intérêts, y compris des conflits intellectuels.
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Les médecins généralistes et spécialistes (pédiatres, endocrinologues, gynécologues, chirurgiens plasticiens et urologues, pédopsychiatres…), les psychologues et psychanalystes, juristes et les chercheurs de toutes disciplines, souhaitent manifester leur ferme opposition à l’approche transaffirmative de la HAS et du groupe de travail de la SFEDP pour les mineurs.
Ils demandent que les points suivants soient respectés :
L’équilibre et la transparence des groupes d’experts
Nous demandons la dissolution du groupe d’experts actuels de la HAS sur ce sujet, en raison d’importants conflits d’intérêts qui ne permettent pas de produire des recommandations objectives.
La composition du groupe d’experts doit être équilibrée, transparente et les conflits d’intérêts révélés et publiés. La composition actuelle rend caduques les préconisations siglées « AE » pour « accord d’expert ». Ce soi-disant consensus scientifique masque l’unanimisme du groupe d’experts et la faiblesse des preuves scientifiques.
Protection des mineurs
Les jeunes de 16-18 ans ne doivent pas être considérés comme des majeurs alors qu’ils ne le sont ni juridiquement ni psychiquement. Compte tenu des études actuelles, les mutilations d’organes sains devraient être interdites chez les mineurs. Leur souffrance, bien réelle, doit être prise en compte par d’autres moyens. La HAS non seulement les autorise mais étend l’autorisation à la chirurgie de l’appareil génital qui, jusqu’à maintenant, ne se pratique pas en France avant 18 ans.
Autorité parentale
Les parents de mineurs ne doivent pas être menacés d’un retrait de l’autorité parentale dès lors qu’ils s’opposeraient à la volonté de leur enfant d’entreprendre une transition médicale et/ou chirurgicale. Le « ressenti » peut s’exprimer mais sa réalisation n’est pas un droit. Les associations encourageant la transition de genre des adolescents n’ont en aucun cas à se substituer au ministère public pour encourager des poursuites, car il existe un risque majeur d’emprise de type sectaire sur les adolescents.
Considérer la recherche européenne
À ce jour, une douzaine de revues systématiques de preuves sur les transitions des jeunes ont été publiées. Il est essentiel de prendre en compte les travaux européens émanant de la Finlande, la Suède et du Royaume-Uni. Ces travaux montrent que la transition sociale, les bloqueurs de puberté, les hormones croisées chez les mineurs ne tiennent pas leur promesse d’amélioration de la vie et de prévention du suicide. Nous renvoyons à un important article international « Évolution des lignes directrices nationales pour le traitement des enfants et des adolescents atteints de dysphorie de genre : perspectives internationales ».
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Réévaluer le diagnostic
La proposition clinique ASP – angoisse de sexuation pubertaire – doit être sérieusement prise en compte afin de mettre en question le diagnostic de « dysphorie de genre » ou d’« incongruence de genre » et ses conséquences mais aussi la qualification de « mineurs trans ». La grande majorité d’adolescents qui se questionnent sur leur identité sexuée ne sont pas « trans », mais sont en souffrance et doivent bénéficier en première intention d’une prise en charge psychologique, voire pédopsychiatrique holistique et non être adressés dans les services spécialisés « transidentité ».
