François Bayrou a été nommé Premier ministre, seulement trois mois après les débuts de son prédécesseur. Malgré ses multiples casquettes, sa carrière politique n’augure pas la « rupture » nécessaire à la transition écologique, selon certains acteurs.
Gouvernance | 16.12.2024 https://www.actu-environnement.com/ae/news/nouveau-premier-ministre-francois-bayrou-urgence-ecologique-45259.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzY3NA%3D%3D%5BNDExMDgz%5D
| F. Gouty

© Services du Premier ministre
Si, d’entrée de jeu lors de sa propre investiture, Michel Barnier avait tenu à mettre les dettes financière et écologique sur le même plan, son successeur n’a, jusqu’ici, pas dit un mot sur l’écologie. Vendredi 13 décembre, dix jours après la censure de son Gouvernement par l’Assemblée nationale, le ténor des Républicains a dû laisser les clés de l’hôtel Matignon au chef du Mouvement démocrate (Modem), François Bayrou, d’à peine cinq mois son cadet. Nommé dans la matinée par le président de la République, Emmanuel Macron, le nouveau Premier ministre s’est contenté d’affirmer, sur le seuil de Matignon, que le « seul chemin possible vers le succès » était celui de « servir [une] réconciliation nécessaire » sur le plan politique.
Premiers dossiers sur la table : l’ouverture des débats parlementaires du projet de loi spéciale des finances pour 2024, dès ce lundi 16 décembre au palais Bourbon ; et la gestion des dégâts générés par le cyclone Chido (en niveau d’alerte violet, à savoir le plus élevé en la matière). Pourtant, malgré l’intensité de la catastrophe à Mayotte, M. Bayrou n’a toujours pas évoqué le réchauffement climatique, dont la situation en est certainement une conséquence. Cette absence de positionnement clair et affirmé à cet égard reste néanmoins caractéristique de son parcours politique, mais il n’en inquiète pas moins les observateurs.
Une certaine ambition écologique…
La carrière de François Bayrou revêt de multiples visages. Il a été député à plusieurs reprises (avec l’Union pour la démocratie française, ancêtre du Modem), brièvement député européen, puis ministre de l’Éducation nationale sous Édouard Balladur, puis Alain Juppé, garde des Sceaux durant un mois après la première élection d’Emmanuel Macron, et il est enfin maire de Pau (Pyrénées-Atlantiques) depuis 2014 et haut-commissaire au Plan depuis 2020. Ainsi, contrairement à son prédécesseur, M. Bayrou n’a jamais occupé de fonctions attachées, de près ou de loin, à l’environnement.
En 2007, quand il fonde le Modem et se présente une deuxième fois à l’élection présidentielle, il confie ce volet de son programme à l’avocate Corinne Lepage, ex-ministre de l’Environnement et fondatrice de l’association Cap21. Interrogée par Actu-Environnement, celle-ci attestait de la volonté de son candidat à nommer un « vice-Premier ministre du Développement durable » qui disposerait « d’une autorité réelle sur l’équipe ministérielle et les représentants de l’État » capable, notamment, de lancer un premier « Plan national d’adaptation au changement climatique ». De nouveau en lice en 2012, François Bayrou nous confirmait que « l’impulsion » d’une politique écologique « doit venir du président de la République et du Premier ministre pour que l’action en faveur de l’environnement puisse emporter les réticences des administrations, voire des ministres concernés » et s’engageait alors à « mettre en œuvre tout ce qui est issu du Grenelle de l’environnement ».
