La « nullité » de ce premier ministre « autocentré » est stupéfiante

Négociations avec Bayrou : après une semaine de rencontres, la gauche non insoumise jette l’éponge

Même au PS, pourtant plus ouvert à la discussion, on se prépare, lentement mais sûrement, à voter une nouvelle motion de censure. Au sein des trois partis de gauche ayant accepté les discussions à Matignon, la « nullité » de ce premier ministre « autocentré » stupéfie.

Pauline Graulle

20 décembre 2024 à 16h40 https://www.mediapart.fr/journal/politique/201224/negociations-avec-bayrou-apres-une-semaine-de-rencontres-la-gauche-non-insoumise-jette-l-eponge?utm_source=quotidienne-20241220-211934&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20241220-211934&M_BT=115359655566

 

Au terme d’une première semaine de mandat chaotique, François Bayrou aura peut-être au moins réussi une chose : recoaliser toute la gauche contre lui. Vendredi midi, les trois partis de gauche – le Parti socialiste (PS), les Écologistes et le Parti communiste français (PCF) – qui s’étaient rendus deux fois en une semaine à Matignon, ont fait savoir qu’ils n’attendaient plus rien, ou presque, de leurs discussions avec le nouveau premier ministre.

« L’ambition initiale n’était pas de voter la censure, souligne le porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée, Arthur Delaporte. Mais force est de constater que Bayrou est en train de nous pousser à faire ce qu’on n’a pas envie de faire. » « On continue d’espérer que l’entourage de Bayrou, qui a bien compris qu’il devait bouger, parviendra à lui faire entendre raison, notamment sur la suspension de la réforme des retraites », nuance l’un de ses collègues à l’Assemblée nationale, encore convaincu de la possibilité d’arracher quelques mesures pour améliorer la vie des Français. « Mais le vrai problème, ajoute-t-il, c’est que le mec est nul. »


Patrick Kanner, Olivier Faure, Boris Vallaud arrivent pour une réunion avec François Bayrou à Matignon le 19 décembre 2024.  © Photo Raphaël Lafargue / Abaca

Il aura en effet suffi de quelques jours pour que le nouveau locataire de Matignon dissipe les – maigres – illusions d’une partie de la gauche – La France insoumise (LFI) ayant refusé dès le début de le rencontrer. Lundi, les premières rencontres à Matignon ont fait l’effet d’un coup de semonce. Les participants ont trouvé « très bizarre » ce premier ministre « évanescent » qui a passé trente minutes à expliquer les similitudes entre chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates… mais qui n’a rien dit sur la réforme des retraites, la hausse des salaires ou la justice fiscale.

« Il s’est montré complètement autocentré et est resté très flou sur ce qu’il voulait faire, utilisant des périphrases se contredisant entre elles… », déplore Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, qui l’a trouvé « à côté de la plaque ».

Consternation et incompréhension

Le second rendez-vous, jeudi après-midi, en présence notamment des responsables du parti Les Républicains (LR) et des macronistes, n’a pas éclairci le brouillard, au contraire. « En l’état actuel des choses, nous n’avons pas trouvé de raisons de ne pas le censurer », a reconnu Olivier Faure devant les caméras qui faisaient le pied de grue à la sortie de Matignon. « Il a été très alambiqué, on n’a pas compris grand-chose », ajoutait-on, côté communiste.

La discussion, cordiale, s’est par ailleurs quelque peu envenimée lorsque le président du MoDem a conclu la réunion en affirmant, contre toute attente, que la rencontre avait permis de montrer une certaine « unanimité » et « beaucoup de convergences » « On veut tous un budget, on est tous d’accord pour Mayotte », a-t-il fait mine de synthétiser, déclenchant la colère du socialiste Boris Vallaud : « On ne va pas se quitter comme ça et attendre le 14 [janvier] et votre déclaration de politique générale ! Quand est-ce qu’on parle du fond des choses ? » « C’était presque humiliant », relate Cyrielle Chatelain.

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En début de soirée jeudi, juste avant le passage du premier ministre sur France 2, un bureau national du PS s’est tenu « dans une ambiance de consternation générale », relate un participant. Même les moins hostiles aux discussions avec la Macronie ont fait part de leur incompréhension, se demandant pourquoi, alors que le PS avait ouvert toutes les portes et les fenêtres, le premier ministre avait toujours l’air d’avoir « un ou deux épisodes de retard, nous proposant par exemple de rentrer au gouvernement alors qu’on avait écrit noir sur blanc qu’il n’en était pas question ».

