Prévenir la pollution de l’air et la schizophrénie
Alain Cohen, Dr| 31 Décembre 2024
Ces dernières années, de plus en plus de recherches se sont concentrées sur l’influence de la pollution de l’air sur la santé mentale, rappelle The British Journal of Psychiatry. La pollution atmosphérique semble ainsi augmenter le risque de schizophrénie par le biais de troubles neuro-inflammatoires comme « un dysfonctionnement endothélial et une activation de la microglie ».
Les données de plus de 480 000 participants de la UK Biobank
Le magazine britannique présente les résultats d’une étude longitudinale menée auprès de plus de 480 000 participants, à l’aide de modèles de risques proportionnels de Coxpour évaluer l’effet d’une exposition à long terme à une pollution atmosphérique sur le risque de schizophrénie, ainsi que son influence potentielle sur la susceptibilité génétique évaluée par le PRS (polygenic risk score).
Pendant cette étude (d’une période de suivi médiane de 11,9 ans), 417 personnes ont développé une schizophrénie. Des corrélations significatives ont été constatées entre une exposition prolongée à quatre types de polluants atmosphériques (particules fines d’un diamètre < 2,5 µm -PM2,5- ; particules fines d’un diamètre < 10 µm -PM10- ; dioxyde d’azote [NO2] et autres oxydes d’azote [monoxyde d’azote NO et protoxyde d’azote N2O]) et un risque majoré de schizophrénie dans chaque groupe de risque génétique.
Comparativement aux participants avec un faible PRS et soumis à une faible pollution de l’air, les participants avec à la fois un PRS et une exposition à une pollution atmosphérique élevés présentent le risque le plus élevé de survenue d’une schizophrénie [IC à 95 %] : null
- pour les PM2,5 le rapport de risque atteint 6,25 [5,03-7,76] ;
- pour les PM10, il atteint 7,38 [5,86–9,29] ;
- pour le NO2, 6,31 [5,02–7,93] ;
- et pour les autres oxydes d’azote, 6,62 [5,24–8,37].
Cette étude confirme que l’exposition à long terme aux polluants atmosphériques est « positivement liée au risque de schizophrénie », avec une majoration de ce risque encore renforcée par une susceptibilité génétique élevée. Il est logique d’envisager que les efforts déployés pour lutter contre la dégradation de l’environnement (en particulier contre la pollution de l’air, par la réduction des centrales et des véhicules thermiques) auront donc aussi, tôt ou tard, une répercussion bénéfique –a priori inattendue– en matière de prévention psychiatrique.
References
Liu R, Li D, Ma Y, Tang L, et al. Air pollutants, genetic susceptibility and the risk of schizophrenia: large prospective study. Br J Psychiatry. 2024 Oct;225(4):427-435. doi: 10.1192/bjp.2024.118.