… mais une vision assez pauvre
Qu’est-il demeuré de ces promesses ? En 2020, le président Emmanuel Macron lui confie la direction d’un nouveau haut-commissariat au Plan (HCP), hérité du commissariat général au Plan aujourd’hui incarné par le service France Stratégie du Premier ministre. Devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese), M. Bayrou affirmait alors être conscient des « équilibres subtils » nécessaires à trouver entre le développement économique et « la protection du climat et de la biodiversité ». En quatre ans, l’instance autonome dont il a la responsabilité n’a produit que seize travaux, dont quatre en relation avec l’environnement : un rapport sur l’électricité et un autre sur l’agriculture en 2021, un sur le potentiel de la géothermie en 2022 et un dernier sur l’aquaculture en 2023. En septembre 2024, un rapport d’information, porté par le sénateur Rassemblement national Christopher Szczurek a conclu qu’à ce jour, « la contribution du HCP à la définition des politiques publiques n’a pas pleinement répondu aux attentes importantes qui avaient été placées dans cet organe à sa création », soulignant sa redondance avec des institutions telles que le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) créé en 2022.“ Ce choix n’augure pas d’une réelle rupture politique, pourtant urgemment nécessaire, pour faire face aux multiples défis écologiques et sociaux ”350.org
En tant que maire de Pau, François Bayrou a soutenu le développement local des énergies renouvelables. En 2022, il a notamment apporté son soutien à la construction du site Cap Ecologia de Suez, de production de dihydrogène renouvelable, de méthane de synthèse et de biochar. L’année suivante, il a porté son dévolu sur la géothermie, soutenant un projet de stockage géothermique en Gironde et participant au lancement du plan d’action du Gouvernement à ce sujet. Cependant, en parallèle, il a notamment défendu et obtenu le maintien de la ligne aérienne de vols intérieurs Pau-Orly, occupée par la compagnie néerlandaise Transavia, principale raison d’être de l’aéroport Pau-Pyrénées. Par ailleurs, la vision politique de M. Bayrou et de son parti a également pu influencer la politique agricole. Président du groupe Modem à l’Assemblée, Marc Fesneau a été ministre de l’Agriculture de la réélection d’Emmanuel Macron, en 2022, à la nomination de Michel Barnier, en septembre dernier. M. Fesneau restera surtout connu pour son soutien envers l’amoindrissement des normes environnementales et des efforts en matière de réduction des pesticides, mais également envers les mégabassines.
Vers une continuité insuffisante
Face à ce constat, François Bayrou n’obtient pas exactement les faveurs des acteurs de la transition écologique. À commencer par les associations environnementales. « Haut-commissaire au Plan depuis septembre 2020, il s’était vu retirer la planification écologique de son portefeuille deux ans plus tard, faute de propositions concrètes », souligne l’ONG 350.org, regrettant une nomination au parfum d’un « On prend les mêmes et on recommence » de la part du chef de l’État. « Ce choix n’augure pas d’une réelle rupture politique, pourtant urgemment nécessaire, pour faire face aux multiples défis écologiques et sociaux. » Même son de cloche chez Greenpeace France, qui dénonce une désignation misant sur « la continuité de politiques inefficaces et brutales, sans proposition de vision ni de rupture pour répondre aux urgences écologiques et sociales », ou le Réseau Action Climat (RAC) appelant le prochain Gouvernement à « rattraper le retard pris sur la transition écologique ».
L’association Générations futures se veut, quant à elle, plus optimiste. Elle l’invite à rester fidèle à la prudence passée du nouveau Premier ministre à l’égard des conséquences écologiques de la « course folle » pour la compétitivité agricole. « Étant donné son expérience en tant que haut-commissaire au Plan, nous espérons que le Premier ministre saura prioriser les politiques à long terme. Cette vision prospective devrait l’amener à reconnaître l’importance cruciale de la sortie des pesticides de synthèse et de l’interdiction des PFAS afin de préserver notre santé, nos écosystèmes, la qualité de notre eau potable et de notre air. »
De leurs côtés, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et les Jeunes Agriculteurs lui réclament « un rendez-vous en urgence pour lui demander la reprise immédiate des travaux permettant de respecter les promesses faites au plus haut niveau de l’État aux agriculteurs », à savoir l’examen du projet de loi d’orientation agricole et le rejet de l’accord commercial européen avec les pays du Mercosur. La Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) l’exhorte à stopper le « recul de l’activité des TPE du bâtiment, qui dure depuis cinq trimestres consécutifs » et freine la rénovation énergétique des logements français. Enfin, le syndicat France Renouvelables demande à M. Bayrou d’intervenir pour publier la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) « au plus vite » afin de pouvoir acter les investissements et créer les emplois nécessaires pour « remettre la France en mouvement vers son avenir énergétique, industriel et technologique ».

Félix Gouty, journaliste
Rédacteur spécialisé
La planification écologique, éternelle variable d’ajustement et victime collatérale de l’instabilité politique en France
Les enjeux du « défi du siècle » de lutte contre le dérèglement climatique semblent passés au second plan. François Bayrou, peu connu pour son appétence pour les questions environnementales, changera-t-il la donne ?