Toutes les tentatives en ce sens, y compris à destination de socialistes ayant de longue date pris leur distance avec le parti d’Olivier Faure, ont d’ailleurs échoué les unes après les autres . Marisol Touraine, Stéphane Le Foll, Pierre Moscovici ou Bernard Cazeneuve ont tous refusé de « monter à bord du Titanic » – dixit un socialiste –, laissant à François Bayrou un bien pâle trophée : l’ancien maire de Dijon, macroniste déclaré depuis 2022, François Rebsamen, qui aurait, lui, donné son accord pour faire partie de l’exécutif.

Bayrou est très faible politiquement, plus encore que Barnier qui, au moins, avait les LR avec lui.

Stéphane Peu, député communiste

Mardi, lors de la séance de questions au premier ministre dans l’hémicycle, le président du groupe socialiste à l’Assemblée, Boris Vallaud, avait pourtant tenté le tout pour le tout en vue d’obtenir, si ce n’est des gages, au moins quelques signaux en faveur d’une ouverture réelle des discussions : « Quelle est votre méthode, quel est votre calendrier ? Quand allons-nous enfin nous mettre au travail ? Nous sommes prêts à travailler dès aujourd’hui. Et vous ? », a-t-il interrogé. « J’espère, comme vous, que nous participerons tous à la mise au point des réponses. Ma méthode, c’est celle-là », s’est contenté de répondre François Bayrou, tandis qu’un « ce n’est pas très clair ! », fusait des bancs socialistes.

De partout, remonte l’impression d’un premier ministre isolé et très peu au fait du fonctionnement de cette Assemblée nationale qui mijote à gros bouillons depuis 2022. Quand Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, raille « la méthode de François Bayrou, aussi claire qu’une notice Ikea », le député du PCF Stéphane Peu fait part de sa circonspection : « Bayrou est très faible politiquement, plus encore que Barnier qui, au moins, avait les LR avec lui. Il faut partie de ces responsables politiques qui ne sont plus dans la vie parlementaire et qui n’ont pas bien perçu comment tout ça a évolué. » 

Pourtant, c’est bien l’enjeu, himalayesque, qui s’annonce à l’horizon. Jeudi soir, l’intervention du président du MoDem sur France 2 au cours de laquelle il a confirmé qu’il voulait maintenir Bruno Retailleau Place Beauvau – un casus bellipour la gauche –, n’a, là encore, pas rassuré grand-monde. Dans une séquence confuse, l’intéressé a rejeté toute « suspension »a fortiori toute « abrogation », de la loi Dussopt, tout en indiquant « croire » qu’une « organisation différente » était possible. Que comprendre ?

Stéphane Peu tente une exégèse : « Ce que j’ai compris, c’est qu’il n’y aura pas de gel ni de suspension – ce qui est inacceptable pour les syndicats – et qu’il faudrait une nouvelle loi mettant tout le monde d’accord qui se substituerait à l’actuelle. Mais dans le fond, quand il propose de rouvrir les débats pendant neuf mois, c’est qu’il veut essayer d’obtenir un peu de neutralité bienveillante jusqu’en septembre. » Même topo de Cyrielle Chatelain, qui a vu ni plus ni moins qu’un « piège » destiné à désarmer les oppositions pour se maintenir à Matignon aussi longtemps que possible.

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En attendant, difficile de comprendre comment François Bayrou pourrait réussir à rassembler un socle minimal à même de lui éviter la censure. Même au sein du camp présidentiel, où l’on dégoise allègrement sur le « melon » de l’intéressé, beaucoup confient leur perplexité sur la manière dont l’homme parviendrait à assurer la « stabilité » du pays. « En refusant tout dialogue avec la gauche, il va se mettre, une fois encore, entre les mains de l’extrême droite », pronostique un cadre socialiste, très inquiet pour la suite.

Un concert de consternations d’où n’est ressorti, ces derniers jours, que le triomphalisme de Jean-Luc Mélenchon, ravi de voir ses « partenaires » du Nouveau Front populaire (NFP) contraints de revenir, enfin, « à la maison ».

Pauline Graulle

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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