Les premiers signataires médecins et psychologues du manifeste :
Abert Matthieu, médecin généraliste
Athea Nicole, gynécologue et endocrinologue
Avout Hélène (d’), psychanalyste, membre formateur de la SPRF
Bensman Albert, professeur honoraire de pédiatrie à la faculté de médecine Paris-Sorbonne
Berger Maurice, pédopsychiatre, ancien professeur associé de psychopathologie de l’enfant
Bettan Jean-Charles, psychanalyste
Bouaziz Jérôme, gynécologue obstétricien et président du groupe One clinic
Boulenger Jean-Philippe, professeur émérite de psychiatrie d’adulte à l’Université de Montpellier, médecin conseiller technique d’une association médico-sociale gérant des établissements et des structures d’aide à des enfants et des adultes handicapés
Brinkley Paula, MD, MPH, FAAP, General Pediatrician, Berkeley, Californie
Brody-Baudin Marianne, professeur honoraire de psychopathologie
Brun Anne, professeur des universités en psychopathologie et psychologie clinique, psychanalyste
Bruno Michel, psychologue, psychanalyste
Campion Martine, psychiatre et psychanalyste en exercice libéral
Cerf de Dudzeele Géraldine, psychologue clinicienne, membre associé de la Société de psychanalyse freudienne et vice-présidente de la CIPPA (Coordination internationale de psychothérapeutes psychanalystes et membres associés s’occupant de personnes autistes)
Ciccolini Joseph, professeur de pharmacocinétique, Clinical Pharmacologist (PU-PH)
Coen Marianne, psychiatre
Crestinu Dominique, endocrino gynécologue, membre du bureau de l’OPS
Daubigny Corinne-Déborah, psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne
Dechêne Sophie, MD MRCPsych, psychiatre infanto-juvénile
Decormis Claude-Anne, psychologue clinicienne
Decker Gaëlle (de) Gaëlle, ancienne avocate au barreau de Bruxelles, psychanalyste, psychologue, CHU de Montpellier, département de gynécologie obstétrique
Denis Paul, neuro-psychiatre, pédopsychiatre
Devauchelle Bernard, professeur émérite de l’Université et chirurgien reconstructeur de la face
Dolto Catherine, médecin, praticienne en haptonomie
Doucet-Carriere Jean-Louis, psychiatre, psychanalyste
Dumont Francis, psychologue psychanalyste – ancien expert près la cour d’appel de Lyon
Eliacheff Caroline, pédopsychiatre, psychanalyste, codirectrice de l’OPS
Farges Nicole, psychologue, psychanalyste
Ferry Bernard, psychanalyste
Flavigny Christian, pédopsychiatre, psychanalyste
Frydman René, professeur émérite, spécialiste de la reproduction
Galiano Riccardo, psicoanalista, membro ordinario Società Psicoanalitica Italiana – International Psychoanalytical Association – Professore Associato di Psicologia Dinamica – Università degli Studi della Campania “Luigi Vanvitelli”, Naples, Italie
Geagea Nivine, psychologue clinicienne
Giroux Christian, psychiatre, ancien interne des hôpitaux psychiatriques d’Ile-de-France, retraité
Golder Eva-Marie, docteur en psychologie, psychanalyste
Goldman Caroline, psychologue clinicienne
Gontran Wilfried, psychologue clinicien, psychanalyste
Grignon Pamela, psychologue psychothérapeute en thérapies cognitivo-comportementales
Gueydan Madeleine, maître de conférences honoraire psychopathologie à Montpellier, psychanalyste
Halimi Olivier, psychologue clinicien
Halperin Daniel, pédiatre
Joire Mélanie, psychologue clinicienne, psychanalyste
Julliand Eric, ancien psychiatre des hôpitaux, psychanalyste membre du Quatrième groupe OPLF
Koener Beryl, pédopsychiatre en Belgique, membre du bureau de l’OPS
Lamote Thierry, professeur de psychologie (université de Lorraine), psychologue, psychanalyste
Landa Fabio, psychanalyste
Lantieri Laurent, professeur de chirurgie plastique et reconstructrice à l’Hôpital européen Georges-Pompidou
Lasvigne Christian, médecin retraité, intervenant en milieu scolaire pour le Centre de planification de l’Aube
Laune Roger Marion, gynécologue retraitée
Lavergne Philippe, psychiatre des Hôpitaux, pédopsychiatre
Lauret Monique, psychiatre, psychanalyste
Le Pennec Laurence, psychiatre, psychanalyste
Lebrun Jean-Pierre, psychiatre, psychanalyste, membre du bureau de l’OPS
Louveau Catherine, psychologue, professeure des universités émérite en sociologie
Lozes Marie-Ange, DESC médecine générale, Capacité médecine évaluation et traitement de la douleur, médecin au CH de Redon (Bretagne)
Luis Fernando MacIas García, professeur à l’université de Guanajuato du Mexique, psychanalyste
Lutz Nathalie, médecin pédopsychiatre
Maidenberg Manuel, pédiatre
Marzin Sophie, psychologue clinicienne, psychanalyste
Masson Céline, professeur des universités en psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, codirectrice de l’OPS
Mason Julia, W-MS MD FAAP, SEGM Board member, Pediatrician, Calcagno Pediatrics, Gresham Oregon
Mijolla-Mellor Sophie (de), psychanalyste, présidente de l’Association internationale Interactions de la psychanalyse et directrice de la revue TOPIQUE
Miller Patrick, psychiatre, psychanalyste, membre de l’Association Psychanalytique Internationale.