Par Matthieu GoarPublié hier à 11h00, modifié hier à 12h56 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/12/16/francois-bayrou-premier-ministre-la-planification-ecologique-eternelle-variable-d-ajustement-politique_6451427_3244.html
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François Bayrou a été nommé premier ministre en pleine tempête politique, mais son premier dossier chaud est un cyclone dévastateur à Mayotte, dont le bilan pourrait s’élever à plusieurs centaines de morts. En l’espace d’un week-end, le monde politique a été rattrapé par une catastrophe naturelle. Et même s’il est encore trop tôt pour établir un lien avec le réchauffement climatique dans le cas présent, différentes études ont établi que les tempêtes tropicales s’intensifient à cause du changement climatique. Or, force est de constater que, depuis des mois, le « défi du siècle », selon les termes d’Emmanuel Macron, a disparu de l’agenda politique.
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Lundi 9 décembre, l’institut européen Copernicus annonce que l’année 2024 sera la première à dépasser le seuil de + 1,5 ºC de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, le plus ambitieux de l’accord de Paris. Ce jour-là, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes, évoque devant le président de la République cette urgence climatique puis plaide le lendemain, devant les autres chefs de parti, pour un impôt sur la fortune « vert » et pour une loi climat. « Personne ne rebondit, nous étions vraiment dans des discussions sur la méthode, même si certains ne se privaient pas d’évoquer leurs lignes rouges avec les retraites. Mais si vous croyez qu’ils veulent parler d’écologie dans ces moments-là… », critique la patronne des Verts.
Déjà bien mal en point depuis quelques mois, la transition ne cesse de s’enfoncer dans le magma de l’Assemblée nationale et de l’exécutif. Deux ans et demi après la mise en place d’une planification, aucun projet de loi n’est à l’agenda du ministère de la transition écologique. La grande conférence sur l’eau, annoncée par Michel Barnier, n’aura pas lieu la semaine du 16 décembre. « Tant qu’il n’y a pas de stabilité politique, tout est fragile, surtout quand il n’y a aucun portage d’envergure, résume Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace. En France, l’écologie a toujours été vue comme un sujet à la marge. La planification n’a pas réussi à changer cela puisque ce thème cesse d’exister quand le contexte politique déraille. »
Aucune marge de manœuvre
La transition, éternelle variable d’ajustement de crises jugées plus urgentes, a été une victime collatérale de la motion de censure contre Michel Barnier. Certaines associations de défense de l’environnement se sont initialement réjouies de l’impossibilité de faire voter le projet de loi de finances 2025, qui réduisait certaines enveloppes importantes pour la transition écologique : − 1,5 milliard d’euros sur MaPrimeRénov’, − 1,5 milliard sur le fonds vert, − 500 millions sur l’électrification des véhicules, etc.
Leur raisonnement était que le projet de loi spéciale obligerait le gouvernement démissionnaire à revenir aux enveloppes de l’automne 2023, qui avaient bénéficié d’une hausse de 7 milliards d’euros. « Le projet de loi spéciale permet d’éviter un shutdown [arrêt] du fonctionnement des services publics et des opérateurs de l’Etat, pas un shutdown des investissements dans la transition », résume François Thomazeau de l’Institut de l’économie pour le climat.
Devant la commission des finances du Sénat, mercredi 11 décembre, le ministre démissionnaire du budget Laurent Saint-Martin a confirmé que les « dépenses nouvelles discrétionnaires » ne sont pas permises par la loi spéciale. Et, dans les semaines à venir, jusqu’au vote d’un projet de loi de finances, chaque décret sera surveillé par le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel. L’inquiétude est encore plus grande du côté du ministère, qui décrit une situation très « handicapante » avec aucune marge de manœuvre. « Des secteurs pourraient être obligés de réduire la voilure faute de visibilité ou de soutien financier, ce qui aura un impact sur nos trajectoires, prévient Agnès Pannier-Runacher, ministre démissionnaire de la transition écologique. En votant la censure, l’extrême droite, mais aussi la gauche, ont mis des bâtons dans les roues aux politiques écologiques. »
Une situation qui complique encore un peu plus l’étape la plus importante de la planification : la mise en œuvre des trajectoires climatiques qui doit mener la France à une réduction de 55 % de ses émissions de gaz à effet de serre en 2030. Cet automne, Michel Barnier et son gouvernement, grâce à une stratégie de « la locomotive à marche forcée », selon les mots de Mme Pannier-Runacher, ont présenté trois textes très attendus : la troisième stratégie nationale bas carbone, la programmation pluriannuelle de l’énergie et le troisième plan national d’adaptation au changement climatique.
