Le nouveau ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins, le Dr Yannick Neuder, a pris ses fonctions ce mardi 24 décembre. Lors de la passation des pouvoirs, ce matin, le cardiologue de profession a dit espérer rester« un peu plus longtemps » que ses prédécesseurs, « pour la stabilité qu’impose ce ministère ».
Il est le neuvième à occuper ce poste sous la présidence d’Emmanuel Macron. Le Dr Yannick Neuder, cardiologue et député LR de l’Isère, a été nommé ce lundi soir ministre de la Santé et de l’Accès aux soins. Placé sous la tutelle de Catherine Vautrin, qui reprend un portefeuille large incluant le Travail, la Santé, les Solidarités et les Familles, il succède à Geneviève Darrieussecq, élue Modem des Landes et allergologue.
Ce mardi 24 décembre, à 9 heures, cette dernière a officiellement quitté l’avenue Duquesne, trois mois seulement après son arrivée. Passant le flambeau à Catherine Vautrin et Yannick Neuder, Geneviève Darrieussecq a d’abord tenu à évoquer la situation à Mayotte, frappée par un cyclone dévastateur : « Je veux avoir une pensée pour les Mahorais et Mahoraises. Pour ce drame absolu qu’ils vivent en ce moment. Une pensée pour notre système de santé à Mayotte. Une pensée pour tous les soignants qui donnent sans relâche. »
« Nous avons veillé sur Mayotte du mieux que nous pouvions, a poursuivi la ministre sortante. Tout cela m’a confortée dans l’idée que nous avions un grand ministère qui savait repérer et faire face aux crises, qui en avait les moyens. Mais le travail n’est pas fini. […] Parce que les risques épidémiques sont importants maintenant et les risques de santé publique majeurs dans ce beau département de France, mais éloigné. »
« Dans un contexte […] où l’on concentre les plus grandes difficultés, chacun a cherché à apporter des réponses » et « essayé d’être à la hauteur de l’enjeu », a poursuivi Catherine Vautrin sur Mayotte, saluant « la force de l’État »et ajoutant qu’« il va falloir que nous puissions continuer ». Emu, Yannick Neuder a indiqué qu’il se rendrait à Mayotte « dans les jours qui viennent », pour échanger avec la population et les élus. « C’est ma priorité absolue ».
Lire aussi : Vautrin et Neuder à la Santé : les médecins libéraux attendent beaucoup de ce « duo de choc »
« Ce ministère a connu beaucoup de changements et de soubresauts »
Alors que sa prédécesseure n’est restée que trois mois au ministère à cause de la censure du Gouvernement Barnier, Yannick Neuder a dit espérer « rester un peu plus longtemps, pas pour moi mais pour la stabilité qu’impose ce ministère ». « Ce ministère a connu beaucoup de changements et de soubresauts – trop à n’en pas douter », déplorait quelques instants plus tôt Geneviève Darrieussecq, confiant ne pas avoir pu « faire de miracle ».
« Je pense à tous les acteurs du monde de la santé qui, bien sûr, ont besoin de continuité, de stabilité. Je crois que, pendant trois mois, j’ai essayé de nouer avec eux une relation de confiance et d’estime. Je mesure l’énergie qu’il faut pour surmonter les remaniements, pour affronter ce qu’ils considèrent peut-être comme de l’incertitude, pour changer sans arrêt d’interlocuteur, et pourtant continuer à porter sans relâche leurs convictions », a-t-elle déclaré.
Rapporteur général du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2025 à l’Assemblée nationale – texte ayant été rejeté à la suite de l’adoption de la motion de censure -, Yannick Neuder devra très rapidement remettre en place un budget, en binôme avec Catherine Vautrin. Ils seront attendus au tournant. « Ce budget doit donner des moyens et de la visibilité », a-t-il déclaré.
« Dans le même esprit de co-construction qu’au Parlement comme rapporteur général, je m’engagerai pour donner à la France les moyens de relever les nombreux défis qui se dressent face à nous : lutte contre la désertification médicale, vieillissement de la population, soutien à nos établissements et nos professions de santé, politique ambitieuse de prévention, souveraineté sanitaire », a-t-il promis sur X, dans la foulée de sa nomination.
Le nouveau ministre a également souhaité s’adresser aux soignants. « Infirmières et infirmiers, sage-femmes, aide-soignants, médecins, aidants et directeurs du soin du public comme du privé : vous êtes ce que le pays a de plus précieux et je souhaite, que plus que jamais, nous construisions avec vous tous l’avenir de notre système de santé », a-t-il écrit sur ses réseaux sociaux.
[avec AFP]
Yannick Neuder, un septième ministre de la santé face à un secteur en crise
Cardiologue de profession, le député de l’Isère (Les Républicains) a été, ces dernières semaines, en première ligne des débats budgétaires tendus, en tant que rapporteur du budget de la Sécurité sociale.