Missenard Frédéric, pédopsychiatre, psychanalyste apf, Paris
Mosbah Christian, psychiatre, psychanalyste
Munnich Arnold, professeur de génétique, Université Paris Cité, président du conseil d’administration de l’Institut Imagine
Naeije Robert, professeur émérite de médecine à l’Université libre de Bruxelles
Nicolas-Chanoine Marie-Hélène, professeur émérite de microbiologie
Nisand Israel, professeur émérite de gynécologie obstétrique
O’Malley Stella, psychotherapist, director of Genspect
Ouahès Hélène, psychiatre praticien hospitalier
Pinaire Cécile, psychologue, psychanalyste
Prieur-Bertrand Monique, psychologue-psychanalyste
Quéheillard Jean-Louis, psychologue, psychanalyste, membre du Quatrième Groupe OPLF
Regenstreif Leonora, MD, médecin, CCFP(AM), FCFP, Hamilton, Ontario CANADA
Reveyrand-Coulon Odile, psychologue clinicienne interculturelle, anthropologue, maître de conférences honoraire, Université de Bordeaux
Robert Jacques, professeur émérite de cancérologie, université de Bordeaux, membre du bureau de l’OPS
Rubiliani Claudio, maître de conférences honoraire en biologie des organismes
Saada Michaël, psychiatre
Salom Yvelise, psychologue, psychanalyste
Santagostini Anne, psychiatre, psychanalyste
Schaeffer Jacqueline, psychanalyste membre titulaire formateur honoraire de la Société Psychanalytique de Paris (SPP)
Segonne Véronique, psychologue clinicienne, psychanalyste, ancienne attachée des hôpitaux de l’AP-HP
Sicard Didier, professeur émérite de médecine à l’Université Paris Cité
Sinai Joanne, MD, MEd, FRCPC, Clinical Associate Professor, Department of Psychiatry, University of British Columbia, Canada
Soffer David, psychiatre libéral, directeur du Dispositif Expert Régional SUD PACA, Association Suicide Mal-Etre Adolescent, Marseille
Squires Claire, psychiatre psychanalyste, MCF HDR émérite Paris Cité
Taieb Sonia, psychiatre, psychanalyste
Tartivel Yvon, psychanalyste
Trouvé Julien, psychologie clinicien secteur publique
Vacquin Monette, psychanalyste, membre du conseil scientifique du département d’éthique bio-médicale du Collège des Bernardins
Vandecasteele Luc, médecin généraliste, Gand, Belgique
Vander Elst Nadine, psychologue-psychanalyste, Bruxelles, Belgique
Vidal Pascale, psychanalyste, psychologue en pédiatrie à l’hôpital
Vigouroux Eric, psychanalyste, psychologue clinicien
Winter Jean-Pierre, psychanalyste
Les signataires en soutien aux professionnels de santé :
Agacinski Sylviane, philosophe
Badinter Elisabeth, philosophe
Benoit Martine, professeur des Universités
Braunstein Jean-François, professeur émérite de philosophie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Bonnet Marie-Jo, historienne, écrivaine
Cannone Belinda, écrivain, chercheur
Delsol Chantal, philosophe
Eustache Brinio Jacqueline, sénatrice du Val d’Oise
Guéneau Orane, présidente Black lilith record, gérante La Part des Anges, Rennes
Habib Claude, professeur honoraire de lettres, Université de la Sorbonne nouvelle
Heckmann Hubert, maître de conférences
Heinich Nathalie, sociologue
Henry Maryvonne, avocat au Barreau de Paris
Jongen Catherine, thérapeute de couple, sexothérapeute
Lambrichs L. Louise, écrivain, docteur ès Lettres, Officier des Arts et Lettres
Lacan Gilles, ancien magistrat
Mecquenem Isabelle (de), professeur de philosophie, membre du Conseil des sages de la laïcité
Messu Michel, sociologue, professeur honoraire des universités
Mezzarobba Marie-Reine, assistante sociale retraitée, service protection de l’enfance et de l’adolescence
Ollier Fabien, enseignant, directeur des éditions QS ? et de la revue Quel Sport ?