Signes d’essoufflement
Mercredi, Agnès Pannier-Runacher est venue les présenter devant le conseil national de la transition écologique. « C’est une situation un peu particulière avec une ministre démissionnaire, au milieu d’un grand flou politique, estime Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, un collectif plutôt en accord avec les trajectoires, mais très inquiet sur la suite. Il faut une adéquation entre les ambitions et l’action. Le verdissement des flottes de voitures, le déploiement de l’éolien, la rénovation des bâtiments… tout cela demande des moyens. »
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A la fois bousculés par la conjoncture économique et par le brouillard sur les aides et les normes, certains secteurs commencent à montrer des signes d’essoufflement. Ainsi, la vente de voitures électriques a baissé de 18 % en octobre par rapport à la même période l’an dernier, plus que la moyenne mondiale (− 11 %). L’installation des pompes à chaleur est aussi en chute libre. « Les entreprises, les ménages, les collectivités, tout le monde a l’arme au pied, car il y a un manque de visibilité, principalement provoqué par l’instabilité politique », affirme Géraud Guibert, président du think tank La Fabrique écologique.
En parallèle, la cause climatique n’est guère plus incarnée. L’Elysée a renoncé depuis longtemps à en faire un axe de sa communication, et Michel Barnier a eu très peu d’espace pour s’en emparer. François Bayrou, peu connu pour son appétence pour les questions environnementales, changera-t-il la donne ? Les difficultés budgétaires et les équilibres au sein d’une future alliance gouvernementale, sans doute toujours sous la surveillance du Rassemblement national, ne vont pas disparaître.
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« La configuration politique du moment rend tout très compliqué », constate Jean-François Julliard. Conscientes que cette situation de précarité de l’exécutif est amenée à durer, les associations ont décidé d’adapter leur stratégie. Greenpeace travaille ses actions à l’international, et le Réseau Action Climat veut se rapprocher des collectivités et des élus locaux alors que les élections municipales auront lieu en 2026. Comme si elles avaient déjà renoncé à retrouver un peu de cohérence à l’échelon national…
*François Bayrou et l’environnement : un intérêt distant malgré quelques engagements pour une « écologie positive »
Le nouveau premier ministre, désormais chargé de la planification écologique, s’est très peu exprimé sur les enjeux environnementaux au fil de sa longue carrière politique.
Par Matthieu GoarPublié le 15 décembre 2024 à 16h41, modifié hier à 10h03 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/12/15/francois-bayrou-et-l-environnement-un-interet-distant-malgre-quelques-engagements-pour-une-ecologie-positive_6450176_3244.html
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Un angle mort de sa longue carrière politique. Ministre de l’éducation nationale entre 1993 et 1997, éphémère garde des sceaux en 2017, figure du centrisme… François Bayrou est sur la scène politique depuis plusieurs dizaines d’années, mais n’a que très peu évoqué la question écologique au long de sa carrière. Même si cette thématique était présente dans ses programmes de campagne présidentielle (en 2002, 2007 et 2012), le Béarnais n’a laissé que très peu de souvenirs « verts », même à ses anciens proches.
« Il avait quand même parlé des impacts de la consommation de viande lors d’un discours en 2012 », se remémore Yann Wehrling, ancien porte-parole du MoDem et vice-président de la région Ile-de-France. « A part la certitude qu’il serait un jour président, qui peut vraiment savoir ce que pense M. Bayrou ? Alors, sur l’écologie… », ironise Jean-Luc Bennahmias, ancien député européen MoDem.
L’arrivée de ce nouveau premier ministre inquiète les associations. Car M. Bayrou, déjà confronté à la gestion de crise du passage du cyclone Chido, à Mayotte, sera désormais à la tête de la planification écologique, toujours sous la responsabilité de Matignon. Anne Bringault, chargée des programmes du Réseau Action Climat, regroupant plusieurs dizaines d’associations, décrit un homme « qui n’a jamais été très disert sur le climat » et craint les « risques de coup d’arrêt ». « On l’entend très peu sur ces sujets, estime Morgane Piederrière, responsable du plaidoyer au sein de France Nature Environnement. Quand nous avions écouté son discours après sa nomination au Haut-Commissariat au plan, nous avions le sentiment qu’il était passé à côté de cet enjeu. »
« Je n’aime pas les malthusiens »
Nommé Haut-Commissaire en 2020, François Bayrou ne consacrera à l’environnement que quelques lignes, lors de sa prise de parole devant le Conseil économique, social et environnemental, le 22 septembre 2020. Son propos, très général, décrit l’impératif de rendre « notre développement compatible avec les équilibres subtils qui devraient protéger le climat et la biodiversité ». A la tête de cette institution, le centriste aurait pourtant pu investir la question climatique, alors que de nombreux acteurs de la cause réclamaient une stratégie de long terme.