Un ministre chasse l’autre… Dans le secteur de la santé, une nouvelle configuration au sein du gouvernement Bayrou a été annoncée, lundi 23 décembre, qui ressemble beaucoup à celle éprouvée il y a quelques mois seulement. Le député de l’Isère (Les Républicains) Yannick Neuder, 55 ans, cardiologue de profession, a été nommé ministre chargé de la santé et de l’accès aux soins. Il est placé auprès de Catherine Vautrin, anciennement ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation, maintenue au gouvernement avec un portefeuille élargi mêlant travail, santé, solidarités et familles. Cette femme de droite avait déjà pris la tête d’un « grand ministère » social au sein du gouvernement Attal entre janvier et septembre, réunissant travail, santé et solidarités, épaulée par Frédéric Valletoux, délégué à la santé.
Après trois mois à la tête d’un ministère de la santé de plein exercice, Geneviève Darrieussecq, ancienne députée MoDem des Landes, n’a pas été reconduite, quand beaucoup pariaient sur le maintien au gouvernement de cette proche de M. Bayrou. La santé, qui a bénéficié d’un ministère propre à plusieurs reprises ces dernières années, est de nouveau englobée dans un plus vaste périmètre. Un signal peu rassurant, pour les acteurs du secteur.
Lire aussi | Article réservé à nos abonnés A la santé, la centriste Geneviève Darrieussecq hérite d’un secteur en criseLire plus tard
Yannick Neuder, qui devient le septième ministre de la santé de ce second quinquennat Macron, a été, ces dernières semaines, en première ligne des débats budgétaires tendus, en tant que rapporteur du budget de la Sécurité sociale – le PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale) sur lequel le gouvernement Barnier a chuté. Chargé des questions de santé à droite, il a porté plusieurs propositions de loi, récemment sur la formation des étudiants en médecine.
Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Ce que contient le projet de loi de financement de la Sécurité socialeLire plus tard
Sa nomination intervient au moment où entrent en vigueur les nouveaux tarifs de consultations chez les médecins libéraux : 30 euros, chez les généralistes, depuis le 22 décembre.
null
Reste à savoir ce que M. Neuder fera de la feuille de route dessinée par l’ex-premier ministre Michel Barnier : loi « infirmières-infirmiers » pour la profession paramédicale, « grande cause » consacrée à la santé mentale en 2025, dispositif Hippocrate pour que les internes de médecine, volontaires, exercent quelque temps dans les déserts médicaux, réforme envisagée de l’aide médicale d’Etat…
Crise de l’hôpital et aggravation des déserts médicaux
En s’installant avenue de Ségur, le ministre hérite de dossiers lourds, allant de la crise de l’hôpital à l’aggravation des déserts médicaux. Dans les cercles de soignants, l’attente reste entière d’une « priorité santé » invoquée jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Sur le sujet de l’accès aux soins, placé en tête des préoccupations de nombreux citoyens, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, a beaucoup promis, en premier lieu en s’engageant à « désengorger » les services d’urgences pour la fin de l’année 2024. Des services « porte d’entrée » des hôpitaux, qui restent toujours en grande difficulté, pris en étau entre les patients qui y entrent faute de trouver un médecin en ville, et les lits dits d’« aval » qui manquent aux autres étages, pour hospitaliser les patients qui en ont besoin.
Lire aussi | Article réservé à nos abonnés La crise des urgences, dossier prioritaire pour le prochain ministre de la santéLire plus tard
Le chef de l’Etat a aussi affiché l’ambition de trouver un médecin traitant pour tous les malades chroniques qui n’en ont pas. Soit environ 700 000 des 13 millions de patients dits en « affection de longue durée » (ALD), selon les chiffres de 2023. Alors que leur nombre ne cessait d’augmenter, la courbe s’est, depuis, inversée, selon l’Assurance-maladie, qui évoque, en cette fin d’année 2024, autour de 4 % de personnes toujours dans cette situation, soit environ 500 000 personnes. Autre engagement présidentiel, la réforme de la très décriée tarification à l’activité, appliquée pour financer les hôpitaux, est restée en grande partie en suspens.
Sans oublier le projet de légiférer sur la fin de vie, un dossier qu’avait porté Mme Vautrin au sein du gouvernement Attal, avant que la dissolution de l’Assemblée, début juin, ne porte un coup d’arrêt à l’examen d’un texte de loi très clivant parmi les médecins et les soignants.
Sur le terrain, les acteurs de la santé ne voient pas venir les réformes structurelles qu’ils appellent de leurs vœux, telle une « loi pluriannuelle de financement » qui leur permettrait d’avoir une visibilité à long terme sur les investissements dans leur secteur.
Il est un enjeu sur lequel le nouveau ministre ne va pas pouvoir temporiser longtemps : celui du budget et du déficit de la Sécurité sociale – 18 milliards d’euros en 2024, selon les derniers projets budgétaires. Un sujet qui doit revenir au Parlement dans les prochaines semaines.
Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Assurance-maladie : le retour d’un déficit structurelLire plus tard