Orlando Leonardo, chercheur en science politique
Poitrenaud-Lamesi Brigitte, Université de Caen-Normandie
Rabinovitch Gérard, sociologue, philosophe
Riou Olivier, enseignant-chercheur, Energétique & Génie des procédés, Université Paris Est Créteil
Salvador Xavier-Laurent, maître de conférences HDR, président du LAIC
Sarton Olivia, directrice juridique Juristes pour l’enfance
Szlamowicz Jean, linguiste, professeur des universités
Taguieff Pierre-André, philosophe et politiste, CNRS
Tavoillot Pierre-Henri, universitaire, agrégé et docteur en philosophie (PARIS)
Valentin Caroline, avocat
À découvrirLe Kangourou du jourRépondreVermeren Pierre, professeur des universités en histoire contemporaine à La Sorbonne
Signez ce manifeste: https://www.observatoirepetitesirene.org/pas-en-notre-nom
Gilles-William Goldnadel : «Quand la Haute autorité de santé se soumet à l’idéologie trans»
Mis à jour le 21 décembre 2024 à 11h38 https://www.lefigaro.fr/vox/societe/gilles-william-goldnadel-quand-la-haute-autorite-de-sante-se-soumet-a-l-ideologie-trans-20241216
Sujets
FIGAROVOX/CHRONIQUE – Dans un projet de recommandations sur les personnes trans, révélé en exclusivité par Le Figaro, la Haute Autorité de santé s’apprête à proposer une forme de service public de la transition de genre. Notre chroniqueur dénonce une «folie».Passer la publicité
Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il a publié Journal de guerre. C’est l’Occident qu’on assassine(Fayard, 2024). Il est également président d’Avocats sans frontières.
À découvrir
Je professe depuis longtemps l’idée que le wokisme est en train de transformer par voie de contagion le monde occidental en hôpital psychiatrique. Mais j’ignorais que le monde scientifique français était lui aussi atteint par la tête. Le Figaro a révélé en effet que la Haute Autorité de santé – dont le président est désigné par le chef de l’Etat – préconisait dans un projet en phase de relecture un accès gratuit à la transition de genre pour tous à partir de 16 ans. Les parents qui s’y opposeraient pourraient être déchus de l’autorité parentale …
Quelques mots pour décrire la folie dont s’agit. Quand j’écris ce mot ,après l’avoir pesé, je parle seulement de la transition des enfants, ne voyant aucun inconvénient à ce que des adultes mal dans leur sexe biologique décident de changer de genre socialement par la voie médicale, à leurs risques et périls. Étant bien entendu que le sexe biologique est inscrit génétiquement et pour toujours dès la naissance, indépendamment du ressenti psychologique.
Cette folie part de loin. De l’année 1955 très exactement. Je compte en effet vous narrer la très triste histoire du Docteur Money.
Il s’agit de ce psychologue qui expliquait doctement dans ces années 50 que pour étudier l’Homme, il convenait de distinguer entre «nature» et «culture». Il soutenait que la culture était plus importante que la nature. L’essentiel des comportements humains ne relèverait pas de l’instinct mais de l’acquis . Au début du XXe siècle, le fondateur du béhaviorisme, John Broadus Watson, expliquait qu’il lui serait possible de fabriquer des enfants à volonté, selon l’éducation qui leur serait donnée : «Donnez – moi une douzaine d’enfants sains, bien constitués et je m’engage, en les prenant au hasard, à les former de manière à en faire selon mon choix, un médecin, un commerçant, un juriste et même un mendiant ou un voleur, indépendamment de leur talent, penchant, tendance, aptitude, ainsi que de la profession et de la race de leurs ancêtres».
Le docteur Money va s’efforcer en conséquence d’appliquer cette philosophie à la sexualité. Selon lui, il serait possible de moduler l’identité sexuelle de l’enfant, quel que soit son sexe biologique de naissance, en fonction de la manière dont on va l’élever. Money va pouvoir vérifier ses théories lorsque les parents d’un petit garçon, dont le sexe a été sectionné lors d’une opération, viennent le trouver et lui demandent s’il ne serait pas possible, en l’élevant comme une fille, d’en faire une vraie fille. Money leur confirme que c’est tout à fait possible à la seule condition d’agir prestement avant l’âge de trois ans.
Ce qui a été présenté publiquement comme une réussite emblématique de la transition s’est révélé en fait un lamentable échec , une fraude scientifique et un scandale déontologique.Gilles-William Goldnadel
Les parents obtempèrent. Money est d’autant plus enthousiasmé par ce cas, que ce garçon, David Reimer, a un frère jumeau, ce qui pourra lui permettre de faire des comparaisons rigoureuses sur l’évolution de leur sexualité. Dans le cadre de cette expérience, le bon docteur suit ces enfants quelques années et publie un livre vantant le triomphe de son expérience avec David ,dont il fait l’exemple parfait validant sa théorie du genre. Le New York Times affirme que le docteur Money a démontré que la culture l’emporte sur la nature : «Si vous dites à un garçon qu’il est une fille et que vous l’éduquez comme telle, il se comportera en femme».