Mais, en 2022, le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) est créé sous l’autorité de Matignon. François Bayrou en prend ombrage. Sauf que les quelques rapports du « plan » qui abordent les thèmes environnementaux (l’électricité, la géothermie de surface, l’aquaculture) ne lui permettent pas de peser. Celui sur l’agriculture française conseille de ne pas opposer agriculture et écologie, mais alerte aussi sur les contraintes des normes dans une économie ouverte. « On ne peut exiger de nos producteurs qu’ils se conforment à des normes exigeantes sans que ceux des autres pays comparables s’y soumettent aussi », peut-on lire dans ce document.
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L’équipe d’une dizaine de personnes ne peut pas rivaliser avec la quarantaine de salariés du SGPE, chouchoutés par Elisabeth Borne. Et M. Bayrou n’est pas identifié sur ce défi. En 2007, à l’orée d’une campagne présidentielle où il terminera aux portes du second tour, Corinne Lepage, ancienne candidate à la présidentielle en 2002, le rejoint. L’avocate spécialisée dans les procès environnementaux densifie son programme : plan d’adaptation au changement climatique ; volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 15 % en cinq ans, avec un objectif de les diviser par quatre en 2050 ; taxe carbone sur le carburant ; moratoire sur les OGM et soutien à l’agriculture biologique ; réduction de 20 % des déchets ; création d’une agence indépendante de contrôle de la publicité pour lutter contre le greenwashing…
Un jour, elle lui parle des « limites planétaires », une notion cruciale. « Je n’aime pas les malthusiens », rétorque le candidat. « C’est un domaine qui ne le passionne pas du tout », affirme Mme Lepage, dont la formation, Cap21, a été un des piliers de la fondation du MoDem.
Ligne de crête libérale
Lancé en 2007, le parti de M. Bayrou attire une partie de l’Union pour la démocratie française (UDF), mais aussi des Verts, comme MM. Bennahmias ou Wehrling. « Le MoDem s’est créé sur une promesse de dépassement du clivage gauche-droite, mais aussi sur une écologie qui ne serait pas anticapitaliste, un peu à la façon des Grünen allemands [Alliance 90/Les Verts]. Ce pari de départ s’est étiolé, à cause du rapport de force interne », se souvient M. Wehrling.
Pour différentes raisons, ces trois figures finiront par s’éloigner de M. Bayrou, laissant le champ libre à des personnalités comme Marc Fesneau. Ministre de l’agriculture d’Emmanuel Macron, entre 2022 et septembre 2024, l’ancien secrétaire général du MoDem n’a cessé de soutenir les agriculteurs contre l’excès de normes sans jamais s’opposer aux mégabassines.
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En 2012, François Bayrou renforce encore son programme en proposant un objectif de 40 % de production d’énergies renouvelables en 2030, tout en décrivant l’énergie nucléaire comme une énergie de transition et suggère l’idée de créer un malus environnemental sur les produits de consommation les plus nuisibles à la planète. « C’est à une production et à une consommation plus durables, à un meilleur respect des ressources rares, à la lutte contre le réchauffement climatique que nous devons nous atteler », peut-on lire dans le programme de l’époque, alors que le candidat défend le « produire en France ».
Un ensemble de mesures qu’il décrit comme une « écologie positive » opposée à une écologie qui serait « punitive ». Cette ligne de crête libérale, à la fois proentreprises, rétive aux normes, mais qui affiche une ambition environnementale, sera reprise quasi à l’identique par les macronistes, eux aussi à la recherche d’une troisième voie entre les Verts et une extrême droite climatosceptique. Un chemin que n’a jamais vraiment arpenté François Bayrou en dehors de ses tracts de campagne. En aura-t-il la volonté et la latitude à la tête d’un Matignon toujours soumis à des alliances très instables ? Il pourrait y trouver un moyen d’attirer quelques élus socialistes, ce qui lui ferait courir le risque de distendre le lien déjà très fragile avec Les Républicains.
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