Les théoriciens du genre ont salué de manière enthousiaste l’œuvre de Money. Pour l’un.e des papes.ses de la théorie postmoderne du genre, Paul B. Preciado, connu sous le nom de Beatriz Preciado jusqu’en 2015 : «Money est à l’histoire de la sexualité ce que Hegel est à l’histoire de la philosophie et Einstein à la conception de l’espace – temps …» Rien de moins. Malheureusement, et au rebours des commentaires laudateurs de Preciado et de ses semblables, l’expérience du docteur Money fut non seulement un échec terrible et lamentable de bout en bout mais encore une tromperie scientifique avérée : dans la réalité, l’enfant David a continué à jouer à des jeux de garçon, à se comporter comme un garçon, à se sentir garçon. Il refuse de plus en plus de se rendre à la visite médicale de Money qui fait pression sur lui pour le pousser à se faire opérer pour changer de sexe, au rebours de sa volonté. David ne parviendra à interrompre le traitement qu’en menaçant de mettre fin à ses jours.
Ce qui donc a été présenté publiquement comme une réussite emblématique de la transition s’est révélé en fait un lamentable échec , une fraude scientifique et un scandale déontologique, puisqu’il avait été exercé, comme le rappelle avec talent Jean-François Braunstein dans La religion woke (Grasset, 2022), de fortes pressions sur ce malheureux petit garçon pour tenter de valider une théorie fumeuse.
Le pauvre David finit par se suicider après avoir vainement tenté, par une opération, de revenir à son sexe naturel de naissance, ce sexe masculin qu’il se refusait à abandonner. Money, de son côté, ne reconnut jamais son erreur scientifique dramatique et taxa ses adversaires de réactionnaires.
Mais le concept de genre était lancé dans le monde occidental, au sens que Money l’avait ordonné : le genre défini comme un ressenti distinct du sexe biologique va de plus en plus s’autonomiser jusqu’à compter davantage que le sexe réel. Money, n’est en effet que l’initiateur de cette révolution du genre, qui va se poursuivre, malgré l’échec dramatique de son inventeur et aboutir progressivement à une véritable «évaporation du corps», écrit Braunstein. Malgré ce drame, les tenants de la théorie du genre continueront à encenser leur docteur Money-Frankenstein : la biologie n’est rien, la culture fait tout.
«Il n’y a pas que deux sexes, il y en a cinq», affirme ainsi la professeure d’études de genre et militante lesbienne Anne Fausto-Sterling.
Ainsi, de manière très révélatrice, la théorie moderne du genre a été accouchée par un charlatan meurtrier…
Ainsi encore, c’est dans ce cadre idéologique démentiel et tragique que la Haute Autorité de santé a été saisie de ce genre de folie.
Nul doute qu’à l’intérieur de cette institution pléthorique, au coût pharaonique en période de vaches maigres, des militants du genre ont agi en sous-main.
Mon étonnement, pour ne pas écrire ma sidération, est double.
Cette recommandation intervient à un moment ou de nombreux pays en Europe, à la suite de nouveaux drames, sont revenus de leurs folles errances. Les pays scandinaves interdisent à présent toute transition avant l’âge adulte pour cause de troubles irréversibles. La Grande-Bretagne interdit les bloqueurs de puberté pour les mineurs. La première ministre écossaise très à gauche miss Surgeon a été contrainte de démissionner quelques jours après le scandale qu’elle avait provoqué : une transition de genre simple comme une lettre à la poste. Par simple notification au registre de l’état-civil. Des dames incarcérées dans une prison pour femmes ne furent pas enchantées par la perspective de voir arriver un violeur en série devenu subitement l’une de leurs sœurs.
Seconde surprise : la soumission idéologique de scientifiques institutionnels au charlatanisme du wokisme. Sorte de nouveau lyssenkisme. En réalité il ne s’agit que d’une feinte surprise.
Au moment où l’oiseau woke semble battre de l’aile de l’autre côté de la mer, voilà qu’ici avec la HAS il s’envole vers le ciel.
Descartes, Pasteur, réveillez-vous, ils sont devenus fous !